Blue Öyster Cult fait parti de ces groupes qui ont eu une très nette influence dans le monde du metal mais qui paradoxalement fait parti des oubliés aujourd'hui par la jeune génération. Pourtant, BÖC est toujours debout et continue de tourner.
Il faut retourner en 1967 pour retrouver les origines du groupes, quand les journalistes rock
Sandy Pearlman et
Richard Meltzer rencontrent le jeune guitariste
Donald Roeser, qui avait déjà fondé un groupe avec
Albert Bouchard par le passé. Pearlman arrive à convaincre Roeser de faire un nouveau groupe avec Bouchard et un nouveau venu du nom d'
Allen Lanier à la guitare et aux claviers. Le groupe s'appelle alors
Soft White Underbelly, une idée (farfelue) de Pearlman. Le premier chanteur à rejoindre la formation est
Les Braustein, mais ce dernier quittera le groupe l'année suivante, remplacé par
Eric Bloom recruté sur audition. Ce dernier fréquentait l'underground New-yorkais et avait des accointances avec les Hells Angels. A présent, le groupe s'appelle
Stalk Forrest Group et non content d'avoir trouvé ce nouveau nom, Pearlman suggère également que les membres se choisissent un pseudo. Seul Roeser trouve l'idée intéressante et optera pour
Buck Dharma. En 1970,
Joe Bouchard, frère d'Albert, rejoins les rangs pour remplacer le démissionnaire
Andy Winters et le groupe change une nouvelle fois de nom, pour
Blue Öyster Cult cette fois-ci, nom énigmatique qui fait limite secte et dont l'emblème est une croix étrange, inspiré du symbole astral de Saturne, mais dont la boucle est repliée, comme un point d'interrogation retourné. Du coup, les paroles des chansons tourneront autour de l'étrange, de la science-fiction et du mystère, la musique sera à l'avenant. Pearlman, Bloom et Richard Meltzer étaient passionnés d'occultisme et ne seraient pas étrangers à cette tendance. Notons également que le symbôle de Saturne est également celui du Capricorne, signe astral de Bloom qui décidément prend de plus en plus d'importance au sein du BÖC.
Si le premier album est lourd, ce qui vaudra au groupe d'être taxé de "
Black Sabbath américain", il dégage déjà une certaine imagerie énigmatique : pochette blanche, le croix du Cult, un ensemble de ce qui ressemble à une multitude de pièces, ou plutôt de vestibules fermés par des portes, sous une nuit étoilée. Déjà, le groupe se fend de classiques, les énormes Cities On Flame With Rock And Roll et Working Of The Telescopes, complètement barrés. Ce que l'on peut considéré comme un groupe préfabriqué ayant eu un coup de chance réitère l'exploit l'année suivante, 1973, avec
Tyranny And Mutation.
Mais c'est surtout [[Secret Treaties en 1974 qui consacrera complètement le groupe. Déjà, les comparaisons avec
Black Sabbath n'ont plus lieu d'être, BÖC se montre beaucoup plus fin dans la conception des morceaux, plus varié et sonne nettement moins heavy. La pochette de cet album, représentant le groupe devant un avion de chasse allemand flanqué du logo du BÖC (référence à la chanson ME 282), fera scandale. Un journaliste pas très futé taxera le groupe de néo nazi Pas mal, certains des membres sont juifs. Le même topo arrivera également à
KIss d'ailleurs. Ce disque est imparable, un classique du hard rock, avec des titres comme Carrer Of Evil ou l'excellentissime Astronomy. Le groupe jouait également sur l'ambivalence du bien et du mal avec l'ange blanc (Roeser) et l'ange noir (Bloom).
Patti Smith, qui était alors la compagne de Lanier, commencera par s'impliquer dans l'écriture des morceaux.
En 1975, le groupe, qui était réputé être une sacré machine de guerre sur scène, enregistre un album live, un des classiques des années 70,
On Your Feet Or On Your Knees.
En 1976, les fans du groupe assistent à une certaine mutation. Le son du groupe s'assagit quelque peu et les morceaux les plus puissants ne sont pas forcément les plus valeureux. Au contraire, c'est une ballade qui assurera à
Blue Öyster Cult un statut particulier. Don't Fear The Reaper est une chanson qui fera le tour du monde et qui explosera les charts. Nombreux seront les groupes à la reprendre, les films à l'utiliser, les écrivains à s'en inspirer (cf King dans le Fléau). Mais l'album est riche et s'il y a une comparaison, on peut la trouver avec
Queen pour la variété du propos sans aller aux mêmes extrêmes. Cependant, BÖC reste un combo qui demande plusieurs écoutes en général pour être apprécié, ce qui ne sera pas le cas de l'album
Spectres, bien plus facile d'accès car fortement teinté de sonorités plus FM. Deux autres classiques sont à noter : Godzilla et Nosferatu. L'album
Mirrors en 1978 n'aura pas le même succès, malgré l'implication de l'écrivain barré Michael Moorcock (également connu pour son travail avec
Hawkwind). Ce dernier se rappellera : "Eric (Bloom) est venu me voir à New York et m'a demandé d'écrire pour le groupe. Je connais bien Eric maintenant, mais je n'ai que quelques rapports avec le reste du groupe"*. Version confirmée par Bloom : "J'étais un fan des livres de Moorcock et je lui ai écrit une lettre de fan. Il m'a répondu qu'il était fan de notre musique et on est devenu amis. Un jour qu'il était en visite à New York pour business, on s'est rencontré et il a commencé à travailler sur mes paroles. Il en était sorti trois chansons..."*
En
1980, le groupe fait appel à
Martin Birch à la production (
Deep Purple,
Rainbow...) et le son se durcit considérablement. Entre hard rock psychédélique (Black Sword, avec les paroles signées Michael Moorcock en référence à l'épée démoniaque Stormbringer) et heavy metal torturé (le frapadingue Monsters) et affublé d'une pochette à la fois disgracieuse et complètement fun,
Cultosaurus Erectus est à la fois une réussite artistique et commerciale. En 1981 est publié l'excellent
Fire Of Unknow Origin, toujours produit par Birch. Moorcock est à nouveau présent sur le titre Veteran Of The Psychic Wars, qui figurera en bonne place sur le film
Metal Hurlant. L'album est plus heavy que Cultosaurus, mais il s'agit là d'un nouveau classique. En 1982 parait alors le live
Extraterrestrial Live, absolument essentiel. Moorcock saura également exploiter sa participation avec le Cult. Le dernier tome d'Erekosë, le Dragon de l'Epée, fait référence aux guerres psychiques.
Mais plus dure est la chute... En 1983,
The Revolution By Night ne convainc pas tout à fait les fans, pas plus que
Club Ninja en 1985 qui lui est un album plutôt râté. Le groupe vire un peu plus FM et de désolidarise complètement. En 1988,
Imaginos, malgré ses qualités, est accueilli fraîchement par la presse et les fans. Dur dur.
Le groupe sera alors éternellement en tournée, sortant des compilations de qualité diverses,puis en 1998,
Heaven Forbid sort de nul part etle groupe bénéficie d'une nouvelle jeunesse. S'il n'a plus la verve heavy d'en temps, le groupe sait toujours composer de bonnes chansons. En 2001,
The Curse Of The Hidden Mirror sort à son tour et
Blue Öyster Cult part à nouveau dans ses tournées perpétuelles.
A Long Day's Night, le dernier enregistrement live (trop court) du groupe date de 2002. Mais le groupe est toujours en vie, toujours sur scène. Mais faudrait penser à un nouvel album...
* Propos recueillis par Zarozinia, un grand merci pour son aide des plus appréciables.