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Interviews :: Interview de Benighted

Interview de Benighted


25/04/2008, Reperkusound à Lyon : Escortés jusqu’à un coin retiré des loges, nous rencontrons Olivier, un des guitaristes de « Benighted », accompagné de Candy, le bassiste du groupe.
Olivier, toujours aussi souriant et avenant, Candy, lui, plus réservé de prime abord nous accueillent …


Metalship : On s’est beaucoup vu ces derniers temps …

Oui, beaucoup vu dans les concerts … Dans les petits concerts, parce qu’on n’a pas de sous pour aller voir les grands groupes (rires)


Metalship : Racontez-moi l’histoire du groupe

Olivier : « Benighted » est né en 98, avec 3 membres fondateurs encore présents, Candy à la basse est venu en …

Candy : … 2003 ou 2004, euh …. 2004

Olivier : Voilà, 2004, et le batteur est là depuis 2 ans… On a sorti 5 albums, le premier « Eponyme », en 2000, qui est plutôt une démo et qu’on a auto produit. Après, il y a eu « Psychose » sorti en 2001 ou 2002, et après on a sorti « ICP » (Insane Cephalic Production), « Identistick », et le petit dernier … « Icon », l’année dernière ; on a aussi changé de label, on est maintenant chez « Osmose ». Beaucoup de changements, et toujours un problème avec les bassistes, jusqu’à ce qu’on trouve cet énergumène (en regardant Candy … rires) ; le problème est différent : maintenant, il faut le gérer !


Metalship : D’où vient le nom du groupe ?

Olivier : Oh putain ! (rires) La définition est assez complexe en Anglais, puisqu’il s’agit déjà d’un participe passé ; ça veut dire ennui té ou ch’sais pas quoi, ou alors un peu complètement débile, un peu ignorant. Ce coté ignorant nous va pas mal aujourd’hui … Le coté un peu plus black – ennui té nous allait mieux au début, maintenant c’est plutôt le coté …

Candy : … le coté pas de cerveau !

Olivier : Oui, un problème de cerveau, ça va bien avec le concept.


Metalship : Pourtant on n’a pas le sentiment que ce concept « idiot » aille avec les paroles ?

Olivier : Eh bien en fait, c’est plus éloigné, c’est pas psychiatrique réellement, pas bête non plus parce que c’est beaucoup plus littéraire, mais quelque chose comme ça ; ça veut dire : obscurcit par euh … par quelque chose … Ca a plein de sens, c’est très ouvert et du coup ça nous sert bien parce que c’est utilisable pour des thèmes comme la schizophrénie, concept souvent repris dans nos albums.


Metalship : Le thème de la folie est omni présent dans vos albums, l’un de vous travaille en hôpital psychiatrique je crois …

Olivier : Oui, c’est Julien, notre chanteur. Il s’en inspire un peu …

Candy : Oui, c’est beaucoup de vécu ; c’est très déformé, très exagéré, mais il y a plein de sujets qui partent de ce qu’il vit au quotidien, de son travail.

Olivier : Pour Julien, c’est sans doute un exutoire ; ça lui permet de sortir de ce qu’il voit, par rapport à un travail où il doit toujours être en retenue vis-à-vis du patient. Là, c’est carrément pas retenu du tout … C’est même plutôt l’inverse ! (rires)


Metalship : Qui, chez Benighted, est à l’origine d’un morceau, et comment le travaillez vous ?

Candy : En général, c’est les deux guitaristes et moi le bassiste, qui amenons l’idée de départ, puis après, on travaille tout ça tout les 5. Ensuite, il y a des riffs qui viennent se rajouter, L’un d’entre nous écrit 70 à 80% du morceau,

Olivier : Oui, il y a toujours un travail en amont, que se soit Candy, Liem ou moi ; on apporte une idée, et après on la retravaille ensemble pour que ça plaise à tous… tout le monde apporte son petit truc, batterie ou chant …

Candy : Oui c’est vrai, quand les morceaux sont composés, structuré, c’est pas impossible que quand on place le chant et les paroles, on ne retravaille pas la structure.

Olivier : Il y a en fait 3 phases : une chez soi, où tu fais le truc à ta sauce, tu l’amène aux autres membres du groupe, on le travaille entre nous, et quand Julien arrive, qu’il pose le chant dessus, là on peu remodeler le truc encore une fois. Pour finir, il y a le studio où on peu encore retravailler le morceau.


Metalship : Ce qui m’épate toujours, c’est le coté déstructuré de vos morceaux. Déstructuré, c’est peut-être pas le mot : complexe plutôt.

Oui, tout à fait, c’est pas couplet / refrain / couplet / refrain


Metalship : Ce n’est pas trop compliqué de mémoriser et rejouer vos morceaux ?

Candy : Non, en fait, nous trois qui composons, avons chacun notre conception d’un morceau. La phase la plus compliquée, c’est celle où celui qui a composé apprend son morceau aux autres ; là c’est vrai que de répète en répète c’est parfois un peu « attends, qu’est-ce qu’on a joué la dernière fois ? » (rires) … Mais après, ça vient naturellement, on n’a aucun problème pour se souvenir des structures.

Olivier : C’est pas comme les mecs qui ont des morceaux de 30 secondes.

Candy : T’imagines, 40 morceaux dans un concert !


Metalship : La vie de tous les jours chez Benighted, c’est comment ?

Olivier : Chacun a ses occupations, on bosses tous, on a tous une vie sérieuse …

Candy : « Sérieuse » est un bien grand mot, en tout cas la musique reste une passion, même si c’est une passion envahissante, qui demande beaucoup d’implication, beaucoup de santé physique et mentale … (rires)


Metalship : Ah bon ?

Candy : Et oui, moi je me suis cassé un genou en concert … Mais bon, la musique ne reste qu’une passion ; on a tous nos boulots, une vie à coté, comme des humains en fait ! (rires)

Olivier : (éclats de rires) … Ouais, c’est vrai, on bosse, et puis après … il y en a bien qui vont faire du foot le Weekend …

Candy : ben voilà ! Nous on va faire les débiles sur scène !


Metalship : Et comment gérez-vous les déplacements à l’étranger ? Ca fait des plannings un peu compliqués ?

Olivier : Oui c’est compliqué. Tu vois là, j’ai mon concours dans 4 jours pour être prof, et bien tu vois, je suis là ; il y a 2 semaines, on était en Hollande … on fait avec.

Candy : En fait, c’est naturel pour tout le monde : ce Weekend, s’il y a un concert, tout le monde se débloque. C’est pas facile mais …

Olivier : C’est pas toujours le Weekend, c’est parfois en pleine semaine.

Candy : On essaye quand même de s’arranger pour que ce soit le Weekend, mais c’est pas toujours faisable. Heureusement, on a des patrons conciliants, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Moi, je n’ai pas de problème pour ça, mais Litchi, l’autre guitariste …

Olivier : Là, on avait une tournée début juin … Moi je ne peux pas la faire mais sinon, on s’organise ; on prend sur nos vacances par exemple. Mais bon, on s’éclate, c’est comme des vacances …

Candy : C’est pas vraiment des vacances, mais c’est pas comme si on était au boulot !

Olivier : T’as le droit d’avoir des vacances avec ta copine ou ch’sais pas quoi, mais c’est une sorte de vacances …


Metalship : « Ch’sais pas quoi ? » (rires)
Justement, ça se passe comment avec les copines ? Ca ne les dérange pas que vous soyez toujours par monts et par vaux ?

Candy : Et bien tu vois, ça dépend ; par exemple, pour le coup de la tournée qui ne se fait pas, ça a un peu grincé des dents mais euh, à la base, elles étaient au courant quoi ! Je sais que pour ma part, et pour Litchi aussi, c’est pareil, on fait avec, elles étaient au courant …

Olivier : On supporte le mauvais moment (rires).

Candy : Ce sont des moments à rattraper en semaine …

Olivier : Sauf qu’on n’est pas en forme en semaine (rires) !


Metalship : Depuis que vous avez changé de label, vous faites davantage d’international non ?

Olivier : Oui, carrément, c’est radical. L’infernal festival en Norvège, les Pays-Bas, avec un accueil excellent.

Candy : Ca fait bizarre de voir des gens qui ne sont pas Français et qui viennent pour toi !

Olivier : En Hollande, on a cru qu’on était en France : on était en tète d’affiche, c’était vraiment cool !


Metalship : Vous êtes dans la lignée de Gojira alors …

Candy : (rires) Pas vraiment, parce qu’il me semble que eux vivent de leur musique. Nous, on essaye de jouer toujours plus loin, de toucher le plus de monde possible, mais ce n’est pas dans l’optique du groupe que de tous arrêter notre boulot et de ne faire que ça. Pour ma part, ce que j’aime bien dans le groupe, c’est que ça reste un hobby, et on n’a pas la prétention que ça change.


Metalship : Mais en fait, ça vous tombe dessus !

Candy : Ouais, voilà, peut-être, mais on ne se pose pas la question parce que ça serait tellement compliqué à gérer par rapport à nos jobs …

Olivier : Ca n’arrivera pas … En fait, on en profite, tu vois, on s’éclate, on se retrouve tous les 5, enfin tous les 6 avec notre sonorisateur …

Candy : …sachant que Lydie (une amie de Benighted présente pendant l’interview) n’est pas notre sonorisateur … (rires)

Olivier : … oui, il est beaucoup plus moche ! (rires) C’est vrai ! En tout cas, lui aussi dit qu’il y aurait moins de magie si on en vivait et si ça devenait un métier, un boulot.

Candy : Dès que la thune rentre en jeu, ça devient compliqué, il faut gérer le partage … Alors que nous, le lundi, on retourne au boulot …

Olivier : … au radar ! (rires)


Metalship : Que pensez-vous du download : est-ce que vous considérez que ça a pu vous aider ?

Olivier : Et bien, c’est à double tranchant : c’est très bien pour se faire connaitre, mais en même temps, c’est des ventes en moins pour la maison de disque …

Candy : Nous, les ventes en moins, comme on l’a dit, ça ne nous touche pas : un CD vendu, ça n’impacte pas notre quotidien …

Olivier : Oui, pour nous, pas de problème, c’est cool, mais en même temps, pour la maison de disque c’est moins cool, et du coup ça se ressent sur les budgets de production, et ce qu’on cherche, c’est quand même d’avoir un bon son pour nous faire plaisir, et faire plaisir aux gens qui nous écoutent. Il faut que se soit quelque chose de sérieux. Avec le download, c’est de l’argent qui ne rentre pas pour alimenter la production. Mais c’est vrai que c’est classe : par exemple, je reçois plein de mail de pays où on n’est pas distribués comme la nouvelle Zélande, mais voilà … c’est à double tranchant. A part Litchi qui est à fond contre – il n’a pas d’ordinateur – c’est vrai que nous aussi on n’achète pas forcément tout ce qu’on écoute, ou alors, si ça nous plait, on achète à postériori.


Metalship : Peut-on vivre du Métal en France ?

Olivier : Concernant « Benighted », notre musique est tellement particulière que je ne pense pas que se soit possible.

Candy : Je crois qu’en France, il n’y a que Gojira qui en vive…

Olivier : Peut-être Eths ??

Candy : … parce que bon, pour faire vivre 4 ou 5 personnes …

Olivier : Ou alors, tu peux en vivre comme « Aborted » : tu vois, à coté, ils ont un studio, du design … Ou alors t’arrête pas de tourner, tu bouffe ce qu’on te donne, mais je ne pense pas que tu puisses te faire une retraite (rires). En France, je pense que c’est assez dur d’en vivre. Sinon, des groupes de Métal moins extrême comme « Pleymo » peuvent en vivre, mais ce n’est pas le même style de musique. « Gojira », c’est le cas à part, « Dagoba », ça leur arrivera peut-être un jour.

Candy : oui mais c’est très français ; en Norvège, par exemple, t’as plein de gens qui assistent aux concerts Métal alors qu’ils ne sont pas particulièrement de ce milieu.

Olivier : C’est comme en Allemagne, à la place du bal musette, tu peux avoir un groupe de Métal qui joue et les gens viennent voir comme ça, sans apriori. En France, par exemple, t’as pas de mariage où tu entends du « Maiden » ou du « Manowar » …


Metalship : ça dépend des mariages … (rires) Mais en tout cas, on a l’impression que le public Métal s’est élargi ces dernières années en France.

Ouais, y a plein de groupes très différents, et de plus en plus de groupes de qualité en France, et ça prend une ampleur de plus en plus grande.


Metalship : Quelle question aimeriez-vous qu’on vous pose ?

Candy : Je ne sais pas moi … Est-ce qu’on a bien mangé ? (rires)


Metalship : Alors, est-ce que vous avez bien mangé ?

Candy : Ben non, j’ai pas mangé encore, et Olivier non plus. Moi ma dernière expérience de repas en concert …

Olivier : A oui !!! En Hollande, il a finit malade, couché dans le van !!! (rires) Ouais, c’était une sacré soirée !!!

Candy : Ce qui était cool dans ce festival, c’est qu’il n’y avait qu’un groupe Hollandais ; il y avait des Tchèques, un groupe Espagnol, c’était vraiment la bringue toute la nuit. On a passé de la musique des années 80 et tout le monde dansait.

Olivier : Il y a même eu un battle de danse avec un Tchèque, c’était un truc de fous. Moi je mixais … Quand on est arrivé ça payait pas de mine, on s’est dit bon, on va voir … Après le concert, les mecs ont amené ce qu’il fallait pour faire la fête, et puis ça a gonflé gonflé, et puis on a écouté du zouk : la version Anglaise de « Bal masqué », et tous les métaleux, les gros barbares tatoués, dansaient dessus ! Y a pas eu un morceau de Métal, que de la danse ou du zouk ! (rires) L’aut’ (Candy) qu’était malade comme un chien, moi aux platines avec un mec qui rigolait comme un con … Bref, c’était vraiment une bonne soirée !

Candy : On fait ça pour ça aussi ! Il y a souvent un après concert, sans public et avec les organisateurs …

Olivier : Ouais, là, il n’y avait pas de public, mais c’est cool aussi de rencontrer des gens, échanger, les revoir à d’autres concerts … Ca rajoute au coté festif.


Metalship : Très franchement, sans vouloir vous lancer des fleurs, j’ai rarement vu plus généreux que « Benighted » sur scène.

Non, non, on ne paye pas des coups (rires) … Nous, on adore jouer, on adore sentir que le public est content, c’est un échange. Cette année, on a vraiment eu des émotions, une énergie avec le public. Comme une fois, la première fois où Candy est venu, il faisait tellement chaud que le batteur était tombé dans les pommes … Des fois, tu ressens une vibration … hyper positive !


Metalship : C’est étrange comme cette bonne humeur contraste vraiment avec les thèmes que vous interprétez …

Olivier : C’est vrai, notre musique est sombre, la folie … mais c’est un prétexte.

(Le téléphone de Candy sonne)
Candy : Euh, désolé, j’ai des obligations, avec ma copine, elle arrive … (Ah…)

Olivier : A ben voilà, bravo ! (rires) … Là il a encore de l’énergie !


Metalship : Merci, je crois qu’il est temps d’aller vous chauffer …

Olivier : Oui, 20h10, on va se chauffer… Merci.

Notre petit groupe se sépare sur ces mots ; Ils sont partis se chauffer, l’un avec sa guitare, l’autre avec sa copine, et une petite heure plus tard, ils nous ont exécuté, comme à l’accoutumée, un concert comme ils savent si bien le faire, plein de tranches de positive violence, plein de sourires et de bonne humeur. Bravo messieurs et « Stay Brutal !!! ». Bastien.


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ajouté par halord, le 5 mai 2008 pour Metalship

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