Behemoth est sur une pente ascendante. Et ce depuis quelques années déjà. Des origines black metal, on ne peut pas dire qu'il reste grand chose et c'est dans une forme très américanisée de death metal que la formation gagne réellement ses lettres de noblesses. Zos Kia Cultus avait déjà frappé un grand coup en gommant de plus en plus de gimmicks issus de la scène black et ce Demigod était forcément attendu au tournant. Ne serait-ce que pour savoir si la bande à
Nergal pouvait encore tenir la route ou si la réussite écoeurante dont
Behemoth faisait preuve jusqu'à présent n'était qu'un pur hasard, ou plus outrageusement, un miracle. Après tout, le fer de lance du death polonais est
Vader et sa suprématie se voit de plus en plus contestée.
Et sans grandes surprises, Demigod enfonce le clou. Le contraire eut été étonnant d'ailleurs. En musique, la chance ne se provoque que rarement, c'est le talent qui prime. Enfin, normalement, avant que les maisons de disques n'en décident autrement avec MTV et consort. Parce que la qualité d'écriture est là, même si l'ensemble lorgne forcément du côté américain,
Morbid Angel et
Nile en tête. Mais il y a pire comme référence et l'important, c'est de savoir comment
Behemoth s'en sort, ce qu'il va exprimer à travers sa musique.
Et il n'y a pas de mystère. On se retrouve face à un death metal sans concession, brutale et ravageur, aux riffs lourds et angoissants. Des ambiances arabisantes viennent s'inviter à l'ensemble pour apporter mélodies et couleurs, traduites en surexposition sur les riffs ou durant des soli bien amenés, souvent introduit par une variation à la guitare, laissant volontairement traîner les choses pour produire un effet maximum.
Alors bien sûr, la batterie est triggée ; le chant de Nergal est exagérément trafiqué, le tout manque de naturel, d'autant plus qu'une production compacte fait ressortir tout cela de façon un peu trop voyante. Mais est-ce réellement un défaut ? L'important concerne avant tout le musique et si les artifices peuvent la rendre plus percutante, plus éloquente, est-ce dans ce cas un mal ? Oui, dans le sens ou reproduire cela en live va poser des difficultés. Non, dans le sens où un album s'apprécie avant tout pour ce qu'il est. Certes, Demigod ne sonne pas forcément de façon très naturelle, mais on ne peut nier qu'ainsi, il dispose de plus d'impact, que sa force de frappe en est décuplée et que ça fait vraiment mal, très mal. Difficile de faire abstraction de
The Nephilim Rising et de sa fin toute en subtilité qui vient trancher agréablement, ni des variations obscure de
The Reign Of Shemsu-Hor, pièce maîtresse de l'album qui délivre un final d'anthologie.
Trouvant son compte dans des mid tempos propices aux accélérations fulgurantes,
Behemoth joue donc la carte de la brutalité sans renier la mélodie pour autant. Même si cette dernière ne saute pas tout de suite aux oreilles, elle reste présente, sous-jacente, pour se déclarer ça et là avec fulgurance, histoire de bien vous sauter à la gorge. La douceur est également ici une forme de violence, sa rareté en fait une arme dangereuse pour l'auditeur qui ne s'attend pas forcément à être happé de la sorte. Une simple ambiance devient enivrante et jubilatoire, car toujours bien amenée.
Il n'est pas étonnant que Demigod soit un des albums les plus connu de Behaemoth. il contient tout ce qui fait le succès du groupe : violence, occultisme, parfois des tendances jusqu'au-boutiste dans le cheminement des performances... De quoi donner matière à, headbanger à un amateur de death et de quoi ravir les fans de black sensibles aux ambiances. Il n'est pas étonnant de voir que le groupe, de par son passé, attire ces deux franges du public metal. Mais quoiqu'il en soit, Demigod est un excellent album, qui s'apprécie de plus en plus au fil des écoutes.