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Interviews :: Interview de Rain Without End Records, Naturmacht Production

Interview de Rain Without End Records, Naturmacht Production


Une fois de plus, Metalship se plaît à décortiquer l'envers du décor. Dans cette optique, le webzine vous propose une nouvelle interview regroupant non pas un mais deux labels.

Nous avons donc demandé à James (Rain Without End Records) et Robert (Naturmacht Productions) de nous en dire plus sur leurs activités...


Metalship : Salut James et Robert! Vous allez bien?

James: Oui, super, merci Flo!
Robert: Moi aussi, merci de demander!


Metalship : Commençons par le commencement: quand avez-vous pris la décision de créer un label?

Robert: Pour moi, ça a démarré en 2009, à un moment où j'avais l'envie de créer quelque chose qui soit à la fois efficace, honnête et équitable. Je suis de plus en plus déçu par les comportements des labels, la façon dont ils traitent leurs groupes et leurs clients...
Puis un jour m'est venue cette idée, créer mon propre label, qui serait juste avec les artistes, qui les soutiendrait et leur laisserait le temps nécessaire à la création d'une musique de qualité.
Plus simplement, voici comment je vois les choses: des contrats simples et équitables, un partage des gains et le plus important, laisser tout le temps nécessaire. Je suis moi-même musicien, je sais bien que presser un groupe pour coller un timing est la chose la plus stupide à faire si tu veux un résultat convaincant...
Enfin, je mets un point d'honneur à rendre ma structure la plus professionnelle possible, dans tous les secteurs (promotion, production, ventes...).


Metalship : Vos deux labels sont étroitement liés. Pouvez-vous revenir sur cette décision de bosser conjointement?

James: Pour moi, c'est quelque chose que j'avais toujours voulu faire, mais sans penser qu'un jour ça serait réalisable. Robert a signé mon groupe chez Naturmacht Productions en 2010 et nous sommes devenus amis ensuite. En 2011, j'ai démarré un petit webzine, avec lequel j'ai aidé Robert à promouvoir ses sorties. En 2012, il m'a demandé de l'aider de manière plus concrète. Lorsque Naturmacht Productions est devenu suffisamment stable, nous avons créé une branche Doom du label, que nous avons nommé Rain Without End Records.

Robert: Oui, c'est tout à fait ça. J'ai eu besoin d'aide car le label devenait trop important pour être géré par une seule et même personne. Il était hors de question de limiter la croissance de la structure sous prétexte que je voulais rester seul aux commandes. La première personne qui m'est venu à l'esprit était James, et visiblement ce fut un bon choix!


Metalship : La plupart de nos lecteurs ne connaissent probablement pas ce qu'un label fait concrètement. Pouvez-vous nous éclairer sur vos activités?

Robert: Concrètement, nous calculons les coûts de production d'un album et tout ce qui y attrait (merchandising...), nous produisons le tout et nous nous chargeons de le vendre. Nous sommes également en charge de la promotion. Nous offrons de plus un service gratuit pour nos groupes: la réalisation d'artworks et de page d'accueil pour leur donner une place sur notre site internet. J'ai moi-même mixé et masterisé quelques-uns des albums qui sont sortis chez nous.
Pour faire simple, nous sommes actifs dans tout ce qui concerne l'album, de sa production jusqu'aux fans.


Metalship : Quels sont les thèmes généraux des labels? Vous concentrez-vous sur un genre spécifique ou préférez-vous sortir tout ce qui vous semble intéressant, quelqu'en soit la nature?

James: Je pense qu'on peut dire que ce sont les deux à la fois. Nous soutenons les groupes qui nous semblent cool et la plupart du temps ils jouent un style que nous apprécions particulièrement, qui colle à nos goûts... Nous cherchons des groupes proposant une musique unique, honnête, à la fois sombre et mélodique.
Naturmacht Production se consacre au Black Metal sous toutes ses formes, tandis que Rain Without End Records s'adonne lui au Doom Metal.

Robert: Tout à fait. Je n'avais pas de genre précis en tête lorsque j'ai démarré Naturmacht Productions. Mais comme le Black Metal est l'un des styles que j'écoute le plus, il était naturel pour moi de coopérer avec des ces groupes, au moins dans un premier temps. J'ai également signé quelques groupes de Doom et d'autres purement ambiants...


Metalship : Combien de personnes travaillent directement pour vos structures?

James: Pour l'instant seuls Robert et moi travaillons sur les labels. Robert se charge de la distro et de la production pendant que je m'occupe de la promotion et de la relation avec la presse.


Metalship : Comment choisissez-vous les groupes que vous signez?

James: Au début, nous cherchions des groupes intéressants sur internet. Désormais, ce sont les groupes eux-mêmes qui nous contactent. Je ne peux pas parler au nom de Robert mais pour ma part, cela fait un bon moment que je n'ai pas cherché activement un nouveau groupe. Chaque nouvelle signature fait l'objet d'une longue discussion entre Robert et moi, et si nous sommes tout deux d'accord nous entrons en contact avec les artistes. Nous travaillons uniquement avec des groupes qui partagent notre vision et nos valeurs, qui font de la musique parce qu'ils aiment ça, pas parce qu'ils veulent être connus.

Robert: Lorsque personne ne te connaît encore, tu te dois de trouver des groupes non-signés qui seraient prêts à travailler avec toi. Une fois que ton roster est suffisamment rempli, tu n'as pas spécialement besoin de chercher activement de nouveaux artistes. Pourtant, il m'arrive encore de tomber sur un nouveau groupe que j'apprécie, si je vois qu'il n'est pas signé j'entre en contact avec lui.


Metalship : Beaucoup de groupes non-signés cherchent activement à rejoindre les rangs d'un label, alors que d'autres préfèrent justement faire les choses eux-mêmes et rester indépendant. Quels avantages et inconvénients ont-ils à être signé plutôt qu'indépendant?

James: Internet et des sites comme Bandcamp rendent les choses plus faciles pour les groupes qui souhaitent rester indépendant. Ça leur permet de distribuer leur musique à une audience plus large tout en minimisant les coûts. Travailler de manière indépendante peut être une bonne chose mais la majorité des groupes n'ont ni les ressources financières ni les compétences pour produire, promouvoir et distribuer leur musique de manière efficace. Et c'est encore plus vrai dans le Metal underground. C'est là que travailler avec un label a son avantage.
Le label fournit un soutien financier et les ressources nécessaires pour créer un CD de haute qualité, assure une promotion plus professionnelle et permet de diffuser la musique à une audience plus large encore. Parfois, le fait de signer un groupe sur un label connu, aux côtés de grands noms, suffisent à créer l'attention... Puis, comme pour les groupes, les labels ont de fidèles clients qui les suivent de près et qui leur font confiance.

Robert: En effet! Nous utilisons notre expérience et notre savoir-faire pour proposer une sortie professionnelle et de qualité. Ce n'est pas simplement envoyer des fichiers pour presser un album tu sais, ça démarre avec les tailles des artworks, le dpi et ainsi de suite. Nous avons aussi un réseau de graphistes et surtout, nous avons nos clients fidèles, comme l'a dit James. Donc si un musicien/groupe n'a ni le temps, l'argent ou l'idée de faire tout ça, il vaut mieux pour lui qu'il trouve un label honnête et professionnel.

Les inconvénients dépendent directement du sérieux du label. Tu peux très bien tomber sur un label un peu criminel qui signe des groupes autoproduits, qui chie complètement le pressage et dont la relation avec les clients est proche du néant... Et je connais malheureusement beaucoup de groupes qui ont eu cette mauvaise expérience...
Mais je dois cependant dire qu'il existe aussi des artistes qui chient les choses eux-mêmes, ce n'est pas toujours de la faute des labels...


Metalship : Parlez-nous des différentes étapes qui mènent à la production d'un album...

Robert: Tout démarre par la musique. Lorsqu'un artiste est prêt et satisfait, il nous envoie une ébauche de son album. Il arrive souvent que notre coopération démarre pendant le processus de composition ou d'enregistrement, nous aimons tout deux nous impliquer dans le processus de création... Nous commençons alors à discuter avec le groupe pour planifier la sortie.
L'étape numéro deux, c'est de trouver un artwork qui colle, même si le plus souvent les artistes ont les compétences ou connaissent quelqu'un pour en créer un.

Une fois que les deux étapes sont conclues (musique + artwork), nous planifions une date de sortie et démarrons la promotion en publiant l'artwork et la track-list. Pendant ce temps, nous contactons les sociétés de pressage, leur envoyons le nécessaire.
Nous démarrons les précommandes un mois avant la sortie de l'album, et une fois cette date franchie nous envoyons les commandes.


Metalship : En ce qui concerne la promotion, comment fonctionnez-vous? Est-ce le même processus pour chaque groupe?

James: Nous promouvons toutes nos sorties de la même manière. Nous envoyons de moins en moins de CD physiques à nos partenaires médias et nous utilisons de plus en plus les kits de presse numériques (aussi appelé EPK). Cela nous permet de maintenir les coûts tout en maximisant le nombre d'envoi de dossiers de presse. Nous utilisons Haulix, un logiciel de promotion en ligne, qui est un formidable outil pour nous: nous avons ainsi accès à de nombreuses statistiques comme qui a vu ou téléchargé notre dossier de presse. Pour la publicité, il est assez rare que nous payons, et jusqu'à maintenant ça a plutôt bien fonctionné.

Robert: Nous mettons également les morceaux en ligne sur SoundCloud et YouTube.


Metalship : Quelles sont les prochaines étapes pour les deux labels?

James: Pour l'instant nous attendons d'annoncer de nouvelles signatures sur les deux structures. Après ça, nous arrêterons d'accepter de nouveaux artistes pendant un moment pour nous concentrer sur notre roster, en proposant les meilleures offres et services à nos groupes.


Metalship : Quels sont les groupes que vous avez signé dont vous êtes le plus fier?

James: Tous! Sérieusement. Chacun de nos artistes sont là pour une bonne raison. Chacun d'eux est spécial à nos yeux et nous sommes fiers de travailler avec eux.


Metalship : Quels sont les groupes dont vous rêvez de signer?

James: Pour moi ce serait Saturnus, mais ce n'est pas près d'arriver de si tôt! Si Thorns of the Carrion décidaient de se reformer, je serais extrêmement intéressé pour bosser avec eux... Mais encore une fois, il y a peu de chance que ça arrive.

Robert: Et bien... Immortal serait cool! Plus sérieusement, je dois dire que je n'ai pas spécialement de groupes en tête. Je voulais signer un groupe de chaque région du monde et de tous les genres de Black/Doom existants. Nous n'en sommes pas loin, puisque nous avons des groupes nord et sud-américains, du Canada, du nord et du sud de l'Europe, de Russie...


Metalship : Quelles sont les meilleures ventes de votre catalogue?

Robert: C'est une question délicate à laquelle je vais répondre indirectement: les chiffres de vente ne sont pas un signe de qualité et dépendent de nombreux facteurs que nous ne pouvons même pas influencer. Chaque album sold-out est une meilleure vente.

Parfois, les albums se vendent rapidement, d'autres plus lentement, mais c'est évidemment influencé par le nombre de CD pressés. Lorsque tu proposes un album spécial et unique, les auditeurs ont besoin d'un certain temps, et c'est encore plus vrai lorsqu'on est sur un premier album d'un groupe, où tout est à faire en terme de visibilité.
Le chiffre de vente dépend aussi de l'économie et de l'argent que les gens sont prêts à mettre pour acheter des albums. Parfois, la chance et la coïncidence entre en ligne de compte. Tu sais, il y a des milliers de labels et des millions de groupes qui cherchent l'attention et l'argent des auditeurs...
Donc si nous vendons suffisamment d'albums pour ne pas être dans le négatif, c'est une très bonne chose pour nous.


Metalship : Quels conseils donneriez-vous à un groupe qui souhaiterait travailler avec vous?

James: Nous voulons avant tout travailler avec des groupes qui font de la musique pour de bonnes raisons. Si tu cherches le succès commercial, mieux vaut pour toi contacter un autre label. N'hésites pas à nous parler de ton groupe et de ta musique, n'envoies pas simplement un lien Facebook ou Bandcamp sans explication.
Concernant la musique, mieux vaut envoyer un fichier de bonne qualité... Et ne le prends pas personnellement si on ne signe pas ton groupe ou si nous ne t'avons pas répondu (même si nous essayons de répondre à chaque requête).


Metalship : Beaucoup pensent que l'industrie du disque est en détresse. Quel est votre opinion?

Robert: Si par 'détresse' tu nommes le changement, alors ces gens-là ont raison. Certes les ventes physiques chutent, mais elles sont en partie compensées par les ventes numériques. On ne le dit pas souvent, mais la vente de la musique sous son format digital est une très bonne chose car les coûts sont proches de zéro. Le véritable 'problème' pour nous est la multiplication du nombre de labels, qui a littéralement explosé ces dernières années. Cela veut dire une plus forte concurrence, alors que les ventes de CD (physique et digital) sont constantes...
Les gros labels gagnent de l'argent avec le merchandising et les concerts de leurs groupes, et nous sommes nous-mêmes de nouveaux venus pour eux. Il faut savoir qu'un grand nombre de nouveaux labels ferment au bout de cinq ans... Nous devons sans cesse nous améliorer, apprendre de nos erreurs pour espérer devenir de plus en plus fort...
Et le plus important, ne jamais vendre son âme pour de l'argent, et ce du début à la fin.


Metalship : Il est désormais temps de conclure cette interview. Merci à vous deux pour vos réponses, vous avez le dernier mot.

James: Je voulais simplement te remercier pour nous avoir donné l'occasion de parler un peu de nos activités.

Robert: oui, merci beaucoup. J'espère que nous avons réussi à vous donner une vision plus concrète de notre travail et de notre façon de penser.


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ajouté par kumelia, le 8 juillet 2013 pour Metalship

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Commentaires


Interview très intéressante, sur deux excellents labels !! C'est sympa de voir l'envers du décor et de mieux comprendre certains choix. Merci Kummy !!
dim. 29 sept. 13- 20:12  
De rien mister ;)

Effectivement, on a rarement l'occasion de découvrir la façon dont les labels fonctionnent, c'est toujours intéressant d'avoir un point de vue différent...

dim. 29 sept. 13- 22:22  
Vraiment intéressant en effet. Quelques réponses sont un peu politically correct, nais je les comprends.
lun. 30 sept. 13- 02:08  
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Rain Without End Records, Naturmacht Production



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