Chaque métalleux, ou presque, a un jour headbangué sur du Rammstein ou du Nine Inch Nails, sans pour autant aller plus loin dans le monde de la musique industrielle. Et c'est bien dommage, car elle a beaucoup à offrir au mélomane qui souhaite sortir des sentiers battus. Sans pour autant être exhaustif (ce qui serait d'ailleurs difficile), voilà quelques notions pour découvrir le metal indus et sa grande soeur, la musique industrielle. En prime, de la culture gé pour se la péter dans les salons . Elle est pas belle, la boîte à rythme ?Voilà, au cours d'une soirée chez votre pote Jojo, d'un boeuf/concert/rave dans une cave ou d'un dîner de l'ambassadeur (la troisième hypothèse étant néanmoins la plus douteuse), vous vous retrouvez en face d'une superbe fille chaussée de rangers, du khôl sur les yeux et un masque à gaz autour du cou. Afin d'avoir une chance de discuter avec (et donc de séduire) cette sublime créature, ou tout simplement parce que vous voulez en savoir plus sur le metal industriel et la musique en général, vous lisez ce merveilleux dossier, écrit par votre chroniqueur préféré sur votre webzine préféré !
Mais tout d'abord, un peu d'histoire
Pour avoir l'air de s'y toucher, citer les glorieux ancêtres
Le nom même de musique industrielle vient d'un des groupes fondateurs, Throbbing Gristle. En 1977, année punk s'il en est, le groupe (composé des performers de COUM Transmissions) fonde le label Industrial Records. L'heure est à la contestation du rock établi. Mais, au lieu de donner dans une version rageuse et saturée du rock'n roll des années 50, comme le font Ramones et autre Clash, Throbbing Gristle joue de la "musique industrielle pour des gens industriels". Pas de guitare, des samples, des infrabasses, de la pornographie et des uniformes nazies: voilà dans quoi donne le combo anglais.
Cette attirance pour le macabre et le choquant, on le trouve aussi chez le groupe australien SPK. SPK: Sozialistisches PatientenKollektiv, un groupuscule gauchiste de patients psy, dans l'Allemagne fédérale des années 1970. D'aileurs, Revell et Neil Hill, les fondateurs de SPK, se rencontrèrent dans un hôpital psychatrique. SPK, c'est encore plus extrême que Throbbing Gristle, c'est dire ! Larsens, voix inaudibles, sons électroniques.

Le décor est posé. Alors y en a plein d'autres, mais SPK et Throbbing Gristle incarnent très bien "l'esprit indus". L'indus c'est sale, dérangeant, pas si musical que ça (certains membres de la scène indus considèrent que faire de la musique, c'est plus faire de la politique que de l'art) et avant-gardiste. Et si c'est définitivement de la musique populaire (par opposition à la musique savante), la musique industrielle est hermétique et d'abord là pour faire ressentir quelque chose à l'auditeur plutôt que pour groover. Et c'est le point du dossier où, finalement, on se rend compte que la hard tek est plus proche de la musique industrielle que le metal indus. Sans parler de sous genres nombeux (neo folk, EBM, dark ambiant...), il y a de quoi s'y perdre Eh oui, c'est dur, là on se sent ringard face à la nana au masque à gaz, mais patience, la suite va vous venir en aide.
Pour pas trop être perdu, se raccrocher aux guitares
La musique industrielle a quand même rencontré le rock, dans un fracas violent et heureux. Enfin, heureux, à cause de sa progéniture. On peut considérer que c'est Laibach, groupe indus slovène, ultra kitsch, botté et moustachu. Leurs reprises de Life Is Life (culte, avec la chute d'eau à l'envers) et de Sympathy For The Devil, version propagande totalitaire, ont sacrées une union pas facile. Car finalement, quoi de commun entre des riffs identifiés et faciles à retenir (typique du rock) et le bruitisme de la musique industrielle ? Une volonté de remettre en cause la societé conservatrice et bourgeoise. Et Laibach, en tapant largement dans l'imagerie nazie ou staliniste, y parvient parfaitement. La confusion est telle qu'encore maintenant, bandant sur les beaux uniformes et les paroles en allemand du groupe, de nombreux traditionalistes ou nationalistes sévissant sur le web voue un culte à la formation slovène. Quand on sait la came qu'ils ont consommés, leur volonté de choquer ou leur anticonformisme proche de l'anarchisme, cela fait sourire.

Ah, et la jolie fille sourit aussi. Cela tombe bien, on va enchaîner sur un terrain encore plus solide pour le metalhead. Car un autre groupe plus metal encore affirme la filiation. Il s'agit de Godflesh. Fondé en 1988 par Justin Broadrick, ex
Napalm Death, Godflesh, c'est un son crade, une ambiance glauque et un beat de boîte à rythme très apocalyptique. Guitares distordues qui font des émules:
Ministry,
Killing Joke qui apportera sa petite pierre à l'édifice metal indus (juste retour des choses, Broadrick étant dans un groupe qui s'appelait Fall Of Because, titre d'une chanson de
Killing Joke).
Enfin, c'est aussi à ce moment là que KMFDM, groupe indus allemand, se tourne vers la formule grosse gratte+beat électro. Mais la veine allemande, on va en parler tout de suite.
Pour se la péter à mort, différencier les uns des autres (ou essayer)
Les crados anglosaxons
Précurseurs, affreux, sales et méchants. Pas du metal indus de tapette, comme dirait Jojo (encore lui). Les guitares sont crades et mangent du pâté. Les beats et les samples sont là, mais pas omniprésents. Ils servent la puissance de l'ensemble. Des noms ? Allez, quelques uns:
Ministry et Godflesh, cités précédemment, mais aussi
Prong. Dans le genre déglingué, Antichrist Superstar de Manson est un incontournable, si si. On me dit aussi dans l'oreillette qu'un genre de thrash indus canadien, commis par
Voivod et
Strapping Young Lad, mériterait le détour...
Les costauds teutons
Ou,
Rammstein, bien entendu. Enfin, Oomph aussi, quand même. C'est pareil mais en mieux, bien qu'aujourd'hui on puisse regretter le manque d'inspiration des deux formations d'outre Rhin. Le son allemand ? Grosses guitares, rythmique martiale, muscles, et voilà. Ce genre de son a eu aussi sa petite influence sur d'autres groupes plus éloignés de l'indus, par exemple
In Extremo, au niveau des ryhtmiques et de la voix, ou Die Apokalyptischen Reiten pour le côté "gay pride des barbares germains". Ah, et puis n'oublions pas KMFDM, groupe pionnier qui, au milieu des années 80, a fait plus que définir le rock indus à l'allemande, il l'a créé.
Les ricains catchy
Ceux qui donnent un brin dans le metal indus, mais en carré et en solide. Comme
Fear Factory par exemple, qui impose des riffs métalliques secondés par quelques samples bien posés, ou
Nine Inch Nails. Si le sieur Reznor s'est aussi tourné vers le rock alternatif puis l'électro (le moins convainquant "With Teeth'), Broken est un exemple parfait de metal indus. Plus eletro, Skinny Puppy a tout de même son lot de guitare qui accroche l'oreille. Et le Pandemonium de
Killing Joke est un exemple de puissance et de force (même si ils sont anglais). Mais là on commence à être très fourre tout...
Heu... Cocorico ?
Emmenés par
Punish Yourself, toute une flopée de groupes (Herrschaft, Me As The Devil...) émerge en France et en Navarre. Avec finalement des parcours assez différents, des influences assez éloignées, difficile d'en faire une branche à part entière, comme on peut le faire avec une partie de Blackeux mystérieux originaires de la Gaule. Mais bon, quand même, Patton parle des Young Gods, donc c'est la classe quand même !
Enfin, on a réussi à attirer l'attention de la jolie fille au masque à gaz. On a papoté zic sans paraître trop à la ramasse, elle a rit, on a réussit à tisser des liens, voire plus... La volonté de repousser les limites, une certaine difficulté d'accès et un peu de violence musicale, voilà les points communs entre metal et musique industrielle. La fusion des deux n'est donc pas si surprenante. Mais ce dossier n'est que la partie émergée de l'iceberg, et son but n'est pas d'être exhaustif. Mais de permettre d'emballer la nana au masque à gaz.