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Interviews :: Interview de The Old Dead Tree

Interview de The Old Dead Tree


31 mai 2008, au Lyon Métal Fest, à Villeurbanne (69).
Manu, le chanteur de The Old Dead Tree vient à ma rencontre à l’entrée des artistes, derrière les bus de la tournée. Après les présentations d’usage et la rencontre avec Vincent, le bassiste du groupe, nous nous dirigeons vers les loges pour une interview bonne enfant et fort instructive.


Manu et Halord avec son magnifique Tee Shirt Metalship ;-)



Metalship : Pourquoi ce registre de la tristesse et de la mélancolie, qui par ailleurs vous va si bien ?

Manu : au risque de surprendre un peu je ne trouve pas que nous soyons si mélancoliques que ça. Par rapport à des groupes comme Shape of despair ou Ataraxie, on dégage une joie immense (rires). Nous essayons de faire la musique qui nous correspond et à mon humble avis ce que l’on fait de mieux c’est de transmettre des émotions. Il est plus difficile de réussir à toucher les gens sur le registre de la joie que sur celui de la tristesse. J’ai écrit un titre sur la naissance de mon premier enfant. Il est loin d’être triste mais à mon sens ce sont des émotions qui sont plus difficiles à faire passer.
On a également beaucoup de goûts communs qui s’inscrivent dans cet univers, comme Paradise Lost par exemple. On a ensuite ouvert nos horizons musicaux, individuellement et collectivement et ça a donné la musique qu’on fait aujourd’hui, c’est-à-dire sur un socle métal, des influences très diverses et une volonté réelle de changer très régulièrement de style au sein d’un même morceau.


Metalship : On entend dire ici et là qu’une grosse partie du charisme du groupe repose sur toi. Quel est ton avis à ce sujet ?

Manu : le chanteur est le plus exposé. Le « poste » de front man fait que je suis plus mis en avant.
Sur la composition, c’est moi qui apporte le plus de choses, je suis très impliqué dans le groupe, mais à côté de ça il y a vraiment un travail collectif. Mes 3 camarades sont toujours là pour me dire « ça c’est bien » ou « ça c’est pas bien ».
On a tous progressé au contact des autres et réellement ce n’est pas l’aventure d’un homme, en tout cas ce n’est pas comme ça que je le vois.


Metalship : Vous êtes dans le peloton de tête du métal français, de par votre originalité, de l’émotion que vous dégagez.
Les départs successifs de Nicolas (guitare) et Foued (batterie) ne mettent-ils pas un frein à vos ambitions ? Qu’ont-ils emporté avec eux ?

Manu : en tant que musicien, il faut bien admettre ça nous a embêté (rires jaunes). L’un et l’autre n’ont pas du tout eu le même impact sur le groupe. Nicolas était co-compositeur, ça a donc été un peu difficile. Foued intervenait surtout au niveau des arrangements, pas tellement au niveau des morceaux en eux-mêmes.
Humainement ça a été des pertes importantes, bien que les caractères soient complètement opposés. C’est une partie de la maison qui s’en va. Il est évident que des choses sont perdues et ne sont pas retrouvées. Mais il y a aussi des choses nouvelles qui arrivent.
Ça ne sert à rien d’essayer de remplacer un membre qui s’en va par un équivalent. Le nouveau sera forcément différent.
Je me suis beaucoup enrichi au contact de Nicolas et de Foued et bien qu’ils aient quitté le groupe ce qu’ils ont apporté n’est pas entièrement parti.
Sur Water Fields (le dernier album du groupe, ndlr) j’ai fait beaucoup de compositions par moi-même. À titre personnel, je n’ai pas l’impression que la qualité s’en ressente, en tout cas je l’espère (rires).
L’arrivée d’un nouveau membre, de quelqu’un qui arrive avec beaucoup de motivation, c’est beaucoup d’excitation. Nicolas avait accumulé beaucoup de fatigue et avait de plus en plus de mal à suivre le rythme. Voyant arriver un enfant, il s’est dit qu’il ne pourrait pas tenir. Gilles (le nouveau guitariste) est quelqu’un de très motivé, heureux et fier d’être là.
Ce qu’on a perdu avec certains points avec Nicolas on l’a gagné sur d’autres points avec Gilles.


Metalship : Le coté Death et agressif était apporté par Foued. Que va apporter le nouveau batteur ?
Pour l’instant il n’est qu’un interprète de partitions existantes.

Vincent : ta question est un peu liée à la précédente.
On perd une couleur de frappe et un style de jeu orienté extrême . Je suis content que tu me poses la question car le couple basse batterie est très important dans le groupe.


Metalship : En concert, on te voit souvent te tourner vers lui, ça communique…

Vincent : effectivement j’ai besoin de bien ressentir la personne qui occupe le poste de batterie, musicalement et humainement.Raph est un musicien pro qui a un socle d’influences hyper large. Il est très bon dans plein de registres et apporte ainsi de nouvelles perspectives, de nouvelles couleurs pour l’avenir. Laisse- moi te dire que ça va s’entendre sur le prochain album (sourire ravis).
Aujourd’hui c’est un membre à part entière, ce n’est plus un batteur de session. C’est encore un interprète au stade où l’on en est, mais il sera partie prenante sur le prochain album dans la mesure où la dynamique, la couleur rythmique va être apportée par lui.
Les idées de base et les grandes orientations des morceaux sont apportées par le couple des guitaristes, avec historiquement le caractère prépondérant de Manu. Gilles est aussi un compositeur, il aura donc aussi partie prenante dans la phase de composition.
Le couple basse-batterie apporte ensuite toute la partie rythmique qui peut avoir une incidence sur les idées premières qu’ont apporté les guitaristes. La basse et la batterie peuvent apporter des directions nouvelles une fois que les idées de base sont posées.


Metalship : Avez-vous déjà composé de nouveaux titres ?

Manu : j’ai fini le premier hier ! Il me satisfait (rires). Je ne l’ai pas encore proposé aux autres.

Vincent : j’en ai écouté 65% il y a quelques jours et laisse moi te dire que ça va le faire (rires). En toute objectivité (rires…).


Metalship : Pourquoi n’avez-vous pas de titres en français ?

Manu : les influences jouent énormément. La majorité des groupes qu’on écoutait adolescents étaient des groupes anglophones (Metallica, Paradise Lost,, …). Quand on commence à jouer de la guitare à 15 ans, on essaie de reproduire ces morceaux et l’intérêt pour la langue anglaise vient naturellement.
Le processus de composition est quelque chose d’un peu égoïste. Je dis sur moi des choses que j’aurai beaucoup de mal à dire en français. Je n’ai plus l’impression d’interpréter un texte, ça me donne le recul nécessaire. L’Anglais met une distance entre ce que je dis et ce que je ressens et j’ai ainsi moins l’impression de livrer ma vie au public. J’arrive à mieux faire passer les choses, avec moins de retenue.

Vincent : en plus c’est une langue qui se prête particulièrement à ce style de musique.On ne s’interdit pas de composer un jour des titres en français. Le principe n’est pas exclu par le groupe.


Metalship : Quelles sont vos ambitions ? Réussir dans la musique en tant que professionnels ou jouer pour le fun?

Manu : notre volonté est claire de vouloir jouer devant le public le plus large possible.
On a perdu un batteur (Franck Métayer) pour ça. Le groupe perdait sa dimension « fun ». Entre jouer pour s’amuser et répéter un morceau 20 fois d’affilée parce que le lendemain on joue avec Opeth, ce n’est pas la même chose. On n’a pas affaire à un groupe amateur. La transition entre le groupe qui a une démo 4 titres très bien accueillie, qui marche bien et qui passe au groupe dont l’album est distribué en Europe et va jouer avec Paradise Lost, on l’a vraiment prise au sérieux.
Il y avait un palier, un cap à passer. Il a fallu être d’un sérieux extrême et fournir un énorme travail, quitte à perdre le côté fun du style « on arrive en répète…Bon alors on fait quoi les gars ? ». Ça fait des années que cela n’arrive plus.
En répèt on a un programme, des concerts qui arrivent, de la composition à faire, un planning à tenir par rapport à la maison de disques. Il y a beaucoup d’exigences qui font que le plaisir, on va le retirer au résultat plus qu’au processus de réalisation. Quand on aura accumulé 30 ou 40 h de répétition pour un set de 40 minutes par exemple, où l’on est vraiment satisfaits de ce qu’on a fait. La récompense est là.
Le plaisir est vraiment sur scène car toutes les choses auxquelles on a pensé avant de monter sur scène sont devenues des automatismes. On laisse assez peu de place au hasard, on n’est pas les rois de l’impro et dans ces cas-là il vaut mieux fignoler les détails avant de monter sur scène (rires).


Metalship : Le packaging des albums est très réussi, par contre, sur scène, c’est un peu vide, non ?

Vincent : vide sur scène, je pourrais mal le prendre (rires). Tu parles d’un décor ?, le groupe n’est pas exubérant ?, c’est quoi ta pensée ?


Metalship : Déjà au niveau décor, qui est sobrissime, il y a juste The Old Dead Tree derrière. Et puis aussi le manque de jeu de scène des petits nouveaux.

Manu : on a mis Gilles sous cocaïne maintenant ça va beaucoup mieux (rires).


Metalship : Il s’est lâché un peu effectivement. J’ai vu l’extrait d’un concert en Allemagne et effectivement et je me suis dit « hé, qu’est ce qu’il leur arrive ? » (rires).

Manu : dans le groupe, on a toujours voulu avoir une image « simple ». On n’a jamais voulu faire dans l’exubérance, on est des gens plutôt normaux, plutôt sains. On a 2 pères de famille dans le groupe. On a une appréhension de la vie qui est très loin des clichés les plus noirs du métal. On a toujours joué sur la simplicité, que ce soit dans l’événement ou les photos que l’on a pu prendre.
Par rapport au décor de scène il y a eu débat entre nous, on n’est pas toujours d’accord... La personne qui s’occupe des lumières a beaucoup d’idées. Il n’a malheureusement pas pu venir ce soir.
On verra pour le prochain album, si on travaille ça plus ou si on reste dans la sobriété.

Vincent : il faut aussi laisser le temps aux nouveaux arrivants de pouvoir être un peu plus à l’aise sur scène. C’est le cas de Gilles, qui est une personne réservée. Il a intégré tout ça comme tu as pu le voir sur certaines vidéos et peut-être ce soir également, s’il n’est pas malade (rires). À son arrivée dans le groupe, il avait fait très peu de concerts.
Nous-mêmes quand on a commencé nous ne bougions pas beaucoup sur scène. Gilles sort tout doucement de son cocon et l’on a bon espoir pour la suite (rires).


Metalship : De quel groupe mythique aimeriez-vous faire la première partie ? :

Vincent : j’ai un groupe mythique ancré en moi depuis des années, c’est My Dying Bride ! Forcément je souhaiterais que ça puisse se passer un jour. J’aimerais aussi refaire des dates avec un groupe avec lequel on a déjà tourné, Paradise Lost. Après on ne se débarrasse pas des grands poncifs du genre. Metallica reste la légende. Partager la scène avec ces musiciens me ferait extrêmement plaisir.

Manu : pour moi aussi c’est Paradise Lost. C’est un groupe avec lequel je n’ai aucune objectivité. Quoi qu’ils sortent je l’achète et je trouve ça génial (rires). Et puis Gregor Mackintosh dégage énormément. J’aimerais aussi beaucoup jouer avec Muse. Sinon jouer avec Led Zeppelin ce serait pas mal non plus (rires).


Metalship : Continuerez-vous toujours à faire des photos et à signer des autographes après les concerts, comme vous le faites actuellement ?

Manu : non, pas du tout, on n’aime pas les gens (rires…). Évidemment si un jour on devenait Metallica ce serait un peu gênant d’aller au stand merchandising. Là ça pourrait durer quelques années (rires). Si on devenait riches et célèbres ça arriverait après la trentaine, c’est un peu tard pour prendre la grosse tête, je pense (rires).

Vincent : il n’y a pas de calcul, pas d’effort particulier derrière ça. Ça nous fait plaisir d’aller à la rencontre des gens qui nous permettent de vivre cette aventure. Sur certaines dates des têtes deviennent familières, des gens qui viennent nous voir à Lyon, à Paris, … (Allusion à moi, rires, ndlr).

Manu : c’est un partage avec le public, ce serait idiot de se cantonner à la scène, en tout cas ce n’est pas comme ça qu’on voit les choses.


Metalship : Comment gérez vous votre vie privée par rapport à la musique ? Est ce que vous en vivez ?

Dans les groupes « métal », à part peut-être Gojira, je ne pense pas que d’autres groupes en vivent. On a des activités professionnelles à côté, et pour 2 d’entre nous des enfants. Les autres ont une copine ou une femme (Vincent). Ça demande d’arrêter de dormir tout simplement (rires). Il faut concilier les deux et être présents dans plein de domaines à la fois.
C’est beaucoup d’investissement, mais on a la chance d’avoir une vie bien remplie et enrichissante.


Metalship : Ce n’est plus vraiment d’actualité , mais pourquoi t’es-tu coupé les cheveux (voir pochette du dernier album) ?

Manu : il y a débat au sein du groupe puisque je suis le seul à avoir encore les cheveux longs. Vincent fait un gros lobbying pour que je ne les coupe pas.


Metalship : Merci Vincent (rires)

Manu : pour l’instant ça repousse, je ne me pose pas de règles en particulier. L’été arrivant je vais peut-être repasser chez le coiffeur ou sortir la tondeuse je ne sais pas encore… (rires).


Metalship : Si vous aviez 2 objets à emporter pour partir seuls quelque part, comme sur une île déserte ?

Vincent évite la question pour réfléchir et désigne Manu de la main.
Manu : Vincent m’emmène moi visiblement (rires). Une guitare sèche. Je vais laisser Vincent répondre et réfléchir à mon deuxième objet.

Vincent : une basse…acoustique, car l’ampli, ça fait 2 déjà (rires) sans conter les câbles (rires). En deuxième un téléphone.

Manu : je pense qu’on peut difficilement vivre sans communication maintenant. Pour moi un PC avec Internet ce serait pas mal. C’est fou de voir comment en si peu de temps, le téléphone portable et l’Internet sont devenus indispensables. Quand le groupe a commencé tout se faisait par courrier. Aujourd’hui c’est absolument inenvisageable. Si je devais envoyer un courrier chaque fois que je fais un mail ce serait insupportable. J’en enverrais 40 par jour (rires). Sans parler de ce que je reçois. Plus la musique qu’on envoyait…
J’ai du mal à imaginer comment on pouvait ne serait-ce que monter une tournée à l’époque, à fortiori à l’étranger. Franchement Internet ça sauve la vie.


Metalship : Vous êtes plutôt baobab, olivier ou cactus ?

Vincent : plutôt olivier.
Manu : moi aussi, olivier. C’est le méditerranéen qui s’exprime (rires).


Metalship : Avez-vous fait des concerts privés ? Seriez-vous prêts à jouer pour un mariage par exemple ?

Manu : le mariage d’un membre du groupe oui. Le premier concert du groupe s’est fait dans une grande maison de campagne en Bretagne, chez Frédéric, notre premier batteur. On a fait un concert et fait circuler un chapeau. On avait récolté une cinquantaine de francs quand même, notre premier cachet (rires). C’est le seul concert privé qu’on ait donné, je crois.


Metalship : Merci à vous deux. Cet entretien était très sympa. On vous souhaite un bon concert. À tout à l’heure.

Le concert qui s’ensuivit fût excellent, très professionnel et plein d’émotion, comme à chaque fois. Les progrès des 2 nouveaux sont flagrants (Bravo à Gilles et Raphaël, continuez dans ce sens) et le jeu de lumières très réussi.
Bravo les gars…Et vivement le Hellfest !


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ajouté par halord, le 6 juin 2008 pour Metalship

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