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Queen, hard rock ou non ?


Il y a des groupes qui ont toujours navigué aux frontières du hard et Queen est de ce là. Pour certains, les britanniques font parti de la sphère hard rock, pour d'autres c'est tout simplement inimaginable. Qu'en est-il vraiment au sujet de ce groupe hors norme ?


Non ! serions-nous tenter de répondre de suite à cette question épineuse. Queen n'est en aucun cas du hard rock, les compositions parlent pour elles : Who Wants To Live Forever, The Show Must Go On, Bohemian Rhapsody. Là, on se tait, on pense au solo explosif de Brian May qui vient trancher après une partie ambiance opéra, puis on secoue la tête. Non, une errance comme cela se faisait beaucoup à l'époque, rien de plus !


Rock Of Ages

Quand Queen est né des cendres du groupe Smile en 1969, le monde du rock était en plein effervescence : Led Zeppelin faisait planer l'ombre du dirigeable en proposant un rock plus fort, avec plus de distorsion, Jimi Hendrix avait depuis quelques années révolutionné le monde de la guitare électrique, faisant de lui l'un des précurseurs du mouvement hard rock, Clapton faisait rugir sa guitare dans Cream, le MC5 produisait un rock sale aux Etats-Unis. Uriah Heep allait bientôt sortir son premier disque en faisant la part belle aux choeurs somptueux, Deep Purple attendait dans l'ombre, prêt à imposer le rentre-dedans (pour l'époque) In Rock. Le ton se durcissait et le groupe, baptisé Queen selon une idée saugrenue de Frederik Bulsara - Queen en argot désigne un homosexuel - lui-même futur Freddie Mercury.
En Grande Bretagne, la scène glam rock était également très active, le T-Rex était alors un groupe en devenir. Queen absorbait tout cet entourage musical et profitait d'un héritage pop/rock britannique avec les Kinks, les Beatles, les Rolling Stones ainsi que bien évidemment les Yardbirds qui accueillirent en leur sein des guitaristes aussi talentueux qu'Eric Clapton, Jeff Beck et évidemment Jimmy Page qui allait monter le Zep'. Avec un tel terreau musical, il n'est guère étonnant que le premier album de Queen, éponyme, n'allait pas faire montre d'une grande originalité. Tiraillé entre des aventures glam et des passages lourds et puissants (les compositions de Mercury tels que Great King Rat, Liar ou Jesus), typiques du hard rock avec une basse lourde, conduite par John Deacon, initiée par Iron Butterfly, un guitare virtuose en la personne de Brian May qui arrive à sortir des sons hallucinants de sa six-cordes. Sans oublier un batteur qui frappe fort, Roger Taylor, qui se permet d'écrire un titre très violent pour l'époque, Modern Times Rock'n'Roll. Certains passages font également songer à du Uriah Heep avec des choeurs d'une qualité rare, comme sur My Fairy King. Le second disque, nommé Queen II en hommage à Led Zeppelin, se veut plus progressif dans l'idée. Brian May et Freddie Mercury se partagent en gors le travail, chacun y allant de sa face. Le guitariste s'occupe de la partie blanche, avec Roger Taylor, la partie étrangement la plus soft. Pas mal de ballades mignonnettes mais sans grand intérêt, deux titres de hard rock, le soft Father To Son et son solo électrisant, très Led Zep' et Loser In The End. Mais la face noire, celle de Mercury, monte le niveau général avec cinq chansons sur six conçues comme une suite musicale, débuttant par le lourd, le très Black Sabbath Ogre Battle, allant jusqu'au point d'orgue de cette suite, le sublime March Of The Black Queen qui débutte calmement dans une ambiance très révérencieuse avant de connaître un final monstrueux, saturé de partout, foncièrement hard rock. Seven Seas Of Rhye contient également sa part de parties de guitares ultra saturées pour l'époque. Le disque suivant, Sheer Heart Attack, se montre plus nuancé. On retrouve évidemment des pépites hard rock comme Brighton Rock et son solo en réverbération (grosse critique des journalistes de l'époque à ce sujet), Now I'm Here qui mettra les USA à genoux, Flick Of The Wrist et ses montées en puissance... On trouve également sur cet opus le fameux Stone Cold Crazy que reprendra Metallica des années plus tard, sans trop en augmenter sa puissance. Queen, instigateur du thrash ? Non, je n'irai pas jusque là, mais les parties saccadées de ce titre sont évocatrices sans plus. A côté, on trouve des morceaux typiquement glam comme Killer Queen et d'autres choses qui annoncent le prochain album (Bring Back That Leroy Brown, In The Lap Of The Gods...). Queen se cherche encore semble-t-il, alors qu'il a fini par trouver son style. Un hard rock métissé de diverses influences, soft et intrigant.
A Night At The Opera est l'album avec lequel le succès arriva en masse. Un album particulier, baroque, grandiloquant, avec des chansons étranges, opérettes comme Lazing On A Sunday Afternoon ou Seaside Rendez-vous, cotoyant des perles de hard rock comme Death On Two Legs, véhément, Sweet Lady ou l'épqieu Prophet's Song, toutes éclipsés par le fameux single Bohemian Rhapsody qui allie tout ce Queen sait faire de mieux en une seule chanson. Brian May se souviendra en 1992, dans un Hard Rock Mag (numéro 100 ou 101 si ma mémoire ne me joue pas de tours), que
Freddie avait cette capacité de passer d'un clin d'oeil de la ballade au hard rock.

Maintenant, en se penchant vers les groupes rock de l'époque, combien osaient sortir du registre typique du rock pour proposer un morceau hard ? Alors plusieurs sur le même disque, comme c'est le cas pour Queen... Pourquoi les journaux anglais prenaient-ils un malin plaisir à descendre l'oeuvre du groupe jusqu'à ce que l'annonce de la maladie de Mercury vint leur faire changer de discours ? Queen avance tel un funambule sur une carde dressé entre la vision qu'on avait du heavy metal de l'époque et celle du glam rock. Est-ce un hasard si les membres de Blind Guardian aient nommé un de leur disque A Night At The Opera ? Est-ce un clin d'oeil de Gamma Ray que cette chanson Heal Me sur Insanity And Genius qui fait songer à un Bohemian Rhapsody moderne ? Est-ce normal que la majeur partie des tributes albums à Queen soit jouée par des musiciens évoluant dans la sphère hard rock ?



Entre Punk et Disco


Si A Day At The Races reprend la même formule que A Night At The Opera (les deux disques étaient prévu ne faire qu'un double à l'époque), News Of The World est beaucoup plus sec. A cette époque, le punk avait le vent en poupe, les Sex Pistols avaient remis les pendules à l'heure en 1976 avec leur Nevermind The Bollocks et un groupe comme Queen n'aurait pu survivre sans s'adapter. Et l'adaptation, ça fait mal : Sheer Heart Attack, composition sans solo, est une réponse cinglante au punk d'un groupe sensé mourir avec l'avènement du mouvement. Riff saccadé, rapide pour l'époque (Helloween le reprendra sur une b-side de single, Just A Little Sign) tandis que la France ployait à son tour sous les assauts de We Will Rock You, morceau dépouillé à l'extrême vu que le groupe frappait alternativement dans des bidons avant de claquer des mains jusqu'au final où la guitare arrive, sale, saturée. Basic, mais efficace à l'époque. L'album se tient très bien, avec un son très lourd, puissant (même la ballade Spread Your Wings n'a rien de bien léger) et s'illustre avec d'autres moments fort comme le Zeppelinien It's Late. En 1978, Jazz déçoit un peu car Queen revient à une formule plus habituelle, mais en grattant le vernis, on tombe sur des compositions mortels : l'arabisant Mustapha qui ouvre les hostilités est plombé par la guitare électrique de May qui prend littéralement son pied, Fat Bottomed Girls est heavy, Let Me Entertain You n'a pas grand chose à envier à du Sabbath, Dead On Time reprend le même style de riff que Sweet Lady (sur A Night At The Opera...). Mais Roger Taylor est lassé par le rock (je ne parle pas de hard rock volontairement) et veut faire du disco. ça s'entend sur les atroces Fun It et More Of That Jazz. La tournée qui s'ensuivit a donné naissance au mythique Live Killers. Certes, la production n'est pas géniale, mais je le trouve personnellement bien plus pur que le Wembley '86 par exemple, plus lisse. Sur disque, on se prend une claque d'entrée de jeu avec une version heavy metal de We Will Rock You. En version fast, cette chanson se permet de faire la nique à Judas Priest ! Inutile de tergiverser : Live Killers est un monument du hard rock, une véritable leçon infligée par Queen, devant un public monstrueux. Bien plus pur qu'un Unleashed In The East de Judas Priest, aussi essentiel qu'un Strangers In The Night d'UFO. Mais fin '79, le single Crazy Little Thing Called Love sort, où Queen s'attaque au rockabilly pour une chanson amusante qui présente le groupe en cuir, faisant de la Harley. Pétage de plomb de Rob Halford de Judas Priest qui dit que c'est Judas Priest qui a amené la Harley et le le cuir dans le monde du heavy metal et que Queen ne faisait que copier. Mercury lui proposa une course. Halford ne releva jamais le défi. Selon Glenn Tipton, Halford ne saurait pas faire de moto. Fin de l'anecdote. Les singles se suivent. Save Me est une ballade au final explosif, mais Play The Game et surtout Another One Bites The Dust étonnent. La première est une chanson pop, la seconde du funk assez froid. Et l'album The Game débuttera par Play The Game. Il s'agira du premier album de Queen a ne pas avoir une ouverture typiquement hard rock. D'ailleurs, cet album en sera complètement éloigné. La bande originale pour le film Flash Gordon, composée dans la foulée, aura un son synthétique kitsch à souhait, à l'image du film. Mais avec Hot Spaces en 1982, le groupe s'enfermera dans une disco funkoïde sans réel génie. Les adieux au monde du rock semblent être là, mais l'album fait un flop total, une première pour Queen depuis A Night At The Opera. Brian May semblait avoir eu un sursaut de lucidité avec le hard rock Put Out The Fire...
La réaction se fait attendre car en 1984, le groupe accouche de l'album The Works, ouvert par l'ultra commercial Radio Gaga. Pas rassurant, si ce n'étaient ces Tear It Up, Machines et surtout, un Hammer To Fall qui défouraille sec. La tournée qui s'ensuivie fut un succès et le groupe participa au Live Aid et au Rock In Rio premier du nom, en compagnie de pointures du hard rock et du heavy metal comme Iron Maiden, Scorpions...
Une période trouble pour Queen qui s'oriente plus vers une pop sans grand intérêt, loin de la folie qui caractérisait le groupe dans les années 70.


The Show Must Go On

Et pourtant... En 1985, le groupe signe la chanson One Vision pour le film Iron Eagle, un morceau très hard, avec une guitare envahissante, une batterie qui ne sonne pas synthétique. L'année suivante, il signe la BO du film Highlander avec Christophe Lambert et Sean Connery (Lambert apparaitra même dans le clip de Gimme The Prize). Hard Rock Mag déclarera Highlander "Film hard de l'année !" sur l'une de ses couvertures à cette époque. Musicalement, le groupe occille entre ballades poignantes (Who Wants To Live Forever...) et du gros hard rock qui tache, comme le puissant Gimme The Prize ou Princes Of The Universe avec son court passage aux choeurs symphoniques. Queen se montre en avance sur son temps et surtout, bien plus brutal que tout la scène hard rock US sur deux titres... Un comble. L'album A King Of Magic relancera la carrière du groupe qui était au bord du split. La tournée qui suivit fut un énorme succès. Après un break étrange, le groupe revient en 1989 avec The Miracle qui joue sur tout ce que le groupe a su faire. On retrouve bien entendu le hard rock festif avec Party, un metal lourd avec I Want It All et son solo meurtrier, une virée dans le hard FM avec Breakthru et Scandal, le final n'est pas des moindres avec Was It All Worth It où Brian May exploite à nouveau à fond sa guitare... Au milieu de morceaux pop, les titres les plus hard sortent encore une fois du lot. Même constat pour l'album Innuendo qui présente une belle brochette de compositions typé hard rock, comme le morceau-titre, Headlong, I Can't Live With You, The Hitman... Roger Taylor dira quelques années plus tard que Brian (May) apportait toutes ces idées hard rock que lui-même jugeait démodé... Queen tire ses dernières cartouches, Freddie Mercury étant malade. Il s'éteindra le 24 novembre 1991. Sale jour pour les rockers. La pressze musicale est élogieuse, de Rock'n'Folk à Hard Rock Mag. Mais la presse justement... La presse metal aura toujours été la plus perceptive à la musique de Queen. Les tabloïds anglais prenaient un malin plaisir à liquider des groupes comme Uriah Heep et Queen et bien vite ils ne mirent en avant que les frasques des membres du groupe, Mercury en tête (ce qui provoquera un morceau comme Scandal en 1989). Durant les années 80, le hard rock était plus policé et Queen a su revenir dans la course en proposant des morceaux hard plus sales. Encore une fois, les groupes de rock de cette époque ne prenaient pas le risque de flirter avec ce style. La mort de Mercury laisse un vide terrible, mais dès 1992 le Freddie Mercury Tribute est organisé, un concert énorme avec Elton John, David Bowie, mais également Metallica, Extreme ou encore les Guns N'Roses, que du beau monde pour un vibrant hommage au chanteur disparu. Puis les disques se succèdent, apportant un intérêt limité, entre best of divers et ce Made In Heaven qui montre des titres inédits. Puis il y a ce Queen Rocks en 1997, une compilation consacrée aux morceaux hard de Queen. Depuis, Brian May et Roger Taylor se sont allié à Paul Rodgers, chanteur du groupe Bad Compagny et The Firm en compagnie de Jimmy Page, au timbre plus bluesy que Mercury. Un nouvel album devrait d'ailleurs voir le jouavec cette formation.


Et maintenant ?

J'ai mis en avant les compositions les plus typés metal (au sens générique du terme) de Queen. A partir de cela, peut-on avoir un avis tranché par rapport à ce groupe anti-conformiste ? Mais dans ce cas, que faire de groupes comme Thin Lizzy (qui avait ouvert pour Queen les concerts en 77), Uriah Heep ou Status Quo qui sont souvent à la limite, dans le même cas de figure qu'un Queen ? Est-ce que le fait que la presse spécialisée en parle plus facilement que la presse rock générale n'est pas un fait relativement troublant ? Certains fans n'apprécient pas les morceaux les plus hard du groupe, beaucoup de métalleux respectent énormément ce groupe. Queen, un combo qui alimentera la polémique pendant des années encore car Queen n'est pas que du rock, du glam, de la pop... Il y a tellement d'influences en ce groupe... Mais dans ce cas, pourquoi consacrer de la place sur des compilations comme Heavy Metal à des groupes comme Queen ? La question reste ouverte.



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par Elric des Dragons, le 6 juin 2008
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