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Interviews :: Interview de Cartagena

Interview de Cartagena


La Tunisie possède décidement d'excellents groupes. Après MYRATH et PERSONA, c'est CARTAGENA qui s'est fait remarquer début 2018 avec un très bon album Roma Delenda Est. Le groupe a accepté de répondre aux questions de Metalship. Et malgré une connexion Skype capricieuse, nous avons pu aborder beaucoup de sujets !




Metalship : Première question. Le groupe s'est formé en 2009, vous avez sorti un premier album (Eternal Variation) en 2010 et le deuxième (Roma Delenda Est) seulement en 2018. Pourquoi ?

Mourad Bessadok (aka Silensium Tear - basse) : Notre guitariste préparait son doctorat, j'avais aussi une thèse à préparer. Notre chanteur est parti vivre en Belgique. Nous étions également à la recherche d'une chanteuse. Il y a donc eu une grosse période de latence. Nous avions commencé à enregistrer l'album avec un PC et nous avons eu quelques soucis avec la perte de données. Nous nous sommes autofinancés pour acheter plus de matériel. Et tout cela pris du temps ! Par contre, nous avons donné pas mal de concerts, en participant notamment à tous les festivals existant en Tunisie. Les shows se concentraient surtout sur le premier album. Le deuxième album nous ne l'avons joué que deux fois pour l'instant.


Metalship : Combien de temps vous a pris la réalisation de ce deuxième album ?

Mourad : Alors, cela n'est pas évident de répondre. L'album était plus ou moins prêt, mais vu que nous avons eu cette période de pause, nous avons pris notre temps pour réaliser le mixage et la production, que nous avons effectués dans notre propre studio.


Metalship : Donc en fait, l'album était composé depuis un petit moment déjà…

Mourad : Oui, cela fait 4 ans en fait. C'est comme le vin, il s'est bonifié avec le temps !


Metalship : Ce n'est pas facile de décrire votre musique, comment la définiriez-vous ?

Mourad : Ce n'est pas facile pour nous non plus. L'idée c'était de faire un peu plus qu'un album. J'ai donc imaginé une histoire pour accompagner l'album. On est parti de l'idée qu'Hannibal avait gagné la guerre contre Rome. Et nous avons construit une véritable odyssée à travers chaque titre. On peut d'ailleurs parler de concept album.


Metalship : Mais au niveau de la musique ?

Mourad : Je dirais que c'est un peu un mélange de tout. Metal symphonique, metal progressif, orchestral, musique de films. Je n'ai pas vraiment de mot clé pour résumer tout cela.

Nesrine Mahbouli (Chant): Il a même un petit côté asiatique. C'est très varié.



Metalship : Et justement, vous n'avez pas peur de vous éparpiller entre différents styles, et de déconcerter un peu un public, qui aime bien "catégoriser".

Mourad : Non. C'est comme quand tu regardes un film, tout le monde ne s'identifie pas forcément au même personnage. C'est un peu pareil pour notre musique. Tout le monde sera servi.


Metalship : Pour parvenir à vos fins, vous utilisez beaucoup d'instruments différents. Pourquoi ?

Mourad : On souhaitait vraiment varier les gammes. Les parents de notre batteur ont fait un tour d'Europe et ils nous ont ramené des instruments de plusieurs pays. On essaye d'enregistrer au maximum avec de vrais instruments, afin d'éviter d'avoir un son trop robotique. Cela forge notre identité aussi.


Metalship : Votre musique est assez complexe et riche, avec beaucoup d'instruments comme on vient de le dire. Comment se passe la composition dans CARTAGENA ?

Mourad : Chacun amène ses idées. Et les idées se développent tout seul. D'ailleurs, sans paraître prétentieux, je ne suis influencé par personne. Et je n'écoute pas de metal personnellement.


Metalship : Ah merde, je raye donc la question sur les influences!

Mourad : Ah non, ce n'est pas une question qui m'ennuie ! Mais c'est ma réponse !


Metalship : Ok, je la poserai quand même. Au niveau de la production, vous avez tout réalisé vous-mêmes..

Mourad : Oui, nous nous sommes autofinancés et avons acheté tout le matériel dont nous avions besoin. Mais cela à pris une dizaine d'années. Pour sortir un album, il faut des contacts et une certaine surface financière. Nous avons donc fait en sorte d'être autonomes. Par exemple, les photos et les vidéos, c'est
Chams (Chamseddine Kouki), le guitariste, qui s'en occupe. Mastering, mixage et la composition, c'est plus le domaine de Seif Kechrid, le batteur. Nous avions aussi pensé à une éventuelle campagne de financement, mais la plupart fonctionne par abonnement et ce n'est pas donné non plus. Le dinar tunisien est une monnaie faible par rapport à l'euro. Pour faire des concerts, nous devons économiser. D'ailleurs, nous n'avons jamais été payés pour un concert. C'est vraiment notre argent personnel qui finance le groupe.



Metalship : Mais vous n'avez pas peur que cela vous limite un peu…

Mourad : Pour l'instant, nous pouvons gérer le groupe comme cela. J'ai un master en marketing et cela nous aide. La première étape est d'acquérir un minimum de notoriété. Nous préférons la faire nous-mêmes pour capitaliser un maximum. Quand le nom de CARTAGENA sera plus connu, on pourra passer à la deuxième étape. Et on fera alors appel à de vrais pros.


Metalship : Un des petits reproches qu'on peut faire à l'album, c'est le manque de puissance au niveau du chant. Est-ce une des raisons du départ de votre ancienne vocaliste, Sherazade Amous, et de l'arrivée de Nesrine ?

Mourad : C'est un peu ça. Sherazade a été un membre du groupe. Elle très à l'aise dans le jazz et les trucs plus calmes. Dans le metal, il faut un peu plus de puissance et de présence, que ce soit sur album ou sur scène, et c'était moins son point fort.


Metalship : Et donc Nesrine, tu es arrivé dans CARTAGENA…

Nesrine : Oui, on se connaissait déjà. Je jouais de la basse pour PERSONA, un autre groupe tunisien. Wallid, le claviériste de PERSONA, est le frère de Mourad. On se connaissait donc déjà, j'étais ami avec Chams notamment. J'ai quitté PERSONA car je n'avais plus le temps. Je me concentre sur le chant (soprano), à l'opéra, et dans CARTAGENA. Je travaille, j'étudie, il fallait faire des choix.



Metalship : Au niveau de l'album, il n'y a pas de chant extrême, est-ce que cela va changer avec Nesrine, ou est-ce qu'il n'y aura à l'avenir que du chant lyrique, dont Nesrine est spécialiste ?

Mourad : Je pense qu'il y aura de tout, mais ce sera en priorité du chant lyrique. Déjà, en reprenant les compositions faites pour le chant de Sherazade, on ne peut pas trop modifier le truc.

Nesrine : Il y aura quelques petits changements, mais on ne peut pas tout bouleverser effectivement.


Metalship : Au niveau de la scène metal en Tunisie, existe t'il une solidarité entre les groupes ou est-ce que chacun fait son truc dans son coin ?

Mourad : Nous sommes amis, mais il n'y a pas vraiment de contact, chacun fait son travail dans son coin. Mais s'il y a un concert, tout le monde se retrouve et on rigole ensemble. Il nous arrive d'aider des groupes, pour les enregistrements notamment, mais ce sont de jeunes qui débutent, pas des gros groupes.


Metalship : Mourad n'est pas obligé de répondre à cette question, mais quelles sont les influences de chacun ?

Nesrine : Moi c'est l'opéra bien sûr. Et la cinématique. J'écoute aussi du metal symphonique, du thrash…et peu de tout finalement. Le dernier groupe que j'ai bien aimé c'est EX LIBRIS (Progressive Symphonic Metal / Pays-Bas).

Chams (Chamseddine Kouki – guitare) : Alors, la liste pourrait être longue. On va dire ORPHANED LAND, METALLICA…j'écoute pratiquement tous les styles de metal.


Metalship : Souvent les musiciens ont des influences assez marquées, mais pas vous…

Chams : Je pense que ce que tu écoutes dépend de ton état d'esprit, de ton humeur du jour. Nous avons tous des périodes. Quand j'étais plus jeune, j'écoutais beaucoup plus OPETH par exemple.



Metalship : Au niveau des concerts, vous avez des dates de prévues ?

Mourad : On va essayer d'accepter un maximum de concerts, même si on ne peut pas toujours car cela à un coût, on en a déjà parlé. En Tunisie, après la révolution, nous avons surtout fait des concerts grâce à des amis à nous. C'est de plus en plus facile d'organiser des concerts, mais on a du mal à trouver des ingénieurs du son, des gars pour les lights. Les conditions techniques ne sont donc pas forcément top.


Metalship : La révolution, cela a changé quelque chose dans la perception du metal en Tunisie ?

Mourad : C'est certain que la parole est plus libre qu'avant. Au niveau du metal, il y a toujours des gens de la vieille école qui n'apprécient pas du tout !

Nesrine : Surtout quand il y a des vocaux extrêmes d'ailleurs. Et du maquillage.

Mourad : Le black metal, ça ne passe pas. Mais ces gens n'entendent pas vraiment parler du metal finalement. Car la commnauté metal se réunit dans des endroits bien précis, qui ne sont pas fréquentés par les autres personnes. Le metal en Tunisie reste assez confidentiel. Par contre, dès que tu organises un truc en plein air, en plein centre ville, c'est plus compliqué.


Metalship : Comment conciliez-vous la religion musulmane et le metal ? Etes-vous pratiquants déjà ?

Mourad : Notre batteur est pratiquant. Notre religion nous encourage à faire de la musique en fait. En général, les gens pensent qu'il y a un problème entre la religion et la musique, que c'est un peu un sujet tabou. Tout à l'heure, j'évoquais les parents de notre batteur, qui nous ont ramené des instruments de musique d'Europe. Sa mère est voilée, mais elle nous a toujours encouragés et elle nous a beaucoup aidés financièrement. Donc, il n'y a pas de conflit entre musique et religion. En tout cas, pour nous. Car il y aura toujours des gens qui pensent autrement. Si nous pouvons donner une bonne image, sur scène ou à travers nos disques, c'est bien pour l'Islam.


Metalship : Vous allez participer en octobre au Female Metal Event d'Eindhoven…pouvez-vous nous parler de cet évènement ?

Mourad : Déjà, nous ne sommes jamais venus jouer en Europe. Nous avons eu quelques invitations, mais cela n'a pas pu se faire. Mais là, c'était le bon timing et nous avons accepté. Nous n'aimons pas trop faire les choses dans la précipitation et nous préférons prendre le temps de bien préparer nos concerts.



Metalship : Vous avez déjà préparé les visas alors (en octobre 2017, Nesrine n'avait pas pu accompagner PERSONA en Belgique et aux Pays-Bas, faute de visa) ?

Mourad : Un visa pour la France, cela prend 1 ou 2 semaines. Pour la Belgique et les Pays-Bas, cela peut aller jusqu'à 2 à 3 mois. Nesrine et mon frèreWallid n'ont effectivement pas pu accompagner PERSONA l'année dernière.


Metalship : C'est un aboutissement ce festival ?

Mourad : Oui, c'est magnifique. Nous sommes en train de perfectionner notre jeu de scène. On répète avec Nesrine depuis un an. C'est un grand pas pour nous. Le fait d'avoir le nom du groupe sur cette affiche est déjà une grande satisfaction.


Metalship : Et vous allez essayer de profiter de cette occasion pour faire d'autres dates ?

Mourad : C'est à l'étude mais rien n'est fait. Cela dépendra des finances notamment.


Metalship : Quelle est la prochaine étape pour CARTAGENA, réaliser un clip, décrocher un deal ?

Mourad : Chams travaille actuellement sur un projet de vidéo qui va nous montrer dans notre vie, en studio.

Chams : On a voulu faire vivre à nos fans les backstages de nos répétitions, les préparatifs pour le festival, l'envers du décor en fait. On projette aussi de faire un video clip. Mais ce sera peut-être un peu difficile car il faut beaucoup de moyens pour retranscrire la richesse de l'album et des ses textes. Il ne faudrait pas gâcher tout ça avec une vidéo de merde. Nous sommes donc hésitants.



Metalship : Pourtant le teaser de l'album était très réussi et donnait très envie d'écouter l'album !

Mourad : Ah je suis bien d'accord, quand je l'ai vu j'étais sur le cul ! C'est exactement cela car le Female Metal Event nous a acceptés, notamment grâce à ce trailer !

Chams : Ca fait plaisir car c'est moi qui l'ai réalisé! Nous avons aussi beaucoup travaillé sur l'artwork de l'album, la calligraphie. C'est un beau travail d'équipe. Imprimé, c'est encore plus beau.

Mourad : Nous sommes en train de chercher un imprimeur.


Metalship : Est-ce que vous souhaitez travailler avec un label, ou ce n'est pas un objectif prioritaire et vous préférez rester autonome pour garder le contrôle de votre projet ?

Mourad : Cela dépend des conditions. Pour le moment, l'important c'est de tourner. Et de trouver quelqu'un qui nous facilite cela. On souhaite vraiment que l'album soit écouté partout dans le monde. On cherche vraiment une personne qui pourrait nous aider à tourner notamment.


Metalship : Etes-vous déjà en train de travailler sur le deuxième album ?

Nesrine : Oui, on vient juste de commencer.


Metalship : Et cela partira dans quelle direction ?

Nesrine : Pour l'instant, on peut juste dire que cela sera un peu différent de Roma Delenda Est.

Chams : On va essayer de garder la touche CARTAGENA. Mais on va essayer d'amener plus de puissance.


Metalship : Si vous aviez un titre à ressortir de l'album?

Mourad : Pour moi, ce serait la piste 5 "Lu heng". Ce sera d'ailleurs ce titre qui terminera les concerts.

Nesrine : Pour moi aussi !

Chams : Moi, au départ, c'était la piste 3, "Elephants & wolves". Mais c'est vrai qu'en jouant "Lu heng" et en voyant l'énergie que dégage ce titre, je n'ai pu que les rejoindre !


Metalship : Un dernier mot pour conclure...

Mourad : Merci à toi et à Metalship pour le soutien !

Chams : J'espère que CARTAGENA sera toujours une famille comme actuellement.

Nesrine : Je suis contente d'être dans ce groupe. J'espère qu'on pourra voir nos fans en Europe !


Metalship : Merci à Nesrine, Chams, Mourad et CARTAGENA.

https://cartagenaband.bandcamp.com/

https://www.facebook.com/CartagenaBand/


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ajouté par Gandalflegris, le 3 juin 2018 pour Metalship

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