Les années 90 auront vu l'essor d'un genre nouveau, le pagan metal, qui se démarque du reste de la scène par la place qu'il accorde au néo-paganisme, et tout particulièrement à la culture viking. Nous avons remarqué, d'une part, que le caractère inhabituel de ce mouvement artistique en interpelait plus d'un, et d'autre part que le nombre d'écrits traitant du sujet était proche de zéro. C'est pourquoi nous vous proposons ici une analyse profonde du sujet qui sera étudié de la manière la plus objective possible. Dans ce dossier Metalship, nous nous interrogerons sur la place des vikings, et plus largement de l'histoire dans le metal.
Ce dossier traitera séparément deux sujets : d'une part la civilisation viking avec ses mœurs et ses expéditions (pour savoir enfin de quoi parlent vos idoles !) et d'autre part les origines et l'essor du pagan metal en Europe, ainsi que de la frontière entre l'histoire et le mythe dans ce milieu. Allez ! Un petit come-back dans vos leçons d'histoire vous fera le plus grand bien !I) Civilisation viking : les mœurs
La société viking aux alentours de l'an 800 se divise en de nombreux royaumes rarement plus grands qu'un département, chacun gouvernés par un roi . Les citoyens vikings vivent dans différentes fermes dirigées par le chef de famille et sa femme . La famille est l'unité de base de la société viking et elle regroupe consanguins, amis proches, frères jurés, serviteurs etc ...
Un viking, c'est quoi ?
Le viking moyen est un citoyen libre qui a ses droits et ses devoirs envers son royaume. Il se doit de bien en connaître les lois afin de pouvoir exprimer son point de vue au thing, la réunion saisonnière du royaume.
Mais le viking est surtout un artisant polyvalent qui peut se montrer à l'occasion pêcheur, tisserand, forgeron, voir médecin sans compter ses qualités artistiques. Il doit évidement être habile commerçant afin de bien négocier durant ses voyages. Et pour pouvoir faire face à toute éventualité, le viking se doit d'être aussi un bon navigateur et un combattant averti .
L'organisation politique
Le royaume scandinave est gouverné par un roi qui est désigné ou élu par les citoyens. Si ce dernier ne donne pas entière satisfaction il peut être destitué lors du thing, qui rassemble les chefs d'un même royaume afin de discuter des affaires politiques et commerciales.
Le roi n'a donc pas un rôle majeur dans cette société de commerce et peu à peu s'instaureront des monarques à l'occidentale qui participèrent notamment à la réunification des territoires scandinaves à la fin de l'ère viking.
L'art viking
Tout d'abord, rappelons que les vikings ne possédaient pas d'art qui soit reconnu en tant que tel, c'est à dire pour ses qualités purement artistiques. En effet, les vikings se livraient souvent à la sculpture ou même à la joaillerie mais dans le but de rendre plus attirant un objet de la vie courante ( bol, pommeaux d'épée, proue de bateau etc ...).
Mais bien vite un art nouveau nait chez les vikings : l'écriture. On possède de nombreux écrits vikings dont les plus connus relèvent de la poésie scaldique. Ces écrits, souvent retranscriptions de légendes ou poésies orales sont recueillis pour beaucoup dans l'Edda poétique.
Quand à la musique, les vikings n'en pratiquaient pas vraiment. Mais il est probable qu'une musique rudimentaire basée sur des percussions soit utilisée lors de rituels, de fêtes etc ...
Les expéditions
Qu’est ce qui poussa les vikings à prendre la mer ? Les historiens se disputent encore sur le sujet. Mais les facteurs probables sont nombreux : la pauvreté donc le besoin de richesses, la vue d'un empire faible et mal défendu ...
Ce qui est certains, c’est que l’expansion du monde scandinave commença au VII ème siècle, et se poursuivit en gros jusqu’au XIème. Il est cependant établi que les vikings n’étaient à la base pas des guerriers, mais des commerçants capable de se transformer assez rapidement en pillards. Au fil des siècles, la volonté de conquêtes s’y mêlant, les expéditions de commerces musclés se transformèrent en opérations militaires, qui culminèrent avec le siège de Paris en 885.
Le principal atout des Vikings, c’était bien entendu leurs navires : légers, rapides, avec un faible tirant d’eau, et cependant assez solide pour affronter la haute mer. Ils suppléaient à l’absence de boussole par une très bonne connaissance des vents et des courants marins, et plus généralement de la navigation.
II) La mythologie :
A proprement parler, les Vikings ne possédaient pas de religions ; d’ailleurs ce mot n’existait pas dans leur langue. Le mot le plus proche était seydr : coutume, magie… Globalement, et d’après les témoignages de l’époques, il semble qu’ils étaient, à l’époque, ce qui ressemblait le plus à des libres penseurs. Ils ne possédaient ni druides ni prêtres d’aucune sorte, ni sanctuaires, ni dogme, ni credo. Comme beaucoup de peuples, ils divinisaient la lune, le soleil, le vent, et les phénomènes naturels ; ils en associaient également d’autres à la guerre, au mariage, à la mort, etc.
Yggdrasil. Le panthéon nordique se divise en deux classes : les Ases (Odin,
Thor, Baldr…) et les Vanes. Les premiers, dieux guerriers, semblent avoir été l’apanages d’une élite ; au contraires des Vanes, dieux de la fertilité et de l’abondance, associés à des cultes populaires et paysans.
Selon les textes, les Ases furent les premiers ; leur nombre varie entre une vingtaine et une trentaine. Plus tard ils conclurent une alliance avec les Vanes, fils de l’aire.
Les principaux dieux :
Odin, roi des dieux. Il est souvent considéré comme le dieu de la sagesse et de l'inspiration poétique. Quand il est dans son palais, les deux corbeaux Hugin (la pensée) et Munin (la mémoire) lui racontent à l'oreille ce qu'ils ont vu des neuf mondes. Deux loups restent à ses pieds : Geri et Freki.
Odin, sur son cheval à huit pattes.
Thor est le dieu de l’orage, de la guerre et de la victoire. Il est le fils d’Odin et de Jord, incarnation de la terre, et c’est sans conteste le plus puissant guerrier des neufs mondes. Il traverse le ciel à l'aide de son char tiré par deux boucs magiques.
Frigg est l’épouse d’Odin. Elle symbolise le mariage et la maternité. C’est une magicienne sans égale, qui connaît l’avenir et la destinée de tous les hommes, mais elle ne dévoile jamais ses secrets.
Freyr est la déesse de la vie et de la fertilité et faisant partie des trois vanes qui ont rejoins les dieux, elle jouie d'une grande popularité auprès du peuple.
Baldr,
Freyja,
Loki, nombreux sont les autres dieux qui peuplent le panthéon scandinave mais dont nous ne pouvons parler ici.
III) Quand histoire et metal se rencontrent
La présente partie à pour but de relater l'apparition et la prise d'importance de l'héritage viking et du néo-paganisme dans le metal - que ces thèmes soient abordés sous leur angle symbolique ou purement historique – ainsi que de détailler et de tenter d'expliquer ce phénomène avec le recul nécessaire. « Pourquoi cette fascination pour nos ancêtres ? » ou « Le pagan metal est il d'extrême droite ? » sont, entre autres, des questions récurentes qu'un amateur de metal pourra se poser en écoutant des groupes comme
Arkona ou
Belenos ... Nous tenterons donc d'y répondre au mieux afin de prouver que même si l'heure est à la nostalgie des époques passées, le message, lui, est toujours d'actualité. D'autre part, nous parlerons beaucoup de "pagan metal", terme général qui englobe folk et pagan black metal, c'est pourquoi nous donnerons des définitions précises sur les genres musicaux ou le néo-paganisme est le plus présent.
Les racines du genre
Depuis mille ans le guerrier viking a été idéalisé. On en a fait un archétype du combattant parfait : courageux, vertueux et honnête. C'est ainsi que bien avant l'émergence du pagan metal (qui regroupe folk et pagan black metal) des groupes de hard-rock comme
Led Zeppelin utilisaient déjà cette figure dans leurs morceaux. Comment est-on passé de l'utilisation du guerrier nordique comme unique symbole du courage et d'honneur à un réel engouement historique fondé sur les écrits des plus grands historiens de nos jours, comme le font
Heidevolk notamment, dans un soucis de crédibilité ?
Années
1980 : A cette époque le thème du viking est déjà bien présent dans la musique populaire, « I am a viking » de Y. Malmsteen en est un parfait exemple avec ses paroles caricaturales : « Je suis un Viking qui part au combat, je n’ai que la mort à l’esprit, et lorsque je suis parti hier, je n’avais aucune crainte au fond de mon cœur ... ». Autant vous dire que l'on sombre ici dans d'âpres clichés, bien loin de la réalité historique.
Années 1990 : En 1987 sort «
Blood Fire Death » de
Bathory (Suède), et c'est à cet album que l'on attribue pour la première fois le nom de viking metal. Dans les années qui suivent on observe partout en Scandinavie (le Danemark un peu en retrait) l'apparition de groupes à revendications païennes comme
Enslaved,
Burzum,
Amon Amarth ou autres groupes issus du black metal notamment. Ce qui donnera naissance à un nouveau genre : la pagan black metal. Ce qui distingue ces artistes des autres ? Cet engouement récurant, presque fanatique, pour l'histoire de nos ancêtres ...
Années 2000 : Le début du XXI sera marqué par l'essor considérable d'un nouveau genre : le folk metal avec notamment la sortie des premiers albums d'
Ensiferum,
Moonsorrow ou encore
Korpiklaani qui sont aujourd'hui des piliers du genre. Ces artistes reprennent le flambeau laissé par leurs ainées et revendiquent fièrement leur appartenance à un mouvement néo-païen scandinave qui entretient des liens très étroits avec la sphère metal. En même temps que le genre repousse ses frontières, cela va de soit, les cultures et héritages mis à l'honneur se diversifient ; la mythologie scandinave et les vikings doivent désormais se partager la scène avec l'histoire des peuplades slaves, des gaulois ou des saxons par exemple.
Qu'est-ce que le viking metal ?
« Viking metal » est une appellation erronée issue du langage populaire et à ne pas prendre au premier degré. En effet, les vikings ne possédant pas de musique au sens auquel nous l'entendons, le préfixe « viking » n'implique strictement rien musicalement, et ne peut donc être utilisé qu'associé à un autre nom de genre (viking death ou viking folk par exemple). De plus les groupes couramment qualifiés de vikings n'ont que rarement un rapport direct avec ces derniers, à l'image de
Moonsorrow qui se défend de cette fausse étiquette en interview. Il est donc préférable d'éviter le terme de « viking metal », car seuls les textes et l'imagerie sont concernés, et puis ce serait regrouper
Amon Amarth (death metal) et
Falkenbach (folk metal) sous une même étiquette ... cherchez l'erreur !
Le folk metal
Si la scène folk metal est assez pauvre en terme de de chiffres – une quinzaine d'artistes, tout au plus, valent le détour (gardons à l'esprit qu'il ne sagit que d'un sous-genre !) - elle n'en est pas moins intéressante et très diversifiée musicalement parlant. En effet, comme chaque mouvement artistique le folk metal est, au delà d'une simple musique, une philosophie, une optique de vie, le moyen d'expression d'une population (voire « Paganisme et metal »).
Le folk metal c'est d'une part l'agressivité et la modernité du metal, et d'autre part l'authenticité et l'atmosphère unique des musiques traditionnelles (orientales avec
Orphaned Land, celtiques avec
Eluveitie, slaves avec
Arkona, nordiques avec
Korpiklaani etc) ; et la première musique vient en quelque sorte enrichir la seconde de sa puissance et de son efficacité. Et tandis que certains groupes tels que
Korpiklaani ou
Metsatöll utilisent un panel d'instruments traditionnels (flûte, violon, accordéon, vielle à roue, cornemuse etc), d'autres travaillent avec un clavier comme
Moonsorrow ou
Arkona pour des raisons pratiques où par simple choix artistique.
A écouter :
Korpiklaani,
Moonsorrow,
Falkenbach,
Ensiferum,
Arkona,
Finntroll,
Heidevolk,
Turisas,
Equilibrium,
Aes Dana,
Eluveitie,
Cruachan,
Orphaned Land,
Waylander,
Svartsot,
Skyforger,
Metsatöll,
Battlelore ...
Le Pagan black metal
Comme l'indique son nom, le pagan black est avant tout un sous-genre du black metal (et non un dérivé !), et il en a gardé les principales caractéristiques musicales. Par définition, le black metal est païen (comme partout, l'exception confirme la règle) et dans la plupart des cas, satanique. En revanche, le pagan black est néo-païen, et se révèle parfois tout à fait similaire au folk metal sur le plan de l'imagerie.
Car si l'on retrouve dans celle du pagan black les grandes forêts où les paysages brumeux typiques du black traditionnel, on rencontre aussi beaucoup d'éléments faisant référence aux traditions du pays d'origine des artistes (
Drudkh) ou à leur héritage païen (celtique pour
Belenos, viking pour
Windir etc).
D'un point de vue musical, le pagan black se différencie du black traditionnel dans son approche de la mélodie - là aussi, souvent plus proche du folk metal, mais avec les instruments et le son du black metal. Les mélodies y sont souvent influencées par la musique traditionnelle, ce qui permet de rapprocher musique, imagerie et paroles. On notera parfois la présence de chœurs et de claviers rappelant encore une fois fortement les atmosphères du folk metal. Mais comme nous le verrons par la suite, la pagan metal met en place une vision bien plus sombre et violente du paganisme que le folk ...
A écouter :
Windir, Einerjer,
Belenos,
Graveland,
Valhôll, Fortid,
Drudkh,
Enslaved,
Kampfar,
Primordial
Paganisme et metal
Il n'y a pas un néo-paganisme, il y en a plusieurs. Et chacun des artistes mentionnés précèdement à une approche de l'histoire ou du mythe qui lui est propre ; déjà, les croyances diffèrent : rien à voir entre l'animisme spirituel d'
Arkona et la rigueur historique d'
Heidevolk, bien sur, cela est principalement du à l'origine des artistes. Ensuite on observe que les musiciens n'ont pas toujours le même recul par rapport à leurs textes et à leur image, et se prennent plus ou moins au sérieux ...
Ils s'appellent
Korpiklaani,
Metsatöll ou encore
Falkenbach, et viennent respectivement des milieux ruraux finlandais, estoniens et islandais. Ils sont les puristes du pagan metal, les « trues », ceux qui vivent le néo-paganisme au jour le jour et qui y ont consacré leur vie. Bref, pour eux ce n'est pas qu'un trip artistique ou une image, mais bel et bien un esprit, une religion. Et si ils sont animistes pour les uns et polythéistes pour les autres, ils s'adonnent avec autant de foi aux rites appropriés. Évidemment ils se sont pas les seuls, et représentent bien ces jeunes générations déboussolées qui, voyant leurs traditions et leurs repères se perdre dans le tourbillon de la mondialisation, voient dans le néo-paganisme un moyen de renouer avec leurs racines ...
Qui serait mieux placé que Jonne Järvelä de
Korpiklaani (le « Clan de la forêt ») pour nous parler des arbres, lui qui a vécu tant d'années dans une maison isolée au plus profond des bois ? Celui-ci confie d'ailleurs au cour d'une interview « Je m’inspire des atmosphères autour de moi et de la musique traditionnelle finlandaise. C’est la base des chansons. Et si l’inspiration vient un jour à manquer, que notre Terre mère me vienne en aide ! Tu sais, on ressent des sentiments très forts ici au milieu de la forêt, parce que les arbres te donnent toujours de la force. C’est la différence majeure entre vivre au milieu des gens et vivre dans la forêt : les arbres te transmettent de l’énergie alors que les gens essaient de te l’absorber ». A l'image de Jonne Järvelä, de nombreux musiciens sont profondément hostiles au Christianisme, jugeant les croyances païennes plus saines ; par exemple Eldur, frontman de Fortid (pagan black metal, Islande) déclarait récemment dans un de nos mensuels nationaux « Tu veux savoir si je crois en ces Dieux ? Je dirais que je suis un éternel sceptique [...] et je ne restreins pas mon esprit à une seule réponse, car je suis conscient des limites humaines face à l'étendue du sujet. Ce dont je suis sur, c'est que cette l'Asatru (croyance païenne populaire en Islande) est beaucoup plus sain que le Christianisme et qu'il devrait le remplacer ici ». Mais attention : les idées de ces gens ne sont pas malsaines et regressistes, dans le sens ou ils ne souhaitent pas un retour pur et dure aux modes de vie du moyen-âge (heureusement !), et puis d'ailleurs, n'oublions pas qu'ils utilisent aussi des instruments électroniques et du matériel de son dernier-cri à la pointe de la technologie !
Et puis il y a les antithèses de ces « trues » : ils se nomment
Ensiferum,
Turisas ou
Svartsot, et sont des artistes tout aussi talentueux ! Seulement pour eux, le néo-paganisme est affaire d'image et de textes, il se limite à la musique. Ils ont plus de recul vis à vis de leur héritage païen, et, ayant étés élevés en milieu urbain (Helsinki et Hämeenlinna) ils est probable qui ne souhaitent pas vraiment mener le train de vie difficile de leurs ancêtres ! D'ailleurs cela saute aux yeux : leur approche du folk metal est tout à fait différente, faisant la part belle aux épopées fantastiques et aux clichés les plus extrêmes du genre. Il suffit de jeter un coup d'œil à leurs morceaux, qui se nomment «
One more Magic Potion », « Battle Metal » ou encore « Goblin's Dance » ! En un sens, ils ont une approche plus power du sujet ... Voici ce qu'en dit Jukka-Pekka Miettinen (
Ensiferum) quand ont lui parle des clichés « vikings » « Bien sûr qu'ils sont très pompeux et ils doivent l'être, parce que nous ne prenons pas les choses très au sérieux et qu'avec ce genre de musique on ne peut pas chanter autre chose » avant d'ajouter que leur inspiration ne vient pas de l'énergie magique dégagée par les arbres comme
Korpiklaani, mais « d'un bon bouquin, un bon film. L'inspiration vient même quand je me fais à manger alors je m'assoie et je commence à penser à la musique ».
Des gens comme nous, finalement, ces metalleux !
On constate que depuis l'émergence du pagan metal dans les années 1990, les groupes accordent de plus en plus d'importance à la crédibilité historique de leurs textes. Au début, on chantait les exploits légendaires des guerriers vikings (très surestimés !), aujourd'hui on relate avec précision la vie quotidienne de nos ancêtres ainsi que leurs exploits attestés historiquement ! C'est en effet le cas de formations telles que
Heidevolk ou
Waylander qui s'attachent à retranscrire l'histoire telle qu'elle fut. De cette manière, Joris Boghtdrincker de
Heidevolk explique à propos des textes du groupe « Nous utilisons plusieurs sources différentes comme les commentaires de la guerre des Gaules par César, l'ancien voeu baptistal d'Utrecht [...] mais aussi les précieuses informations rapportées des fouilles archéologiques. Pour leur interprétation, on se réfère principalement aux travaux de savants contemporains tels Hilda Ellis-Davidson, Georges Dumézil, Jan de Vries et Aat Van Gilst. Nous considérons que la religion comparative est un champ de recherche très fiable pour reconstituer des éléments perdus ».
Bien sur il existe d'autres visions du paganisme, presque autant que de groupes. Et cela varie d'autant plus que la scène pagan metal s'étend géographiquement. On peut donc supposer que les thèmes abordés seront de plus en plus diversifiés dans le futur ... et de plus en plus fidèles à l'histoire !
La question des dérives nationalistes
Le néo-paganisme est-il une forme de nationalisme ? La question est épineuse ... Et si les deux termes sont bien distincts, en pratique ils se confondent souvent. On raconte tout et n'importe quoi concernant des liens très étroits qu'entretiendraient les scènes folk et pagan black metal(mais pas seulement) avec un quelconque milieu d'extrême droite néo-nazi, et si ces accusations se révèlent souvent archi-fausses et infondées, n'oublions pas qu'il existe bel et bien de tels cas.
Le folk metal est un monde, le pagan black en est un autre – et les deux, contrairement aux apparences, n'ont que peu de choses en commun. Le pagan back est bien plus violent - musicalement et idéologiquement – que le folk, plus cru, plus sombre, plus agressif, et ... plus à droite ! Tandis que le folk est entièrement dénudé de connotation politique, le pagan black, lui, regorge d'artistes se revendiquant d'extrême droite. Et ce dernier à quelque fois tendance à entacher l'image du folk metal ...
Les fascistes ne sont pas connus pour leur finesse et leur discrétion, c'est pourquoi quand un artiste désire véhiculer un message diffamatoire et se faire reconnaître par ses confrères, il l'affiche sans détours. C'est par exemple le cas de
Graveland (affilié au Pagan Front, un label qui collectionne les groupes néo-nazis),
Arkona (au nationalisme le plus douteux) ou autres groupes plus ou moins issus du National Socialist Black Metal.
Au début des années 2000, des Antifa allemands accusent publiquement le Pagan Fest d'être un festival « fasciste, raciste et néo-nazi » donnant lieux à une véritable polémique née de la confusion entre néo-paganisme et extrême droite ; en effet, peu de temps après, une vague d'accusations pour les mêmes motifs déferle sur la scène folk metal. Il faut dire que l'amalgame est vite fait, et les êtres ignorants et bornés qui sont à la source de ces calomnies n'ont pas l'habitude de pousser leur recherche bien loin. Comme le reconnaissent volontiers certains acteurs majeurs de la scène visée, le malentendu vient de l'appropriation de certains symboles païens – qu'ils arborent - par le néo-nazisme (runes Odal, roues solaires) ainsi que de l'intrusion de certains artistes de NSBM comme Nocturnal Mortum dans le milieu du folk metal.
Ces derniers ont d'ailleurs subit l'hostilité de certains artistes de folk metal tels que Ciaran O'Hagan (
Waylander) qui considère leur musique comme « une insulte aux gens comme lui, qui n'adhèrent pas du tout aux idéaux fascistes » et qui insiste sur le fait que les néo-nazis n'ont rien à faire dans le folk metal. Dans la même veine, Henri Sorvali (
Moonsorrow) et Heri Joensen (
Tyr) ont publié une vidéo dans laquelle ils réfutent les accusations à leur encontre en mettant l'accent sur le fait que les runes utilisées dans leurs logos ont des siècles et appartiennent à leur histoire, non à celle des néo-nazis. Après tout, pourquoi renier certains symboles traditionnels qui nous sont chers, pour la seule raison qu'ils ont étés détournés de leur sens premier par des personnes mal intentionnées ?
Les membres de
Svartsot, qui ont tenu à publier un communiqué préventif disant que leur musique ne pouvait être associée à aucun idéal politique ou religieux, précisent « Pour le moment, nous n'avons eu aucun souci avec les mouvements d'extrême droite, mais le fait de chanter en Danois des textes sur l'histoire du Danemark peut facilement être interprété comme du Nationalisme et nous voulons éviter ça ». On notera aussi l'inscription « No nazi stuff here » (pas de choses nazies ici) qui figure sur les pochettes des albums de
Skyforger, ainsi que les souhaits de musiciens comme
Cruachan, Manegarm ou
Summoning d'être discossiés des milieux néo-nazis ...
Or donc, quand on parle des dérives nationalistes, il est très important de distinguer le pagan metal du folk metal qui, étant bien plus diversifié idéologiquement – du néo-paganisme au judaïsme -, est un milieu évidemment plus ouvert et tolérant. Mais comme dirait-on : l'exception confirme la règle, et mieux vaut ne pas trop généraliser !
Nous espérons que ce dossier aura apporté un certain nombre de réponses à vos questions, et dans le cas où il en aurait soulevé d'autres, n'hésitez pas à nous contacter !
Le Traître et Ouraz..