Rarement
Queen se sera montré aussi peu prolixe. Certes, il y a eu le projet
Barcelona qui voyait réunis
Freddie Mercury et la soprano
Montserrat Caballé, jugé trop mou pour les amateurs de rock et trop pop pour les amateurs d'opéra. Il y eu aussi
Shove It de
The Cross, le groupe du batteur
Roger Taylor. Mais pas de quoi faire sauter de joie les fans de Queen qui attendaient (presque) désespérément un nouvel album de la Reine.
Aussi, il y a des singles qui font plaisir. Retrouver le groupe à la télé, ça permet de se faire une idée de l'orientation générale du nouvel album. Et une chose semble certaine : Queen n'a pas perdu de son mordant. Si l'on se base sur les quatre singles les plus connus de The Miracle, il y a de quoi avoir la tête qui tourne.
Prenons par exemple I Want It All dont la version single avait servi de bande son à une pub pour Seat (on ne récolte pas toujours ce que l'on mérite). Un titre qui oscille entre rock et passages enflammés où Taylor s'approprie pour la première fois la double grosse caisse. Gorgé de feeling, on reconnait sans peine la patte de
Brian May qui livre là une composition racée et dangereuse, donc l'explosion liée au solo est absolument jouissive. Peut-être bien l'un des solos les plus mémorables de Queen. Bref, le groupe a ici un son plus pur que sur
A Kind Of Magic.
Puis on peut se poser des questions quant à l'allumé The Invisible Man et son côté Ghostbuster déjanté. Petit frère spirituel du hit I Want To Break Free, on reconnait la signature du bassiste
John Deacon assez aisément. On se retrouve ici avec la tradition des singles sautillants et légers qu'affectionnent les membres de Queen et on avance en terrain connu.
Il y a de l'étonnement avec l'intrigante chanson-titre, ses hésitations entre la pop à l'état pure et le rock à l'état pur. Faut-il y voir la présence de Mercury là-derrière ? Possible. Brian May se fend là aussi d'un très bon solo, électrique et puissant. Le discours, désabusé et cynique, tranche avec l'habitude. Le son évolue, les claviers se font moins envahissants et sont moins pénibles que par le passé. Les années 80 vivent leurs derniers battements et leur crépuscule est souvent un signe de mieux pour tous les groupes des '70 ayant eu du mal à les traverser.
Breakthru, lui, évolue dans une veine plus FM. Après une introduction qui laisse présager un clin d'oeil aux '70 justement avec cette approche limite gospel, on se retrouve une fois de plus avec un rythme sautillant, agrémenté d'un refrain facilement mémorisable. Sympathique, de bonne facture, même. Et en définitive , Quatre singles, quatre styles différents. On peut également mentionner un autre extrait, Scandal, véritable pamphlet contre les journalistes de la presse people et qui lui aussi ne semble pas fixer son choix. Queen semble évoluer entre plusieurs eaux. Et elles sont parfois bien troubles.
L'album en lui-même dégage le même sentiment. Ce qui fait de The Miracle un disque très varié, capable de plaire au plus grand nombre. On retrouve des passages hard (Was It All Worth It), des passages festifs (Party), du groovy (Rain must Fall). Peut-être pas très homogène, la qualité n'est pas toujours égale, mais il y a de l'idée. Ce qui surprend, c'est que tous les morceaux sont signés Queen. Depuis Stone Cold Crazy en 1974, c'est une première. Pourtant, on reconnait facilement le style de chacun, à tel point que l'on peut sincèrement se demander s'il s'agit bien du travail d'équipe.
Pour celui qui ne connait pas Queen, The Miracle est une excellente pioche pour découvrir le groupe dans une grande variété de genres abordés. Pas tout à fait à la hauteur des parutions des années 70 cependant. Mais ce qui avait à cette époque le plus surpris résidait dans l'annonce de Queen qu'il n'y aurait pas de tournée de promotion pour soutenir la galette et ce, à la demande express de Freddie Mercury. La rumeur enfle. Il semblerait que le chanteur de la Reine soit très malade...