Innuendo, c'est un peu un testament, une oeuvre à la fois puissante et poignante, témoignage d'une carrière au service du rock et du hard rock bien remplie. De nombreux albums bien référencés, des classiques à la pelle,
Queen aura commis peu de faux pas. Un passage difficile au début des années 80 où des sirènes montrèrent une voie plus commerciale au groupe, une résurrection presque inespérée... puis
The Miracle en 1989, et son cortège de rumeurs concernant l'état de santé de
Freddie Mercury, charismatique chanteur de la Reine.
Des murmures qui prennent de l'importance et qui deviennent affolants quand sort le premier single de l'album, le morceau-titre, accompagné par un clip dans lequel les membres de Queen n'apparaissent pas. Quant au titre en lui-même, il est étonnant. Une longue composition lourde, aux paroles intelligemment politiques. Mercury semble désabusé dans sa manière de chanter, il déclame, expose les faits. Et surtout, il y a ces deux soli sublimes. Le premier, acoustique, est un flamenco délicat tandis que le second, qui arrive un peu plus tard, est une explosion : il reprend le thème flamenco en version électrique pour un rendu apocalyptique. Certains voient en Innuendo (la chanson) une réponse à Bohemian Rhapsody. Sans aller jusque là (bien moins théâtrale dans sa conception), il s'agit d'une oeuvre épique et grandiose.
Bien vite, les rumeurs sont confirmées : Freddie Mercury souffre du SIDA et le voir dans le clip de I'm Going Slighty Mad est douloureux tant il est amaigri, le visage recouvert d'une épaisse couche de maquillage. Et on écoute l'album autrement. On aurait pu s'attendre à un disque sombre, larmoyant. Ce n'est pas franchement le cas. Mercury nous dit au revoir, mais il ne donne pas de leçons; Il assume ses excès et livre une prestation vocale pure, courageux dans son agonie.
Aussi, on reste scotché face à la puissance de certains passages (le trépidant Headlong, les plus secs I Can't Live With You et The Hitman), on est surpris par les sonorités utilisées par le groupe (comme un gospel avec All God's People, un travail important de percussions sur These Are The Days In Our Lives). Queen ne cède pas à la facilité en signant un album formaté, prévisible. Il aurait été si simple de se laisser aller aux morceaux éplorés, gorgés d'une tristesse larmoyante.
Innuendo n'est pas un album qui sent les larmes. De la pochette signée Grandville (dessinateur Français du XIXème siècle) non dénuée d'humour au contenu en lui-même, il est difficile de croire qu'il s'agit d'un testament. Certes, il y a The Show Must Go One, propulsé aux sommets des charts, dont les paroles sont très équivoques, où Mercury raconte sa mort non sans une certaine poésie. Mais ce n'est pas une oeuvre en noir. Ce n'était pas du tempérament du chanteur qui jusqu'à la fin, miné par une pneumonie, était resté derrière le micro. Il s'éteindra le 24 novembre 1991. Ironiquement, la presse qui n'aura eu de cesse à détruire Queen mettra le combo sur un piédestal. Et le groupe jouira d'une renommée internationale méritée, mais en définitive, bien artificielle.
De ce disque, il convient de retenir le fait qu'il soit bon, pas qu'il s'agisse du dernier du vivant de Freddie Mercury. Il n'aurait pas aimé qu'on le voit ainsi. Sans être une ode à la vie, ce n'est pas une apologie d'une auto-destruction assumée. Et quand on se retrouve devant une telle qualité, on peut se dire que c'est injuste.