Petit tour d'horizon sur les contacts entre les scènes metal et punk, similitudes, différences...Qui sont les acteurs qui ont construit ces genres ? Que penser de l'apparition du black, par rapport à ce que fut la révolution punk en 1977?Une histoire commune et mouvementée
Si l'on comparait l'histoire de ces mouvements à une grossesse, alors que le heavy metal pousse ses premiers cris, le punk donne des coups de pieds dans le ventre de sa mère, mais situons d'abord le contexte.Nous sommes à la fin des années soixantes, les
Stones,
Jimi Hendrix,
The Who et les naissants
Led Zeppelin sont parmis les groupes les plus influents.L'heure est au psychédélisme, au LSD et à la culture hippie. Il est question de changer le monde avec des fleurs, d'éveiller son troisième oeil...Autant dire que parler de choses angoissantes, de désespoir et de rage n'est pas dans l'air du temps.Et pourtant, cette année là quelques groupes parmi les plus réjouissants de l'histoire du rock et de la musique en général vont jeter les bases de deux genres qui vont marquer de manière définitive la musique et la culture populaire.Le métal est sorti de l'utérus maternel, et le punk, s'il a commencé à bouger avant, n'est pas encore né.
Les protopunks et les débuts du métal
Les flamboyants
Stooges,quator américain de Detroit menés par le charismatique et allumé Iggy Pop, sont considérés comme les parrains du punk. Guitares bruyantes, destroy attitude au dernier degré, violence sonore...La sauce est envoyée méchamment, et l'année de la mort de Brian Jones (cette fameuse année 1969) sort
The Stooges, premier album, produit par un certain
John Cale qui officiera aussi au sein du
Velvet Underground.
Il faut mentionner aussi
MC5, états uniens eux aussi, de Detroit également, révolutionnaires et camés jusqu'à la moelle, distribuent des riffs aussi violents qu'un avion lançant un tapis de bombes, brutal et jouissif également.La presse local assimile leurs concerts à des catastrophes naturelles, et en écoutant le fameux Kick Out The Jams on se rend bien compte de la puissance de leur musiques.
Bien qu'actuellement considérés plus comme précurseurs de la vague punk que du mouvement métal, il convient de rappeler que leur influence s'applique à ces deux scènes, la violence et la structure de leurs compositions les rapprochant du métal.Il faut surtout ne pas classifier à l'extrême la musique des sixties, le terme "rock'n roll" désignant des choses aussi diverses que le mur sonore des affreux cités précédemment, le blues rock "érotisant" d'Hendrix, les chansons pop des Kinks et les délires psyché-jazz de Pink Floyd. Ce qu'il y a à retenir, c'est que ce côté négatif est un vrai changement dans le paysage artistique de la fin des années soixante. Jouer fort et méchant, c'est un vrai défi à cette époque, et bientôt les américains de Detroit ne seront plus les seuls à sortir les "freaks" de leurs délires pacifico-utopistes...
Metalhardrock
En effet, toujours en 1969, deux groupes vont jeter les bases du hard rock, et l'un se fendra même d'inventer le heavy metal, rien que ça...
Tout début 1969,
Led Zeppelin sort son premier opus, mélange de tout ce qui se faisait dans le rock, ou presque, à cette époque là.Mais loin d'être de simple plagiaire du
Zeitgeist de cette année, la bande à Jimmy Page sonne fort sur des compositions blues.Mais alors très très fort, et très très lourd, le hard rock est né.Et il ne tardera pas à se transformer en quelque chose de plus sombre et de plus violent...
Enfin, un quator de Birmingham appelé
Earth se demande pourquoi les gens paient pour voir des films d'horreur, et dans une veine très occulte, se rebaptise
Black Sabbath.En février 1970 sort leur album éponyme, et l'histoire est en marche...Triton, paroles obscures parlant de satanisme et d'un démon à craindre, basse puissante...
Black Sabbath tient là la recette de son son.
On voit donc que le punk, esquissé dans la seconde moitié des années soixantes, n'est pas encore né.Le métal, lui, a déjà commencé sa vie. Durant les années qui suivent, chaque genre va se définir plus sérieusement, poser ses jalons particuliers.
1970-1976: essor du métal et naissance du punk, les genres s'éloignent
Durant ces six années, les ténors du genre (
Led Zep et
Black Sabbath) secondés par d'autres groupes non moins puissants, vont populariser le metal. Des albums tels que
Stairway to Heaven ou
Paranoid sont considérés comme des chefs d'oeuvres dans ce genre heavy. D'autres, comme
Deep Purple ou surtout
Queen, seront plus diversifiés, oscillant entre pop-rock et heavy metal, mais toujours avec beaucoup d'inventivité.Les shows se font plus gigantesques, la virtuosité est de mise, le ton se fait parfois hautain.Surtout, la drogue est pour certains groupes parfois omniprésente.
La drogue sera d'ailleurs l'une des raisons du naufrage des Stooges dans ces années là. Après que la Fun House (la mythique salle de répètition et d'enregistrement du groupe) soit détruite pour laisser la place à une sortie d'autoroute, Iggy, ainsi que les autres membres du groupe, se came à mort.Heureusement, il fait la rencontre de Bowie, qui l'aidera à sortir l'ultime album Raw Power (avec un mixage dudit sieur Bowie, mixage considéré comme désastreux selon certains fans) qui sera le chant du cygne des Stooges. La dernière performance enregistrée, Metallic KO (eh eh...) est un concert punk dans toute sa splendeur: son cradingue, public véhément et hostile, canettes de bières qui s'écrasent contre les instruments...
Quant à MC5, après une valse des bassistes, la formation se sépare défnitivement dans la nuit du 31 décembre 1972.Le punk est il proche de sa fin? Non, car
The New York Dolls,
Patti Smith et
Television prépare la revanche, talonnés par les
Ramones, et dans la perfide Albion un groupe de rock sonnant très cru, les
101ers, menés par un certain
Joe Strummer, écume pubs et squatts...
Alors que les groupes heavy metal sont au fait de leur puissance, prenant parfois des distances dangereusement grandes avec le monde réel, le punk se prépare...
Explosion punk, conséquences, épilogue
A la fin de l'année 1975, un groupe de voyous gravitant autour de la boutique Sex de Malcolm Mc Laren, prend le nom de
Sex Pistols: le punk est véritablement lancé. Provoquant le chaos autour d'eux, en compagnie d'autres combos comme
Clash,
The Ramones et d'autres, ils vont mettre à bas les critères exigeant du rock de l'époque: morgue, virtuosité, délires mégalos...Et changer la face de la musique: maintenant tout le monde peut jouer.C'est un vrai changement, un réel bol d'air, et surtout, un grand changement: il s'agit de la première révolution musicale exclusivement blanche.Le blues est maintenant assez loin, les préoccupations sont celles des prolos anglais.
Un combo explosif nommé
Motorhead et conduit par
Lemmy Kilmister, ex roadie d'Hendrix marquera bien les liens entre les deux genres.C'est lui qui a appris à Sid Vicious à jouer de la basse, c'est sa voix rocailleuse qui marquera tant de vocaliste de metal extrême, c'est sa musique speedée qui posera les jalons du thrash et du speed metal.Surtout, le public est à la foix celui des chevelus bardés de cuirs originaire du milieu hard/heavy et les punks crêtés avec leurs jeans déchirés.En quelques albums, il permet au metal de suivre le punk et de ne pas s'y opposer, de l'accepter et de ne pas se cacher dans sa tour d'ivoire.
Cependant, piégés par leur naïvetés et victimes de la mode, les punks ne survivront pas longtemps en haut de l'affiche.En 1979 les Pistols sont finis, et sept ans plus tard Clash s'enterre définitivement après une fin de carrière discutable.L'onde de choc est néanmoins considérable, et salutaire: en
1980 Black Sabbath sort d'une crise difficile et
Led Zeppelin vient de perdre Bonham, son batteur prodige.Le metal reprendra d'ailleurs son souffle avec la New Wave Of British Heavy Metal, qui viendra après le punk faire bouger le public underground.
Du Thrash à aujourd'hui
Dans les années
1980, le punk semble donc fini: tous les grands groupes sont au bord de la rupture ou se répètent, s'ils n'ont pas déjà splittés.Même l'inusable Iggy, qui était revenu d'un silence quelque peu lié à une chute dans la drogue, louche plus du côté crooner que du punk. Cependant si le punk en tant que tel semble mort, son influence va continuer à se faire sentir.
Aux USA, certains radicalisent la violence du punk: c'est la naissance du hard core, qui, avec entre autres des groupes tels que
Bad Brains ou
Agnostic Front, influencera le metal de manière importante (
Between the Buried And Me,
Killswitch Engage et
Black Bomb A notamment).
Mais surtout, c'est sur la côte ouest des Etats Unis, que les répercussions du punk vont se faire sentir durablement sur le monde du metal.En effet, influencés par la NWOBH mais aussi, selon les groupes, par
The Misfits (pour
Metallica) ou les
Sex Pistols (pour
Megadeth), donc par des groupes punk, de nombreux combos jouent un metal plus radical, avec un chant très rauque, des compos plus rapides que le heavy metal traditionnel.Et, alors que pour la New Wave Of British Heavy Metal, les rapports étaient présents mais secondaires, là la filiation est directe: le metal s'inspire du punk en droite ligne.
Cette fois les groupes de metal sont engagés et leurs chansons plus politiques (notamment
Sepultura) ou plus proche d'une provocation crade et malsaine que le côté flamboyant qu'on trouvait dans l'attitude de
Jimmy Page lorsqu'il s'habillait en officier SS pour aller sur scène.
Les groupes thrash vont sortir de très bons albums en évitant la surenchère du glam metal, restant dans une musique violente plutôt que de sombrer dans le ridicule.Et si au début des années 90 le genre s'essouffle, dans la foulée la vague fusion (avec par exemple
Faith No More,
Rage Against The Machine et pour l'hexagone
Lofofora et
No One Is Innocent) remélange metal, punk, rock et parfois d'autres choses, relançant l'ensemble de la musique heavy metal et le genre en général.Il faut aussi souligner la voie choisie par de nombreux groupes norvégiens à la fin des années
1980, avec le black metal, mais je reviendrai là dessus.
Bien que, à de rares exceptions près, ce soit aujourd'hui le metal qui construit des ponts vers le punk, les relations entre les deux sous genres sont toujours vivaces.Le hard core est considéré comme faisant partie du metal, et surtout de nombreux musiciens perpétuent aujourd'hui l'énergie et la flamme originelle du punk.Bien souvent, cet esprit, cette volonté d'aller à contre courant, de repousser les limites a redonné au metal la crédibilité qui aurait pu lui faire défaut, comme le punk a sorti le rock de l'ornière dans laquelle il commençait à s'embourber à la fin des années 1970.
Comparaisons des deux genres
Afin d'apprécier pleinement le punk ou le metal, ou les deux, et de s'ouvrir à l'autre genre, quelques repères:
Points communs
Le punk, comme le metal, utilise de manière quasi obligatoire la distorsion, et le chant est souvent aggressif dans les deux genres. Le volume est fort.
La provocation est très dans les deux genres très prisée, voire l'affiche d'
Iron Maiden avec le cadavre d'une femme ressemblant à Margaret Thatcher.Dans ce registre provocateur, citons également la présence récurrente et généralement détournée de symboles nazis.
Les deux genres sont considérés comme "underground" et à de rares exceptions près, peu représentés dans les médias. On considère qu'ils appartiennent à la nébuleuse des mouvements musicaux underground.
Enfin, les punks sont très souvents engagés politiquement, ce qui est le cas de nombreux musiciens de metal (Tom Morello,
Serj Tankian...)
Différences
Il faut aussi parler des différences entre les deux genres.Tout d'abord dans les thèmes: le punk est ancré dans le présent, tandis que le metal parle très souvent de thèmes fantastiques ou épiques.
Les metalleux sont généralement plus techniques que les punks, et maitrisent mieux leurs instruments.Les solos, très présents en metal, sont rares pour le punk.
Le Black Metal, le punk du metal?
A la fin des années 80, en Scandinavie, de nombreux groupes influencés par
Venom et
Motorhead, jouent une musique plus violente en réaction aux groupes de Death US, considérés comme commerciaux.Le Black Metal est né, et sera représenté par des groupes comme
Bathory,
Mayhem,
Immortal...
On peut comparer cela avec l'explosion du punk. Pourquoi? D'abord,bien sûr, à cause des références, qui font sérieusement penser au punk.Ensuite à cause du son: sale, glauque, négatif, en écoutant l'album
Macadam Massacre des
Béruriers Noirs, un peu antérieur au black metal, a le même son crade et froid.
Surtout à cause des raisons du mouvement black metal: rejeter les dérives commerciales de la musique, revenir aux racines et à l'essentiel.On trouve aussi la volonté de rester underground, de ne pas se laisser embarquer dans le système...
Enfin, il y a aussi les répercussions dans le monde du metal: les limites de l'extrême furent repoussées, et le black et ses dérivées enrichiront autant la scène metal que le punk l'avait fait pour le rock.
Le black metal, tout comme le punk, a ramené la musique à quelque chose de plus efficace, mais surtout à un meilleur contact avec le public.Ouvrant la voie à de nouvelles directions musicales, à de nouveaux groupes, à une nouvelle créativité, loin de la répétition
ad nauseam qui frappe parfois certains groupes lorsqu'ils ont atteint la notoriété et le succès.