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Interviews :: Interview de Eloa Vadaath

Interview de Eloa Vadaath


Il y a tant de groupes actuellement, dans la très large sphère musicale qu'est devenu le metal, qu'on est face au risque d'en rater un certain nombre qui, dans un anonymat presque total, s'avèrent extrêmement talentueux et novateurs.
C'est le cas des Italiens d'Eloa Vadaath qui viennent juste de sortir leur premier album, A Bare Reminiscence Of Infected Wonderlands, nous délivrant une pépite de metal avant-gardiste, aux mille influences et à la complexité déroutante.
Une complexité tant musicale que conceptuelle, voile mystérieux que Marco Paltanin, guitariste-chanteur du groupe, a bien voulu lever pour nous dans cette interview-fleuve.


Metalship : Salut! Tout d'abord, pourrais-tu nous en dire un peu plus sur la création et le parcours de ton groupe jusqu'à aujourd'hui?

Le groupe est né en 2006, en tant que projet de studio de Marco et Riccardo. C’était censé être une expérience black metal, mais la première démo, Coalesce, a montré une direction plus expérimentale, avec de larges influences prog, classiques, ambient, folk et bien d'autres tout aussi importantes.

Avec l’arrivée de Nicolò et Mirco, le son a évolué, incorporant toujours plus d’influences issues de chants grégoriens, de sonorités ethniques/tribales, de musique médiévale instrumentale et ainsi de suite, sans jamais pour autant renoncer à nos racines metal.

En 2008, nous avons sorti notre démo et donné plusieurs concerts, bénéficiant d’une bonne appréciation de la part de différents types de publics, des plus extrêmes à ceux plus orientés mélodique et progressif.

Notre premier album a été enregistré entre septembre 2008 et avril 2009 et masterisé par Luigi Stefanini (Dark Moor, White Skull et bien d'autres) au New Sin Studio. Il est sorti chez West Witch Records le 31 mars 2010.


Metalship : A Bare Reminiscence Of Infected Wonderlands est donc votre premier album, un disque qui a été enregistré dans des conditions très particulières. Pourrais-tu revenir sur cette période, et ce que tu en retiens?



Nous voulions un disque au son puissant, mais en même temps chaud et naturel. On voulait définitivement qu’il soit unique. Lorsque nous avons eu l'occasion d'entrer dans un monastère abandonné du XVIIe siècle pour 6 ou 7 mois, nous avons saisi immédiatement l’opportunité! Quand tu es lié aux propriétés acoustiques précises de l’endroit où tu enregistres, tu as les avantages et les inconvénients, mais tu produiras certainement quelque chose qui sera à part, car aucun autre endroit ne sonnera comme ça.

Nous y avons travaillé toute la journée pendant 6 mois (plus des sessions d'enregistrement mineures avant et après cette période) et ça a vraiment été une période de vie en communauté comme un vieux groupe chanceux pouvait le faire dans le passé. Une expérience de vie inoubliable qui a apporté beaucoup au groupe du point de vue du feeling musical.

L'endroit était absolument effrayant quand même! Imagine une sorte de vieux manoir de la Nouvelle Orléans avec une monstrueuse porte de fer grinçante, des saules pleureurs, une petite fontaine tarie, des fenêtres entrouvertes sur des pièces inconnues et une cloche sur le toit! Pas trop mignon le jour, et vraiment flippant la nuit!

Le gardien du monastère a été heureux de nous raconter toutes les histoires étranges liées à ce bâtiment... et évidemment nous avons rapidement commencé à entendre et sentir des fantômes! Nous avons eu tant d’"expériences" avec eux qu'un jour certains d'entre nous ont placé des micros en haut (où on n’aurait pas dû aller, pour tout dire, à cause de l’état dangereux de l'escalier et des murs anciens) et nous avons enregistré tous la nuit à la recherche de phénomènes de voix électroniques. Nous avons encore le fichier enregistré cette nuit-là et ... il se pourrait bien qu’on ait "caché" quelque chose enregistré à cette occasion quelque part sur le disque. On ne sait jamais (Rires).


Metalship : Ce disque semble avoir nécessité un travail de longue haleine. Comment te sens-tu alors qu’il est tout juste sorti, et quelles sont vos attentes à présent?

Nous sommes vraiment heureux de savoir que nous serons en mesure de partager plus efficacement notre musique avec quelqu'un qui pourrait l'aimer, puisque notre label est en train de travailler pour une distribution appropriée. Nous n'attendons pas des masses de ventes, mais nous espérons que beaucoup d'autres apprécieront notre album à la hauteur de la valeur que nous lui attachons.


Metalship : Vos chansons sont variées et indéniablement complexes, avec un réel "background" metal, mais des influences s'étendant de la musique classique à la musique folk et ethnique. Comment aimerais-tu décrire votre univers musical en quelques mots? Quels sont les groupes et artistes qui vous inspirent en particulier ?



Nous aimons jouer du metal, mais nous sommes inspirés par un grand nombre de musiques différentes.

Les étiquettes sont utiles pour définir un "costume" et contribuer à donner de la cohérence, mais elles ne doivent pas devenir dogmatiques et ne jamais limiter l’inspiration. Nous cherchons une musique totale, pas un pot-pourri sans aucun sens, mais un son bien défini, en mesure d’assumer ses inspirations et de les adapter afin qu'ils trouvent leur place naturelle dans la composition.

Parmi les groupes et artistes qui nous inspirent, on trouve certainement Sleepytime Gorilla Museum, The Mars Volta, Peter Gabriel, Dream Theater, Opeth, Death, My Dying Bride, de la musique irlandaise en général, Blind Guardian et le maître Antonius Rex (alias Antonio Bartoccetti, artiste rock progressif italien de renom, NDLR).


Metalship : J'ai été marqué par votre artwork, mystique, surprenant et très réussi. Qui l’a réalisé, et comment pourrait-on en interpréter le symbolisme ?

Un jour de septembre 2007, j'ai été visiter une salle d'exposition d'arts visuels avec des œuvres réalisées par de jeunes talents. J'ai été absolument captivé par deux peintures, en particulier: elles étaient techniquement modernes mais semblaient représenter quelque chose de profondément archaïque, archétypique, semblable au jeu de tarot. J’ai compris que c'était exactement ce que j’envisageais pour notre CD (nous étions encore en période de composition à l’époque).

Le nom de la jeune fille qui a fait ces chefs-d'œuvre est Lisa Menon. Je l’ai rapidement contactée et elle a accepté de me laisser choisir l’œuvre à adapter pour l’artwork. A partir de ce travail ensuite, le dessin du layout et du livret a donné sa pochette au CD. Dernier point mais non des moindres, Sara Calvo (qui avait déjà créé notre logo) a conçu le magnifique "monstre-grenouille" que l'on peut maintenant voir dans le boîtier et sur le CD lui-même.



En ce qui concerne le symbolisme: la pochette représente essentiellement une allégorie alchimique. Les deux êtres humains unis devant une porte liquide symbolisent les deux éléments chimiques se liquéfiant et coagulant dans un bain d'"eau philosophale" en vertu de l’action du soleil et de la lune, tous deux fondamentaux pour concevoir l’ "opus".
Pour ce qui est du livret en général, les humains sont le plus souvent ambigus sur le plan de la caractérisation sexuelle, ce qui contribue au sens alchimique de l’androgynie et de "l’union des contraires".

Une autre chose importante est la semence qui prend la place de la matrice et de chaque articulation, ce qui signifie que le même processus peut se dérouler au sein de l’homme et que la pierre "est ce qu'elle était et sera ce qu'elle est".


Metalship : En dehors de cet artwork, le titre de votre album, le nom du groupe mais vos aussi vos paroles apportent davantage à l'aspect conceptuel et mystérieux de votre approche. Penses-tu que l’imagerie et les thèmes que vous développez contribuent à façonner une vision complémentaire et indispensable à votre musique en tant que telle?

Tout à fait. Les paroles des chansons ne sont pas secondaires pour nous. Rien ne l’est. Chaque aspect, du livret au nom du groupe participe à véhiculer le sens et les émotions de notre musique. Tandis que "Eloa Vadaath" signifie "Celui qui voit et sait tout", le titre de l'album, comme la plupart des paroles dans ce CD, réfèrent à la condition de l'homme que les Hébreux appellent "Paroketh" dans l'arbre de vie, ou ce que d’autres nomment "voile de Mâyâ".

C’est l’étape de croissance spirituelle dans laquelle on doit renoncer afin de percevoir le monde comme un endroit différent plutôt que comme la manifestation réelle d’un "plan supérieur", un voile masquant la vérité. Il est difficile de le soulever et la plupart d'entre nous n’en sont pas capables car ils n’ont en pas conscience; en d'autres termes, nous vivons avec le simple reflet de pays merveilleux que nous ne pouvons expérimenter qu’infectés, surprenant des réminiscences que nous ne pouvons nous expliquer à nous-mêmes puisqu’elles nous apparaissent nues et indéfinies.


Metalship : N'est-il pas difficile de gagner en visibilité et en réputation quand on est un groupe de metal aussi avant-gardiste et conceptuel que Eloa Vadaath?

L'Italie est un pays très difficile pour les musiciens en général. Le problème
devient de plus en plus important lorsque l'on parle de metal, en particulier quand il
est expérimental. En même temps, nous avons remarqué que, même quand les gens ne sont pas familiers avec le genre et sa volonté d'être avant-gardiste, ils apprécient le son général du groupe. C'est du metal après tout!



On sait qu’on ne sera jamais un "phénomène de masse" et nous n’en avons pas vraiment l’ambition… ceux qui suivent notre musique ont pris le temps de lui donner toutes les chances d'être comprise et pleinement vécue, loin d'une superficielle
écoute de 30 secondes. C'est le genre de public auquel nous nous adressons.


Metalship : Ressentez-vous parfois le besoin de jouer quelque chose de plus simple et conventionnel, juste pour le "fun"?

Bien sûr! On fait souvent des pauses "détente" lors des répétitions: nous jouons beaucoup de chansons pour le plaisir, souvent très simples et accrocheuses.

D'un point de vue général, nous ne cherchons pas à la virtuosité ou le défi technique en soi: tu remarqueras que nos chansons ont des structures et arrangements qui reflètent notre style de composition, plus réfléchi qu’impulsif. Cependant, nous ne nous perdons pas dans d'interminables soli en spirale ou de parties instrumentales infinies seulement pour un souci de technique. Nous essayons de mettre dans notre musique ce dont elle a vraiment besoin, ni plus ni moins.

Quand l’esprit du morceau appelle à une approche simple, on ne renonce pas
à prendre du recul et à ne jouer que ce qui nous semble nécessaire (je pense à "Elysian Fields" sur le CD, par exemple). Lorsque la nature d'une chanson ne devient vivante qu’avec plus de vitesse, de sens de l'urgence et ainsi de suite, nous essayons de satisfaire ce besoin. Quand il s’agit de "saletés"... on n’a pas peur d’en mettre non plus (pensez à la fin de "64 A.D.- Le Flambeau")!

Rien ne nous empêche d’aller vers des compositions plus simples dans un futur proche ... ou plus féroces, qui sait?


Metalship : Comment vois-tu l'avenir de Eloa Vadaath? Envisagez-vous une tournée, un nouvel album en préparation?



Oui, nous travaillons sur la possibilité d'une tournée (ou mini-tournée au moins) pour cet été / automne. Nous prévoyons d'autres dates italiennes et européennes, espérons-le, mais pour le moment rien n'est sûr. Les dates apparaîtront sur notre page myspace (www.myspace.com/eloavadaath) dès qu'elles seront confirmées.

Concernant le nouvel album: nous avons 3 ou 4 chansons bien définies en termes de structure, car il y a encore des arrangements majeurs qui sont loin d’être en place pour le moment. Certaines chansons consistent encore en des idées à développer. On est vraiment enthousiasmés par le son général en tout cas ! Nous prévoyons de démarrer la pré-production au plus tard en janvier 2011.


Metalship : Merci pour ces réponses! Je te laisse le dernier mot pour conclure cette interview.

Merci pour cette opportunité d’interview, et d’avoir apprécié notre premier album! Nous espérons rencontrer plus de possibilités de ce genre pour promouvoir notre musique. Salutations!


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ajouté par Maczym, le 10 avril 2010 pour Metalship

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