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Interviews :: Interview de Cult Of Erinyes

Interview de Cult Of Erinyes


Encore peu connu, Cult Of Erinyes a pourtant sorti un EP très prometteur ! Peu de temps après, le voilà avec un premier album dément, puissant, ésotérique et sombre ! Il fallait en savoir plus sur cette entité mystérieuse, et Corvus ne mâche pas ses mots...


Metalship : Salut à vous !
Cult Of Erinyes sort son premier album, faisant suite à un EP, malheureusement, seuls les initiés ont déjà entendu parler du groupe. Peux-tu nous en dire plus à son sujet ?

Salutations,
Cult of Erinyes est une entité propageant la forme la plus extrême de la musique. J’ai créé le groupe fin 2009 et fort naturellement, j’ai demandé à Mastema puis à Baal de rejoindre le Culte très peu après. Il s’en est suivi une intense période de composition, qui a débouché sur le EP Golgotha et sur notre premier vrai album A Place To Call My Unknown, qui est sorti le 23 avril dernier chez les Acteurs de L’ombre Productions.


Metalship : Dans la mythologie grecque, les Erinyes sont des divinités infernales. Pourquoi avoir choisi ce nom ? Y a-t-il un concept derrière la création du groupe ?

Il n’y a pas à proprement parler de concept au sens où la pensée commune l’entendrait. Cult of Erinyes est une entité transformant de l’énergie négative en musique, pour mieux la propager. C’est donc un processus de cristallisation de la noirceur sous forme musicale, et Cult of Erinyes est en ce sens une métaphore de ce que ses trois représentants sont au plus profond de leur essence. Au moment de choisir un nom à cette entité, les Erinyes sont naturellement venues à notre esprit tant elles se mettent en accord avec, justement, ce processus de cristallisation.


Metalship : Votre premier EP Golgotha est sorti seulement l’année dernière, et vous revoilà déjà avec un album, et avec un label ! Comment s’est déroulée la collaboration avec votre label ? Comment avez-vous fait pour vous faire repérer si vite ?

Il n’est à mon avis pas bien difficile de se faire repérer comme tu dis dans la mouvance Black Metal, tant il y a des (très) mauvais groupes qui se revendiquent de ce style. Le fait de jouer cette musique semble rendre les groupes merdiques intouchables (ils se diront incompris ou réservés pour une élite), mais c’est pour mieux occulter leur manque évident d’un quelconque talent. Notre tâche fut donc facilitée par cette masse de groupes inintéressants, et à ce titre, nous les saluons, ces distributeurs de déjection sonore. Hails !
Parallèlement au coup de pouce indirect des groupes merdiques, je suppose que notre foi en ce que nous faisons, notre force de caractère et notre vision claire ont joué en notre faveur, tout comme le fait de ne JAMAIS baisser notre garde. Cult of Erinyes est constamment en processus de création (et de destruction…) ; le Culte est devenu le socle de mon existence, et ne pas créer consisterait pour moi à cesser d’exister, tout simplement. Je pense que, même si nous ne sommes pas les plus originaux (et nous ne le revendiquons d’ailleurs pas), l’intensité dans la démarche et ce don de soi dont on fait preuve se perçoivent dans notre musique. Pour le reste, pose la question aux différents labels qui ont sortis nos productions.


Metalship : Dans Golgotha, on sentait vraiment des influences Mayhem, notamment avec un chant légèrement expérimental façon Attila. Sur ce nouvel album, on sent un groupe qui sait plus où il va, et qui propose toujours des atmosphères frissonnantes et occultes. Est-ce là ce que vous vouliez recréer ?

Je ne ferai jamais partie des prétentieux affirmant qu’ils n’ont pas d’influences. Mayhem est une grosse influence, c’est certain. Pas mal de personnes m’ont signalé avoir perçu cela sur Golgotha, et je le prends clairement comme un compliment. Mais ce que tu dis est vrai ; sans rechercher l’originalité, on a naturellement affiné notre style, et avec du recul, je perçois sur A Place To Call My Unknown un progrès certain par rapport à Golgotha, principalement en ce qui concerne la gestion des ambiances. Chaque titre sur Golgotha montre un des trois visages du Culte, tandis que ces trois visages, nous sommes maintenant capables de les insérer sur un seul titre.
Cependant, on ne sait pas où on va. Ou plutôt, je sais où on va, mais je ne sais pas comment nous y allons. Et c’est précisément cette incertitude qui rend le processus de création épanouissant.


Metalship : Je pense que le chant clair que vous utilisez est un des points forts de cet album, il apporte une dose de folie qui donne un aspect possédé à l’ensemble. Êtes-vous fans de groupes comme Code, Mayhem, ou Decrepit Spectre qui utilisent beaucoup le chant pour donner un aspect similairement dérangé ?

Code est un groupe audacieux, et je suis très curieux de voir comment le prochain va sonner sans Khvost. Dans l’ensemble, je respecte les groupes se moquant des codes musicaux imposés par des imbéciles ne sachant pas de quoi ils parlent. Souviens-toi comme Mayhem s’était fait flinguer lorsqu’est sorti A Grand Declaration of War. Aujourd’hui, ce type de Black industriel est considéré par ceux qui crachaient sur cet album comme le futur du genre. Ceux qui ont le courage d’aller au-delà de l’ « opinion » au sens large du terme sont les mêmes qui façonnent le monde de demain, et je ne te parle pas ici uniquement de musique. Souvent, ces visionnaires sont perçus comme dérangeants, pour être adulés par la suite. Je sais que le simple fait d’utiliser du chant clair (même très peu) sera perçu comme un acte de perfidie par certains, mais je m’en contre-fiche, car quiconque prendra la peine d’écouter l’album en entier se rendra compte que cet élément n’apparaît pas comme un cheveu dans la soupe, mais comme le moyen de transmettre la noirceur de façon différente.


Metalship : Comme je le disais plus haut, on sent des ambiances vraiment occultes et sombres dans votre musique. Est-ce que vous êtes des passionnés d’occultisme ? Quels sont vos ouvrages de référence ?

Le terme occultisme renvoie à un large spectre et, personnellement, je ne fais pas partie de ceux qui pensent que des cartes ou des beaux tapis vont me permettre de grandir spirituellement. De même qu’un ouvrage de référence. L’Histoire a prouvé que les ouvrages de référence sont surtout des références à une bêtise abyssale indigne de l’humain se respectant un minimum. L’occulte renvoie au caché, au secret, à ce que la nature, mais surtout la société occulte. Lorsque j’écris la musique, Cult of Erinyes devient pour moi une porte d’accès à l’occulte au sens que je viens de préciser. Les morceaux sont une cristallisation de ce qu’il y a de plus profond en moi, et cela me permet de me rapprocher de ce à quoi je dois me rapprocher. Mais je ne ressens pas le besoin de faire partie d’une quelconque mouvance où, au final, ta pensée te sera dictée, pour finalement te perdre dans des schémas que tu voulais au départ éviter.


Metalship : J’aimerais parler de l’aspect visuel du groupe. Golgotha avait une pochette plutôt atypique pour un disque de Black. Avec A Place To Call My Unknown, vous revenez à quelque chose de plus classique, mais en même temps, très mystérieux. Même les photos promos laissent planer le mystère… Pensez-vous que l’image d’un groupe se doit d’être soignée ou est-ce totalement optionnel tant que la musique est bonne ?

L’image véhiculée par le groupe est relativement sobre, tout simplement parce qu’on a suffisamment confiance en nos morceaux pour ne pas se planquer derrière une tonne d’artifice. L’image est une aide te permettant de décrypter plus justement la musique, pas le contraire. Cult of Erinyes est à mes yeux plus que de la musique, mais c’est avant tout sous forme de notes, et non de pixels, que s’exprime le Culte.


Metalship : La scène belge a pas mal de bons groupes, mais on a du mal à vraiment les voir percer par chez nous. As-tu des noms à nous donner ?

Que veut dire percer ? Aller jouer partout devant 50 personnes et faire croire que la « tournée » fut un succès ? Pour percer, tu dois financer les tournées de groupes confirmés. Et je ne suis pas certain que ceux qui voient leur groupe comme la pute d’un autre groupe plus gros soient ceux qui méritent qu’on y tende une oreille. En Belgique, il y a une chiée de groupes carrés, avec un gros son, mais aucune personnalité. Beaucoup de paraître pour finalement pas grand-chose. Je peux néanmoins te conseiller Winterblind (dont le premier cd est en téléchargement libre), Gorath, Serpentcult, Pestifer, Sanctus Nex, ou encore Emptiness et Dehuman, qui risque de faire parler de lui avec son premier album, dans une veine death old school.


Metalship : Y a-t-il des groupes que tu admires dans notre chère France ?

Oui bien évidemment, le principal étant probablement Blut Aus Nord. J’apprécie également Glorior Belli (étant fan de rock sudiste, ce groupe représente un peu le meilleur de deux univers a priori opposés) ou Nehëmah, voire Pensées Nocturnes pour l’aspect bordélique maîtrisé, ou encore Klone dans un tout autre genre. La France a une scène Black Metal clairement intéressante, et commence (du moins à mes yeux) à ne plus souffrir de sa vague de groupes copiant le Rock-Metal américain, mais avec du chant en français pour passer à la radio (et entrer dans la règle des quota) avec une attitude de gosse de riche mal dans sa peau. Cette génération de groupes merdiques (sans oublier le Heavy Metal français 80’s, même les Inconnus ont fait mieux) a fait bien des dégâts au crédit de la scène française, et sans Gojira, qui a beaucoup fait pour redorer votre blason, on en rirait encore ! Si tu ajoutes à ça le fait que la presse française a soutenu ces groupes de merde (sans doute pour une raison d’achat d’encart publicitaire), tu obtiens tous les ingrédients pour obtenir l’image d’une scène ultra merdique. Cela fait beaucoup de fois le mot merde dans le même paragraphe, mais c’est te dire la répulsion me venant à l’esprit quand je repense à la scène Metal française d’il y a 10 ans. Heureusement que ça a changé cette dernière décennie, parce qu’on a vraiment frisé l’overdose. Les groupes français créatifs ont enfin droit à la parole, tandis que les clowns ont arrêtés les frais ou sont tombés dans l’oubli, parce que leur « public » est sorti de la puberté.


Metalship : Tu n’es pas sans savoir aussi que notre chère France n’est pas très ouverte d’esprit, notamment quand il s’agit de festival Metal… As-tu un commentaire à ce sujet ? Comment est accueilli le Metal en Belgique de manière générale ?

En quoi est-ce un problème qu’une musique subversive soit mal vue et perçue par des Ministères de la Culture, par des vieux cons franchouillards et par des politiciens en manque de couverture médiatique ? Imagine un instant que tu entendes à chaque heure à la radio de la musique extrême (ce qui est différent du terme « Metal » qui englobe bon nombre de groupes fonctionnant sur des structures pop), que Peste Noire participe aux Enfoirés, que Loudblast soit repris à La Nouvelle Star ? Que Keep of Kalessin tente sa chance pour participer à l’Eurovision (ha merde mauvais exemple…). L’art extrême, musical et non musical, n’a pas à s’insérer dans un schéma établi par l’Etat, ça le viderait tout simplement de sa substance. Un groupe de Metal chinois, qui risque concrètement des emmerdes, mérite bien plus le respect que des imbéciles tournant en Europe en ayant bénéficié d’une aide financière provenant de l’Etat. En quoi est-ce subversif d’avoir une grosse distorsion, des longs cheveux, pas de travail, de gratter ce que tu peux aux institutions et en même temps de cracher dessus parce que celles-ci ne t’aident pas « assez » ?
Pour répondre à ta question : lorsque certains auront compris qu’une guitare a 6 cordes et une vingtaine de cases, on pourra alors commencer à parler de Metal en Belgique francophone. La Belgique francophone, c’est le quart-monde culturel, surtout en ce qui concerne la musique, car les autres arts ont quand même des représentants valables. Du côté flamand, il y a beaucoup de groupes valables, des bons festivals, des organisateurs compétents et des salles de qualité. Le Metal (et Hardcore) y fait donc partie du paysage sans que cela paraisse étrange.


Metalship : On sent aussi dans votre musique quelques influences Old School, comme Emperor… Quelles sont les vieilleries qui tournent encore et toujours sur vos platines ?

Ce sont principalement les vieilleries qui tournent encore et toujours. Pas par soucis d’être « true », mais tout simplement parce que nous avons grandi en écoutant ces groupes et que les copieurs ne les ont jamais égalés. Emperor fait vraiment l’unanimité au sein de Cult of Erinyes. Anthems fut un véritable choc pour moi, tant le son dégageait un petit quelque chose de chaotique, mais où chaque élément est parfaitement contrôlé. Dissection reste également un incontournable. A part ça, j’apprécie Armagedda, Craft, Enslaved et plus récemment Wormlust.


Metalship : En dehors du Black Metal, quels sont les groupes que vous aimez écouter ?

Baal vient du jazz, et il écoute finalement assez peu de Black Metal je pense. Mastema écoute si je ne me trompe, pas mal de Thrash et Death, voire un peu de prog’. Pour ma part, j’écoute pas mal de musiques acoustiques ou de blues. Le dernier Hexvessel tourne en boucle par exemple.
(comme moi : ndr)


Metalship : Est-ce que l’idée d’un split vous plairait ? Si oui, avec quel groupe ? Sur tape, vinyl, un vieux CD-r, un CD pro ?

L’idée d’un split (sur vinyl) trotte dans notre tête depuis un petit temps, et je suppose que cela finira par arriver. Mais cela doit avoir du sens et dans l’immédiat, je ne vois pas comment cela pourrait en avoir alors que notre album vient de sortir. Cependant, si dans quelques mois on nous propose un split avec un groupe qui nous respecte et que nous respectons, je me vois clairement passer du temps sur la composition de 2-3 titres qui seraient exclusifs à ce split.


Metalship : Je crois qu’on arrive à la fin de l’interview. Merci pour le temps consacré à Metalship. Comme le veut la tradition, je te laisse les mots de la fin !

Merci à toi pour l’interview !


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ajouté par Pit, le 6 août 2011 pour Metalship

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Commentaires


Peste Noire aux Enfoirés! Superbe!
lun. 8 août 11- 23:20  
J'avoue que ça m'a bien fait rire !
lun. 8 août 11- 23:40  


Cult Of Erinyes

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