Retour à l'accueil
Interviews :: Interview de Monolithe

Interview de Monolithe


Véritable ovni de la scène doom métal française, Monolithe a apporté cette année (2012) une troisième pierre à son édifice monolithique. "Monolithe III" a tenu toute ces promesses et fait du triptyque "Monolithe" une véritable œuvre musicale. Sylvain Bégot, tête pensante du concept, a accepté de se prêter au jeu de l'interview.


Metalship : Sylvain bonjour, j'aimerais savoir si tu peux présenter aux quelques Metalshipiens qui ne te connaissent pas encore, le groupe Monolithe ?

Et bien commençons par dire que MONOLITHE est né en 2001. Sa discographie est composée des albums Monolithe I (2003), Monolithe II (2005), et des EP Interlude Premier (2007) et Interlude Second (2012). Nous venons tout juste de sortir notre nouvel album Monolithe III, via Debemur Morti Productions. Le line-up est plus ou moins à géométrie variable en fonction des besoins de tel ou tel disque, mais avec un noyau dur composé de Benoît Blin, Richard Loudin et moi-même. Nous oeuvrons dans le registre du Doom Metal. On a nous a souvent qualifiés de Funeral Doom pour nos deux premiers enregistrements, mais je pense que notre musique ne se limite pas à une telle catégorisation. C’est encore plus flagrant sur les EPs, plus expérimentaux, et avec le nouvel album, qui échappe à toute tentative de classification dans un sous-genre puisque nous avons développé un style qui nous est totalement personnel.


Metalship :
Il aura fallu attendre 7 ans pour voir surgir "Monolithe III" alors que tu annonçais dès la sortie de "Monolithe II" en 2005 que tu travaillais déjà sur cet opus. Que s'est-il passé? Besoin d'une pause pour poursuivre cette œuvre?

Ce n’est pas tout à fait exact, Monolithe III a été annoncé après la sortie du EP Interlude Premier en 2007. L’album sur lequel je travaillais à l’époque devait bien devenir Monolithe III, mais de nombreux problèmes sont survenus, dont une forte mésentente avec Candlelight Records et des problèmes techniques qui ont horriblement ralenti le mixage. Ajouté à cela, j’ai traversé des changements de vie personnelle qui m’ont un peu éloigné du monde de la musique pendant un certain temps. Tout est donc resté en stand-by pendant quelques années. Quand l’envie de revenir à la musique s’est fait sentir, j’ai repris en main le matériel qui devait devenir le nouvel album et j’en ai fait un second EP, qui est devenu Interlude Second. Le Monolithe III qui vient de sortir a été entièrement composé, enregistré et mixé en 2012.


Metalship : Entre ces deux albums, nous avons vu apparaître le duo des "Interlude". Comment placerais-tu ces deux EP dans ton ouvrage? Ont-ils un lien avec les albums "Monolithe" ou sont-ils complètement indépendants?

Ces enregistrements font partie de l’univers de MONOLITHE, même s’il s’agit plutôt de spin-offs de la trame principale de la saga que nous développons à travers les textes et la musique de nos albums. C’est un peu particulier pour Interlude Second, puisqu’il devait à l’origine être un album à part entière. Il décrit et représente donc quelque chose d’une importance fondamentale dans notre univers artistique. Cela dit, ces EP sont quand même assez différents des albums, ils sont plus expérimentaux. Ils sont de petits laboratoires qui nous ont permis de tenter d’innover plus radicalement, de faire de la recherche-développement en quelque sorte. Interlude Premier est très brut, très haché et même « brutal » pour le genre. Interlude Second est complètement inclassable, il n’y a même pas vraiment de riffs de guitare, il joue sur les variations de dynamique d’un mur de son en perpétuel mouvement. C’est très étrange et original, j’aimerais peut-être creuser ce créneau encore un peu un jour.


Metalship : Nous avons une idée sur le processus de composition d'un album, cependant, lorsque les albums ne font qu'un seul titre, ce processus semble tout de suite plus complexe. Comment s'effectue donc la composition chez Sylvain Bégot? As-tu forcément une idée de l'ensemble du morceau? Sais-tu déjà les émotions que tu souhaites faire passer sur plus de 50 minutes?

C’est un processus que j’aurais beaucoup de mal à expliquer clairement… Il y a un mélange de savoir-faire et d’instinct en fait. La difficulté vient surtout de la balance, de l’équilibre à trouver pour que le titre fleuve bénéficie d’une belle assise, qu’il ne soit pas boursouflé d’un côté et maigrichon de l’autre, que tout coule avec aisance et surtout que ce ne soit jamais ennuyeux. Je peux composer de manière chronologique ou me dire que telle ou telle partie trouverait mieux sa place en début, milieu ou fin d’album. J’aime bien conclure les disques de MONOLITHE par ce que j’appelle des « riffs de fin du monde » par exemple. J’ai effectivement une idée assez précise de la direction vers laquelle je souhaite aller avant de me mettre au travail, mais au final, la compo obtenue est toujours différente de ce qui était envisagé en premier lieu. Il est évident que je ne vais pas rejeter une bonne idée qui s’invite en cours de composition sous prétexte que je n’avais pas forcément prévu de faire ça au départ. Et puis il y a l’enregistrement aussi. De nouvelles idées peuvent surgir lorsque la bête commence à prendre forme et qu’elle peut nécessiter ou inspirer de nouveaux arrangements, des ajouts ou même des retraits. Et enfin, l’interprétation donne une touche finale à l’album, parce que les musiciens qui font partie de MONOLITHE sont très complémentaires.


Metalship :
Le line-up de Monolithe est changeant selon les albums, cependant, nous retrouvons très régulièrement les noms de Benoît Blin et Richard Loudin, comment s'effectue la collaboration entre vous trois?

Oui, comme je te le disais plus haut, il y a un noyau dur au sein de MONOLITHE. En fait la collaboration a surtout lieu entre eux et moi, indépendamment. Nous sommes rarement réunis tous ensemble. Benoît est en quelque sorte mon fidèle bras droit pour tout ce qui est enregistrement de guitares (et de basse depuis Interlude Premier). Nous enregistrons ensemble depuis longtemps, on se connaît bien et je sais parfaitement ce qu’il vaut mieux que je lui laisse faire parce qu’il le jouera bien mieux que moi et vice-versa. Quant à Richard, il y a en général très peu de préparation en amont avec lui. Je définis approximativement les lignes vocales à l’avance, nous nous retrouvons en studio, nous faisons des essais vite fait bien fait, ajustons tout ça, et généralement tout est en boîte en une ou deux prises. Je déteste pinailler et rester des heures sur le même truc, alors autant te dire que bosser avec Richard, c’est le pied total parce qu’il arrive à faire ce que je lui demande quasiment du premier coup à chaque fois. Il y a chez lui une faculté de compréhension immédiate et un talent que j’exploite sans vergogne !


Metalship : Je sais qu'en ce qui concerne la composition, beaucoup de choses tournent autour de toi. Les autres membres du groupe ont-ils leur mot à dire ou sont-ils les interprètes de qualité de ta musique?

Je compose chaque note absolument seul. Les autres membres sont, ta formule est très juste, des interprètes de qualité, de luxe même. Cela dit je n’hésite pas à faire appel à quelqu’un dès que mes limites sont atteintes ; Par exemple j’ai bien composé la courte partie orchestrale de Monolithe III, mais elle a été arrangée pour orchestre classique par Sébastien Latour car je suis bien incapable de le faire aussi bien que lui.


Metalship : Je sais que tu avais précisé dès 2005 que Monolithe serait un groupe purement studio. Cependant, comme le line-up reste assez stable, est-ce que tu imagines parfois l'œuvre "Monolithe" sur scène? Cela pourrait-être une sacrée performance!!

C’est une question qu’on me pose souvent et à laquelle je réponds, hélas, toujours la même chose depuis presque 10 ans : nous ne sommes pas un groupe live. Cette musique n’est, selon moi, pas taillée pour le live. Les auditeurs ne s’en rendent peut-être pas toujours compte, mais notre musique est extrêmement arrangée, il y a beaucoup de parties différentes ou qui se superposent pour apporter de la puissance, de la mélodie, des harmonies, etc.… . Une version live authentiquement bonne exigerait la présence de beaucoup de musiciens et un travail de préparation colossal. Or, je ne veux pas proposer une espèce de truc au rabais dans une petite salle à l’acoustique minable et faire s’effondrer toute la « magie » de la musique. Ensuite je t’avouerais que les concerts ne m’intéressent plus tellement, ni en tant que fan de musique, ni en tant que musicien. Je me passionne davantage pour les exigences de la composition, l’architecture de la musique et du son, ce genre de chose. La pure performance, ça ne me parle pas trop.


Metalship : Les chapitres du triptyque monolithique possèdent tous une durée équivalente (entre 50 et 52 minutes). Comment expliques-tu que cette durée te suive tout au long des albums? Doit-on y voir un signe?

C’est amusant parce que la durée des albums est quasiment la seule chose en rapport avec MONOLITHE qui n’a pas réellement de sens. Dans le cas de Monolithe I, c’est un pur hasard. J’ai simplement achevé la compo de cet album quand j’ai considéré qu’il n’y avait rien d’autre à ajouter. Pour Monolithe II, je voulais dans un premier temps composer un album au moins aussi long. Au final, nous avons enregistré 54 minutes de musique mais j’ai préféré couper 4 minutes que je trouvais trop faibles pendant le mixage ; nous sommes donc tombés à 50 minutes environ. Et pour Monolithe III, c’est un clin d’œil, puisque tout le monde semble penser que ces durées équivalentes sont volontaires. Je me suis donc arrangé pour obtenir 52 minutes piles. Je ferai sans doute la même chose avec Monolithe IV, il durera probablement 50 ou 52 minutes.


Metalship : Les critiques autour de ces 3 albums sont excellentes. Que ressens-tu lorsque tu vois l'impact que peut avoir ta musique sur les auditeurs? Quel regard portes-tu sur le chemin parcouru et sur l'évolution des albums "Monolithe"?

C’est plutôt sympa de recevoir de bonnes critiques, même si leurs qualités sont fluctuantes. Mais alors que les premières critiques qui tombent lors de la sortie d’un nouvel album sont plutôt agréables à lire, les suivantes ne m’intéressent plus tant que ça, même si je lis tout ce que le label m’envoie. C’est surtout parce qu’une fois l’album achevé et sorti, il vit sa propre vie auprès du public comme un oiseau quitte le nid. Je préfère me focaliser sur autre chose, notamment sur le prochain album. Par contre j’adore quand des fans m’écrivent. Je n’ai pas toujours le temps de répondre plus que quelques lignes, mais je trouve cette démarche très touchante. Et cela permet de faire connaissance avec des gens des quatre coins du monde ; J’ai beaucoup échangé notamment avec un fan iranien, sur son pays, sur sa manière de vivre, sur la musique locale, c’est fascinant de constater que la musique que l’on a composée dans sa petite bulle privée puisse trouver un écho jusque dans des cultures et civilisations totalement différentes de la nôtre.



Je dirais que le parcours et l’évolution de MONOLITHE sont tout à fait satisfaisants. Le groupe a sorti selon moi des disques de qualité, exigeants et qui ne sont pas noyés dans la masse de productions sans intérêt et toutes identiques que la scène Metal vomit depuis 10 ans. Sans modestie aucune, je pense que nous faisons partie des artistes qui contribuent véritablement à faire avancer le genre au sein duquel nous officions, comme l’ont fait autrefois ceux qui nous ont influencés. Par contre je pense que tout notre back catalogue, mériterait une réédition, d’une part parce que certains disques sont difficiles à dénicher, d’autres ne sont jamais sortis en CD (les EP), et que les artworks pourraient être très largement améliorés.


Metalship : Arrives-tu à voir la fin du concept "Monolithe" ou les chapitres s'enchaîneront encore pour un long moment? Penses-tu que la fin du concept "Monolithe" sonnera la fin du groupe Monolithe, ou est-ce que ce sont deux choses parfaitement distinctes?

En fait, à ce stade, le concept est bouclé. Le successeur de M3, Monolithe IV donc, sera le dernier album de la « saga Monolithe ». Le texte est plié et la musique est composée à environs 80%. Il était prévu, lors de la création du groupe, que tout s’arrêterait après le dernier chapitre de la saga, en effet. Est-ce que ce sera vraiment le cas, je n’en sais rien pour le moment. Une chose est sûre, c’est qu’il n’y aura pas de Monolithe V. Si le groupe continue, ce sera avec un nouveau concept et de nouvelles choses à raconter textuellement et musicalement, car je ne veux absolument pas que le groupe s’enferme dans ce qu’il sait faire pour finalement péricliter lentement mais sûrement sur le plan artistique comme c’est le cas de trop nombreuses formations qui ne savent pas évoluer ou s’arrêter à temps. J’ai quelques idées, mais je ne sais pas encore si elles peuvent s’inscrire dans le cadre de MONOLITHE.


Metalship :
A la vue de ton approche de l'art musicale et de la gestion de l'ensemble de la création de "Monolithe", t'exprimes-tu aussi par d'autres styles artistiques? Si oui, as-tu la même approche de la musique que des autres arts?

Je travaille dans la post-production audiovisuelle, donc même si mon métier est aux trois quarts technique, je suis baigné dans un milieu artistique du matin au soir. Cela dit mon « style » dans mon milieu professionnel est très différent de celui que je développe au sein de MONOLITHE. Ça va peut-être te sembler étonnant, mais j’ai un style beaucoup plus « cartoon », humoristique, coloré, très inspiré par l’enfance quand je fais par exemple des effets spéciaux ou de la 3D, ou dans ma manière de monter un sujet ou un film. Mais qu’il s’agisse de cet univers ou de celui de MONOLITHE, c’est fait de façon complètement naturelle. Je ne suis, heureusement, pas un monolithe moi-même. Mes différentes manières de m’exprimer sont une synthèse de ma culture : mes expériences, mon instruction, mes lectures, mes visionnages, mes voyages, mes rencontres, etc.… Et elles ne se limitent pas à l’ensemble des niches culturelles et intellectuelles que tu peux trouver dans les albums de MONOLITHE, j’éprouve de vifs intérêts pour beaucoup d’autres choses. Je suis en train de lire « La philosophie de Zhang » de Lao She au moment où je te réponds par exemple, ça n’a aucun rapport avec l’univers « visible » de MONOLITHE, mais cet intérêt pour des choses situées hors « comfort zone » comme disent les anglo-saxons fait malgré tout entièrement partie de mon background.


Metalship : Bien que le concept "Monolithe" parle de l'origine de la vie, cette définition est plus selon moi, fantastique que scientifique. Qu'elles sont donc les œuvres de science-fiction qui t'inspirent?

Je te corrige, MONOLITHE ne parle pas de l’origine de la vie, mais de celle de l’humanité. On découvrira d’ailleurs avec Monolithe IV que l’humanité n’est en réalité pas au centre de notre histoire ; elle n’est qu’un pion, un évènement passager. Effectivement il n’y a rien de raisonnablement scientifique dans notre approche de ce sujet : c’est bel et bien de la science-fiction. C’est un genre extrêmement intéressant pour les sujets métaphysiques. Il y a évidemment « 2001 – l’odyssée de l’espace » (Clarke ET Kubrick – livre et film), mais aussi d’autres auteurs de l’âge d’or comme Asimov, Bradbury, Heinlein. Mes préférences vont vers les œuvres des années 1970 de Silverberg (une véritable fontaine à chefs d’œuvres), la saga Hyperion de Simmons, mais aussi Lem, Haldeman, Aldiss, Card, Banks, et plein d’autres. Je ne parle ici que de littérature, mais il y a aussi beaucoup de choses intéressantes en cinéma, bande dessinée et musique.


Metalship : Je tiens à te remercier pour l'ensemble de ton œuvre ainsi que pour le temps que tu as consacré à cette interview. Il est temps pour moi de te laisser le mot de la fin.

Ah non, c’est moi qui te remercie pour l’interview. Merci de nous accorder un peu de temps et de place. Je n’ai pas grand-chose à ajouter, je crois qu’on a fait le tour :)
Jetez une oreille sur Monolithe III, je pense que cet album peut potentiellement toucher n’importe qui, pour peu qu’on prenne le temps de l’apprivoiser !


Signaler un article incomplet Signaler une erreur
ajouté par dark pimousse, le 20 décembre 2012 pour Metalship

(0)



Interview précédente

Tout

Interview suivante


Commentaires


En raison du spam, l'écriture de commentaires est suspendue.

Monolithe

Albums chroniqués :
Chronique de Monolithe IV
Monolithe IV
2013

Chronique de Monolithe III
Monolithe III
2012

Monolithe
Monolithe
Voir la page du groupe
Création : 2001
Genre : Doom Metal
Origine : France




Groupes en rapport


Daylight Dies
Daylight Dies
Voir la page du groupe
Création : 1996
Genre : Doom Metal
Origine : États-Unis


Albums chroniqués :
Chronique de An Ode To Woe
An Ode To Woe
2008

Chronique de The Angel And The Dark River
The Angel And The Dark River
1995

My Dying Bride
My Dying Bride
Voir la page du groupe
Création : 1990
Genre : Doom Metal
Origine : Royaume-Uni

Rapports de concerts:

Albums chroniqués :
Chronique de Sovran
Sovran
2015

Chronique de Sovran
Sovran
2015

Chronique de A Rose for the Apocalypse
A Rose for the Apocalypse
2011

Chronique de No Greater Sorrow
No Greater Sorrow
2008

Draconian
Draconian
Voir la page du groupe
Création : 1994
Genre : Doom Metal
Origine : Suède


Albums chroniqués :
Chronique de The Never Ending Way Of ORwarriOR
The Never Ending Way Of ORwarriOR
2010

Orphaned Land
Orphaned Land
Voir la page du groupe
Création : 1991
Genre : Doom Metal
Origine : Israël

Rapports de concerts:

Albums chroniqués :
Chronique de Black Masses
Black Masses
2010

Chronique de Black Masses
Black Masses
2010

Chronique de Dopethrone
Dopethrone
2000

Electric Wizard
Electric Wizard
Voir la page du groupe
Création : 1993
Genre : Doom Metal
Origine : Royaume-Uni

Rapports de concerts:

Albums chroniqués :
Chronique de Epicus doomicus metallicus
Epicus doomicus metallicus
1986

Candlemass
Candlemass
Voir la page du groupe
Création : 1984
Genre : Doom Metal
Origine : Suède

Rapports de concerts:

The Sword
The Sword
Voir la page du groupe
Création : 2003
Genre : Doom Metal
Origine : États-Unis

Rapports de concerts: