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Interviews :: Interview de Falling Down

Interview de Falling Down


Ceux qui suivent Metalship le savent, nous accordons beaucoup d'intérêt et soutenons le projet de compilation Falling Down, mené tambour troué par Y. et T., avec qui nous avions déjà discuté lors de la sortie du volume II. Le volume IIV étant sorti depuis un moment, c'est l'occasion de se retrouver, dans un échange toujours intense, philosophique, poétique, entre amoureux de la musique. A ne pas rater, tout comme leurs compilations.

Le tout disponible ici: http://fallingdowncompilation.bigcartel.com/


Metalship : 1) Il s'en est passé du temps entre nos deux rencontres, qu'est-ce que le monde a gagné et perdu selon vous ?

Y. : En dépit de bien des échecs et des égarements, l'esprit a mûri, et l'amour a élargi son domaine. Aucune théorie du développement humain n'est adéquate si elle n'inclut pas cet élargissement du domaine de l'amour : c'est cela, plutôt que l'intelligence (que l'homme partage avec les rats et les termites), qui marque le véritable accès de l'homme à sa condition. Plus il mûrit, plus l'homme rend l'existence digne d'être aimée, en multipliant les objets et les voies de l'amour.
Amen.

T. : Rien ne ressort de constructif et de positif dans l'évolution de ces derniers temps, et à tous niveaux ; une logique implacable dont il n'y a même plus à s'étonner. Que la conscience, dans les profondeurs du terme, de chaque détail et d'un recul impénétrable, soit absente, fait forcément jouer les dés en notre défaveur, et les artifices de la société (dont la plupart misent en actes volontairement pour un ensemble de nuisibles pseudo-raisons) créent des écarts tragiques entre les mêmes mots et substances, entre ce qu'on imaginerait identique mais que tous les procédés de cet environnement sans surprise et sans saveur écartèlent. Ainsi, amour, sensibilité, sincérité, bonne conscience et autres phénomènes psychologiques et sociologiques, concepts, existent bien ici-bas, mais dans un faux royal, où tout le monde plonge, construit sur une malsainité infâme et contraire aux voies de la sagesse, de la folie, de l'apaisement et de l'humanité ; et cette odeur de putain de pré-fabriqué gisant dans un immense amoncellement de merde, se répand atrocement et s'avère extrêmement néfaste à toutes nébuleuses d'espoir et d'amour.
La conscience mène à l'apaisante inconscience dans un paradis.


Metalship : 2) L'idée du IIV au lieu du III c'est pour dire merde à la civilisation et au diktat ou c'est esthétique ?

Y. : L'unité que nous recherchons doit rendre justice à tous ces détails et les incorporer avec amour dans un tout qui soit capable de les transcender. Aucun projet d'accession à la plénitude ne peut, sans commencer par l'amour lui-même, comme symbole et agent de cette plénitude organique, espérer produire un tout unifié; car la transformation dont il s'agit ne s'opérera pas dans le seul domaine de l'intelligence rationnelle. Nous avons juste souhaité être irrationnel.

T. : Et l'irrationnel n'est pas esthétique.


Metalship : 3) La difficulté de conception a-t-elle été moindre pour ce volume IIV, est-ce que vous vous sentez plus expérimentés ?

T. : Il faut constater que nous sommes plus expérimentés ; est-ce que je me sens ainsi, je ne sais pas, sans doute pour certains aspects... Tu sais que d'infâmes emmerdement vont frapper à ta porte sans relâche, tu connais les louanges et les poèmes d'amour, tu t'imprègnes de l'espace-temps de ce que cela représente, et ce que ceci induit au travers des jours ; et tu t'y plonges de grâce et d'envie. Mais au fond, tu t'aventures dans de nouvelles sphères et te laisses envahir de chaque instant, d'un œil toujours plus intrigué.
A part cela, la conception fût relativement ardue, du fait que nous avons poussé la complexité plus loin que les précédentes.


Metalship : 4) Pas de coup à la Dillinger Escape Plan cette fois mais peut-être d'autres occasions de vomir le monde musical ?

Y. : Nous avons dû débourser une somme d'argent non-négligeable afin que les annulations de Rosetta et de Karma to Burn soient étouffées médiatiquement, et que ça ne s'ébruite pas. Demandez à votre ami Google si le doute subsiste, vous verrez que personne n'a repris cette information. On a déjà tué pour moins que ça.



T. : Les occasions de vomir le monde musical, tu les as toute la journée si tu cours au détour d'une rue piétonne, d'un trottoir, de sous un plafond, d'une réflexion, de etc., etc. La culture folle de cette civilisation...
Alors non, nous n'allons pas accabler ce que nous avons pu (a)voir au cours de ce projet.


Metalship : 5) Ce volume IIV est clairement plus psychédélique, les groupes sont prog, l'artwork est 60's-70's : pourquoi cette volonté de définir une ligne directrice et est-ce que le choix des groupes a été limité du coup ?

T. : Je pense que tout s'est mis en place naturellement, question d'envies et circonstances je présume, et qu'il n'y avait pas de ligne directrice spécifiée à l'origine. Effectivement, l'artwork s'est voulu psychédélique en accord avec nos désirs d'intensité et de profondeur, et les merveilles que peut réaliser Sylvain. (synckop.com). Pas de limites personnelles à constater ailleurs.

Y. : Les portes de la perception commence sérieusement à être entrouvertes, c'est pour cela. Et je n'ai rien connu dans ma vie jusque-là qui puisse être aussi excitant.


Metalship : 6) A propos de la construction du CD j'ai la sensation que les deux Cds sont dans des atmosphères antithétiques avec d'un côté la sérénité/beauté de la musique et de l'autre la brutale et fuligineuse identité de celle-ci : là aussi, pourquoi cette volonté et n'y-a-t-il pas risque à écarter de l'auditeur la découverte de certains groupes en les caractérisant ?

Y. : T'en penses quoi, Thibaut ? T'as voulu faire ton nazi en étiquetant outrageusement les groupes en pensant à cette tracklist (un mignon pentagramme jaune à la boutonnière des groupes du second cd?) ?

T. : La cohérence dans l’enchaînement des musiques et atmosphères est une condition absolue, la possibilité d'un voyage sans multiples dépressurisations, et a priori la plupart trouve cela appréciable. Les ambiances étant très larges sur ce volume, la complexité fût de mise, mais la plupart des morceaux, magistraux, ont rendu une harmonie possible, et même permis quelques jolies montagnes russes. Je vois de la beauté et de la noirceur sur chaque disque, plus ou moins à chaque fois différentes et nuancées ; et le fait qu'il y ait plusieurs artistes sur les disques amène déjà fortement à la découverte, il n'y a peut-être pas nécessité à pousser plus loin, et écorcher et saigner le voyage.


Metalship : 7) Vous qui crachez sur le commercial, comment expliquez-vous la Endless EDITION qui semble être crée pour gagner davantage, comme on voit ça partout avec les collector ?

T. : Semble ? Pourquoi cela ? Parce que les entreprises de commerces musicaux font cela pour ça ? Peut-être. Mais ici il s'agit d'une entité qui ne respecte pas les infamantes règles, non.
La 'Endless edition' est un plaisir, une envie d'un univers, et de quelque chose d'irrationnel, qui nous a fait parcourir de long chemins épineux supplémentaires, et qui se situe loin, au contraire de la logique du profit ; les coûts furent réellement non-négligeable, et le prix n'était pas non plus très enflammé je crois. On en revient à ma réponse à la première question...

Y. : Ce que tu dis est faux. Mais également douloureux, car tu me fais me servir d'un schème de pensée qui m'affecte. Voici ce que j'en pense :
La marge économique sur les .endless edition est vraiment très faible, et a fortiori par rapport au digipack, pour cette raison que la fabrication de ces boîtes métalliques sérigraphiées, en très petite quantité (et c'est là que se situe précisément un biais, par rapport à d'autres labels se délectant de sortir des versions collectors en « grosse quantité » (par rapport à nous) toute plus ridicule les unes que les autres), coûte réellement une fortune. Mais également lié aux frais de fabrication du cd et dvd supplémentaires (nous ne pouvons que remercier Marie et JP pour nous avoir permis de ne pas plus les grossir). Ne sachant pas si des individus pourraient être intéressés par cet objet, nous ne pouvions prendre le risque de le vendre plus cher afin d'avoir une rentrée d'argent convenable par édition vendue. Mais là où ça se magnifie vraiment, et que je t'avoue ne pas avoir prévu, c'est que tous ceux qui nous soutiennent depuis le début se sont ruer sur cette édition. Et nous les en remercions. Mais le fait est que, en toute logique, ces derniers ne se sont pas intéressés à la version normale, celle qui nous permet réellement de tenter de vouloir rentrer dans nos frais. En somme, nous avons réussi avec succès à vendre une édition qui ne nous rapporte presque rien, si ce n'est rien, en seulement 4 jours, au détriment d'une version normale qui elle aurait pu nous permettre de ne pas sombrer économiquement. Et oui, ça m'a tout l'air d'un effet pervers. "I am not economically viable" – Bill Foster.


Metalship : 8) On voit resurgir des groupes qui étaient déjà présents comme Pelican : la faute à un manque de nouveautés ?

Y. : Je n'ai jamais pris le temps de me demander avec combien de groupes nous avions précisément collaboré. Admettons... 105, en 5 années. Connais-tu des personnes qui sont également dans ce cas de figure ? Connais-tu des labels qui peuvent se vanter d'avoir eu le plaisir de pouvoir travailler avec autant de formations aimées? Des centaines de musiciens se sont investis dans notre projet. Oui, nous nous gavons allègrement. Et je pense qu'il n'est pas utile d'avoir à l'esprit que, désormais, nous avons eu de quoi assouvir nos besoins, ou désirs.
Quant au fait que certains noms puissent revenir au sein des tracklists de ces différents volumes, cela me fait penser à un phénomène que je constate régulièrement, et dont je dois préciser qu'il m’apparaît comme foncièrement curieux : je n'irai pas à tel concert car je les ai déjà vu. Ou : je n'aime pas la programmation de tel festival, le plupart de ces groupes ont joué au cours des précédentes éditions. Ou : je connais ce groupe, mais que de nom. Ou même : je collectionne les tampons des autorités douanières sur mon passeport. Quand nous produisons un nouveau volume, nous ne l'envisageons pas comme un moyen d'étoffer notre CV. Quand je me rends à un concert, ce n'est pas pour gribouiller une petite croix sur la liste des groupes à devoir voir : ça, c'est fait. Quand on me demande si je connais tel groupe, je ne cherche pas à donner l'impression de tout connaître. Quand je voyage, je n'affirme pas connaître un pays grâce au seul fait que je suis entré sur leur territoire. Je ne cherche pas à me satisfaire de la représentation de l'activité, mais uniquement du plaisir qui en découle. Si je peux voir tel groupe tous les 6 mois, je le fais. Si je peux avoir tel groupe sur chacune de nos sorties, je le fais, et ce sans se soucier d'une éventuelle nécessité d'apporter du neuf, ou de satisfaire telle attente, ou d'augmenter quelque vente, ou que sais-je.


Metalship : 9) Quels sont vos titres favoris dans cette compil ?

Y. : Tu sais que les groupes participants, ou du moins une partie, lisent nos interviews ? Tu souhaites nous mettre dans une situation embarrassante, crapule ?

T. : Viens nous le demander le temps de sillonner quelques paysages. Mais Ocoai n'existant plus, ils nous manqueront, c'est certain.



Metalship : 10) On connaît votre attrait pour la littérature engagée et de nouveau on peut lire des citations d'auteurs célèbres, et surtout misanthropes ou antiscientifiques – d'ailleurs il manque Lovecraft les mecs – une façon de dire que Falling Down est une compil engagée ?

Y. : Ce que j'ai pu apprendre avec .fallingdown, c'est que la seule chose qu'on puisse prédire à propos d'une véritable émergence (comme d'être considéré désormais comme une « compil engagée ») est que ces résultats ne peuvent être prédits. Dans toute phase d'émergence, la nouvelle configuration modifie radicalement la nature des éléments constitutifs par leur seul changement de position dans l'organisation de l'ensemble, mais aussi bien du fait que des mutations mineures deviennent alors dominantes, tandis que des forces naguère dominantes dépérissent ou perdent leur suprématie.
Ceux qui auront lu la précédente phrase vont-ils désormais penser que ce projet s'adresse uniquement à des étudiants en hypokhagne ? Je ne sais pas, et je ne veux pas savoir. Nous faisons ce que nous avons à faire : nous ne sommes pas maîtres de l'image abstraite que vous vous en ferez. Nous sommes condamnés à être libre.

T. : Ce que je pourrais ajouter, c'est que ce projet n'est point pour des étudiants en hypokhagne, ceux-ci sont beaucoup trop en décalage avec mon apaisement, ma non-conformité, ma liberté et ma paresse... Elle n'est peut-être pour personne d'ailleurs tiens...
Nous mettrons prochainement des lignes d'amour passionné pour des poneys verts à tâches bleues fluorescentes (japonais oui), mais nous ne défendons ni l'équitation, ni les japonais.


Metalship : 11) On vous voit peu sur le net, qu'avez-vous à dire sur la communication à la mode contemporaine ?

T. : Nous voit-on ailleurs ? Serait-on invisible alors ?!
Les moyens de communication sont ce qu'ils sont, et les semblables sont ce qu'ils sont également (vous imaginez). C'est la course à la nouveauté strictement sans conscience, sans s'apercevoir qu’apparemment, il y a déjà et largement suffisamment assez. Leurs excuses d'être de pauvres somnambules aveugles conditionnés pour la gloire de la productivité, du profit, de la souffrance et de la croissance qui mène à la perte ne devraient pas tenir une seule seconde, d'autant qu'ils s'imaginent réfléchis et au top ces putains de cons là. L'être humain est tellement pathétique que n'importe quoi peut devenir néfaste entre ces mains, c'est effarant. Ce n'est donc pas la simple communication entre écrits ou autres par machines interposées que je vise (praticité mais vide absolu) ou l'exposition d'une œuvre, non, mais tout le reste, et les fausses visions sur les sujets.

Y. : Le peu a encore un goût amer de trop, me concernant.


Metalship : 12) La compil IV (ou IIII) a-t-elle déjà commencé à se former dans votre esprit ?

Y. : Oui. Nous avons une boucle à boucler, je suppose. Ou IVX.

T. : Restera-t-elle uniquement et simplement dans nos esprits ? Cela ne dépend pas de nous. Ou X/II (V), car après le trois, il peut y avoir le cinq ; il se passe juste ce qu'on nous ordonne...


Metalship : 13) Le jubilé de la reine Elizabeth II c'était génial non ?

[img news_left][/img]

Y. : Je ne sais pas ce qu'est un jubilé, ni qui est cette reine Elizabeth II. Désolé.

T. : Offre-t-on une pute à vie ou une masse considérable d'or à chaque personne ayant l'air passionnée ? Le cercueil l'attendait-il au bout de la route ?


Metalship : 14) S'il y avait un morceau à diffuser pour la fin du monde ?

T. : Faisons dans la grâce ; Chokebore - Days of Nothing (winter version (ou non)). Mais à mon avis, c'est plus par attrait du moment. Que la fin du monde arrive, et les musiques seront de toute façon recouvertes de cris d'angoisses stridents.

Y. : Un silence, pour apprécier à juste titre le moment.


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ajouté par Prométhée, le 3 septembre 2012 pour Metalship

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