Cet article n'a pas été écrit par un membre de l'équipe officielle de Metalship, et n'engage donc que son auteur, pas la rédaction du webzine.
Lundi soir, coup de fil : une place en rabe pour le concert de Sonata Artica, qui avait été reporté en raison de la fermeture du Bataclan. Ce genre d'impromptus sont toujours les bienvenus, surtout le lundi ! En route donc pour l'Elysée Montmartre, où se produisent nos finlandais. Tout de même, du 30 novembre au 8 février, on peut dire que l’attente aura été longue pour les fans… La faute à une infection des cordes vocales
Pour ceux qui ne la connaissent pas, cette salle a l'avantage d'être relativement grande et correctement agencée, parfaite pour accueillir le publique moyennement fourni que ce genre groupes de metal attirent en France.
Winterborn, groupe de heavy finlandais, assure la première partie. Le premier contact n'est pas franchement positif : les musiciens arrivent sur scène en tenue plutôt décontractées : T-shirt claire ou débardeurs, jeans délavés, bonnet... Serait-on tombé sur un groupe de hardcore à clavier ?? Heureusement non, le son ne laisse pas de place aux doutes. En revanche, la performance du chanteur en ouvre beaucoup plus. Il semble décidé à se la jouer à la façon d'un Lucca Turili ou d'un Alfredo Romero, sauf qu'il n'en a de toute évidence pas les capacités. Pour un groupe de heavy, on a plutôt l'impression d'un sous-Rhapsody, où un claviériste déprimé remplace l'orchestre symphonique.
Les soli sont en revanches de grandes qualités, mais reviennent un peu trop fréquemment. C'est officiel, trop de solo tue le solo...
Le bassiste fait également preuve de talent et de technicité, mais ne peut rattraper à lui seul le manque d'originalité des compositions. Conciliante, la foule leur fait cependant excellent accueil, et les applaudis sans rancune.
Sur une peu convaincante reprise de Maiden, le groupe quitte enfin la scène.
Enfin les choses sérieuses vont pouvoir commencer ! On m'avertit cependant que Sonata « a pas mal changé ». Quid ? Bof on verra bien, il n'y a pas grand chose à craindre d'un groupe de ce niveau. Cependant l'attente s'éternise, la foule est sous pression, hurle pour faire venir les héros du jour.
Enfin, une silhouette chevelue se dirige vers la batterie ; la foule rugit de joie. Une autre silhouette chevelue, deux, trois... Et enfin, porté par un rugissement unanime, Tony Kakko en personne ! Et les choses sérieuses commencent... Ou du moins on eut été en droit de l'espérer mais l'inquiétude me gagne au bout de quelques minutes. Où est passé le groupe que j'avais vu soulever la foule de Lyon deux ans auparavant ? Qui a enlevé le viking cabotin et moqueur qui officiait au chant, et l'a remplacé par ce chanteur de ritournelles langoureuses ??
On accuse souvent
Nightwish de sombrer dans la pop metal, mais ce n'est rien en comparaison de ce que j'entends !! Ici le naufrage est consommé, et ce n'est pas le bassiste qui vous dira le contraire : il affiche l'enthousiasme d'une huitre.
Il est vrai que Tony Kakko a été malade, et s'est difficilement remis d'une infection des cordes vocales ; mais quand on observe la façon dont il force sa voix, ce n'est pas particulièrement étonnant. Il semble cependant aussi déchainé que d'habitude : il court sur scène, se bat contre la perche du micro, taquine son claviériste, et surtout apostrophe sans cesse la foule. Curieusement, il s'arrête entre chaque chanson pour délivrer à la foule un petit speach pas toujours très compréhensible, qu'importe le peuple ne demande qu'à hurler. Le concert s'en trouve quelque peut haché.
Par ailleurs, on ne sait quel accueil réserver au peu que l'on comprend : il explique ainsi estimer avoir atteint « the half of his life », et estimer que 70 ans est un très bon âge pour mourir. Il voit vieillir et mourir « les gens qu'il considérait comme jeune » et se déclare heureux de voir la relève assuré dans ce public, effectivement globalement très juvé
nile. Est-ce une façon d'annoncer un futur spleat du groupe ? Ou simplement sont infection, qui fut longue à guérir, lui a donné à réfléchir ? On ne sait pas trop.
En tout cas, la première partie de la performance se ressent de cet état d'esprit. La reprise de I Want Out d'
Helloween, jadis un de leurs triomphe, sonne comme de la variété pour collégienne. Juliet, huitième chanson de leur dernier album, vient mettre le comble à mes doutes. Elle est précédé par un solo de clavier, puis un solo de guitare ; un solo de basse ou de batterie maintenant ? Non pas, mais Tony Kakko, à genoux à côté de son guitariste, chantant avec sentimentalisme sur accompagnement de gratouillage romantique... Oh my God ! Décidément, il n'y a que Zeffirelli qui est parvenu à tirer quelque chose de Shakespeare, et à ne pas rendre insipide et mièvre l'histoire des amants de Vérone !
Fort heureusement, là s'arrête la dérive du groupe. Après avoir menacé de nous jouer du
Rhapsody (si, il a osé !) maitre Kakko entonne Black Sheep. Retour aux valeurs sures, retour à la qualité et au véritable esprit de Sonata. Puis The
Cage, et autres anciens triomphes, ouf la soirée est sauve mais quelle frayeur !
Kakko, toujours aussi présent sur scène, taquine les membres de son groupe, demande au public de répéter derrière lui des morceaux de plus en plus compliqués, bref se livre à ses habituels cabotineries. Bien entendu, il exécute son tour favori : demander au public d'imiter une batterie, et faire sur cet accompagnement improvisé une reprise d'un grand tube de rock. Cette fois l'honneur échoit à
Queen : We will rock you... On se sent très bète à se tenir sur un pied, martelant le sol de l'autre, tout en tapant des mains et en chantant We will we will rock you !... Mais seulement après coup.
Quelques anciens morceaux encore, et le concert s'achève. Tony Kakko semble fatigué mais heureux ; il aura beaucoup occupé la scène, comme à son habitude, et ce malgré le secours de son guitariste. L'enthousiasme de la foule, décidément de bonne composition, aura même arraché un sourire ou deux au bassiste. Pour moi, tout cela sonne cependant comme le début de la fin pour
Sonata Arctica... Bien que j'espère ardemment me tromper.