Mine de rien, quand on se penche sur la carrière de Kiss, il y a de quoi avoir le vertige à voir le chiffre des ventes, comptabiliser les disques d'or et de platines reçus, parfois pour des albums qui ne le méritaient pas forcément (
Unmasked, ou encore
Dinasty pour ne citer qu'eux). Mais pour beaucoup, Kiss est un intouchable, un de ces monstres sacrés que l'on ne peut critiquer, à l'image de Johnny Halliday en France. On sait qu'il y a des albums ratés ont vu le jour, mais on trouve toujours le moyen de les sauver. Et on peut aussi élever au rang de classique des albums qui ne le sont pas. Comme ce premier album par exemple.
Kiss voit le jour en 1973, autour des deux têtes pensantes
Gene Simmons et
Paul Stanley, ainsi que de
Peter Criss et
Ace Frehley. Simmons et Stanley voulaient absolument faire de la musique quand ils ont constaté l'attrait qu'elle exerçait sur les femmes lors des concerts des Stones ou des Beatles auxquels ils ont assisté. Une raison comme une autre. Ces deux groupes britanniques sont d'ailleurs au centre de leurs influences, avec le
MC5 pour le côté plus rugueux et sale. Kiss pratique un hard rock'n'roll simple, festif, qui ne cherche pas midi à quatorze heure, respectant le sacro-saint schéma couplet-refrain de base. Mais comme souvent, ce sont les chansons les plus simples qui se montrent le plus efficace. Pour sortir de la masse, Kiss prend exemple sur
Alice Cooper et son maquillage macabre. Mais les New-Yorkais sont plus sensibles à l'imagerie des super héros de chez Marvel. Stanley devient le Fils des Etoiles, Peter Criss le Chat, Ace Frehley le Guerrier de l'Espace et Gene Simmons est le Démon (qui a un sacré ulcère si l'on en croit le sang qu'il vomit sur scène !). Et autre facette du groupe qui parvient à le démarquer des autres, c'est le fait d'officier à deux chanteurs principaux (Simmons au timbre grave et Stanley, à la voix plus aiguë).
Le premier album éponyme débarque donc en 1974, sur un label très jeune,
Casablanca (depuis racheté par
Mercury). La pochette représente nos quatre peinturlurés avec un logo composé de diamants brillants. Musicalement, comme dit plus haut, il s'agit d'un hard rock relativement primaire. Pas de quoi casser quatre pattes à un canard mais certains titres sortent déjà du lot. C'est le cas des énergiques Cold Gin, Deuce et Strutter, sans oublier Black Diamond et son final lent, comme si le disque ne passait pas à la bonne vitesse. Beaucoup de pêche, des refrains rapidement mémorisables comme autant de hymnes. Mais le problème est que tout cela sonne trop confiné, faute à une production étouffante. Et certains titres ont besoin d'être sublimé par la scène. D'ailleurs, quand on les entendra sur le mythique
Alive !, cela paraitra évident. L'ensemble est festif, joyeux, il rempli son office qui est de faire passer un bon moment malgré des passages plus faibles (Nothin' To Lose et son piano, l'instrumentale Love Theme From Kiss qui n'a pas son utilité sur un album).
Ce premier album est agréable sans pour autant casser la baraque. Il sera disque d'or deux ans après sa sortie, signe que ces débuts furent laborieux d'un point de vue commerciale. De quoi passer un bon moment, mais certainement pas un grand album de hard rock.