Le net c'est beau. On devient musicien via myspace, pote desdits musiciens grâce à Tweeter, agent avec facebook, metal critic (omnipotent, le nez dans la coke, du Jack Daniel's dans le café, une groupie sous le bureau et une sur le canapé, c'est bien connu !) avec Metalship, et producteur avec AKA music. Oui, c'est comme My Major Company, on paie, on supporte un groupe, et si ils accèdent à la notorieté on gagne des thunes. Jusque là c'était plutôt le terrain réservé de la chanson française la plus navrante, qui trouve toujours des pécores pour faire émerger eux même un "artiste" encore moins intéressant que ce qu'on peut avoir à la Nouvelle Star. Heureusement, Thulium vient mettre un peu de saturation là dedans.
Un peu, hein, les influences du groupe sont Dave Grohl et
Metallica, pas
Deathspell Omega. Et toujours est-il que le groupe canado-anglo-franco-hongrois, basé à Londres, a réunit suffisamment de gentils contributeurs pour arriver à l'étape single. Si vous vous sentez l'âme d'un mécène et que vous manquez d'idées pour dépenser 25 000 euros, c'est la somme qu'il leur manque pour sortir un album. Moi, je suis plus Lester Bangs que Rick Rubin, alors je dis à Judy de se relever et d'aller rejoindre Tanya sur le sofa, je m'essuie le nez une dernière fois et je vide mon Irish Coffee, parce que c'est là que je rentre en scène. Qu'est-ce qu'il vaut, 69, le premier single de Thulium ?
Et bien il commence fort. Running, première chanson du single rock/metal péchu, est assez jouissif. Les riffs sont acérés comme il faut, miam, du catchy ! Ils ont eu raison de la mettre en avant: c'est assez fort, la basse est grasse, et Boubou, le chanteur, arrive à pousser sa voix, sans sortir du chant clair, mais dans un registre rock énervé qui lui sied comme un gant. On ne s'embête pas: les breaks sont bien amenés et relancent la chanson comme il faut. Cerise sur le gâteau, les choeurs virils des buveurs de bières en question/réponse sur le refrain sont assez énormes. Du très bon pour le moment, donc.
Si les deux autres chansons de 69 valaient Running, alors vous savez ce qu'il faudrait faire de l'héritage de mamie. Bon, je ne vous le cache pas, si Craving est assez sympa, ça n'est pas aussi bien que Running. Toujours rentre dedans, mais malheureusement, le chant pèche parfois lorsqu'il sort de cet aspect rock buriné et burné dans lequel il est excellent. Pourtant, les rythmiques sont toujours aussi bien, mais la voix parfois popisante (dans le sens plat du terme) casse la dynamique de la chanson. C'est dommage, ça ne fusille pas totalement la chanson, mais les parties plus calmes auraient pu être évincés sans manquer, au contraire.
Ce qui est vraiment du gâchis, c'est la ballade, 90 Days Of Sorrow. Ou comment une chanson pourrit un single très prometteur. Là, la voix est totalement dans le travers parfois irritant de Carving: la mièvrerie absolue. Avec un clavier guimauve à souhait, on tient (enfin?) plus niais que "Still Loving You" de Scorpion. Etait-ce pour rameuter un chaland effrayé par la sueur et le wock'n woll que Thulium a produit pareille caricature ? Nul ne le sait. Heureusement, le solo de guitare, génial, sauve la fin de la chanson, et par extension l'ensemble.
Parce que si Running dépotait, si Craving était sympa, 90 Days Of Sorrow est désespérante. Gageons que l'album de Thulium, quand il sortira, tiendra plus de la chanson riffesque et couillue que de la ballade-pour-chopper-d'la-meuf. Parce qu'une ballade naze sur un single, c'est tout de même un tiers du CD qui est mauvais, c'est dommage, surtout quand le reste est bon... Toi Tanya, touche pas à ma coke, ok ?