Trois années seulement après un
Black Rain plus qu’honnête qui avait démontré à tous qu’à presque 60 piges et 40 ans de carrière, le Madman était encore capable d’envoyer du bois et rivaliser avec les jeunes groupes de cette première décennie du 21ème siécle,
Ozzy remet le couvert avec de nouveaux musiciens et 11 titres d’un Heavy dans la pure tradition des productions du Prince des Ténèbres.
Enfin presque, car si
Scream ne perturbera pas les fans par son lot de chansons Made In USA limite FM, ses slows un peu guimauve et ses morceaux que l’on sent spécialement calibrés pour la scène et faire s’égosiller le fan pour la tournée mondiale qui s’annonce (
Let Me Hear You Scream en tête) ce qui marque cet opus 2010 c’est une certaine noirceur et une coloration très Heavy marquée par des parties instrumentales qui ne dépailleraient pas dans un album d’Indus ou de Nu Métal.
Arrangements dissonants et grosse dose de saturation survitaminée, les titres les plus évidents côtoient les bizarreries sonores glauques et jouissives auquelles le Madman nous avait peu habitué.
Si les aficionados (dont je fais partie) de
Zakk Wylde avaient quelques craintes quand à l’arrivée du guitariste de
Firewind,
Gus G, qu’ils se rassurent, l’écoute des titres de nouvel opus nous étonne par la facilité avec lequel le virtuose grec aura su se glisser dans le moule de la machine
Osbourne en réussissant à imposer sa personnalité tout en respectant l’héritage de ses illustres ainés. Si certains titres auraient pu être joués par le leader de
Black Label Society sans que le commun des mortels ne fassent la différence (
Let It Die et
Life Won’t Wait), la touche
Gus G est indiscutablement présente sur ce disque et ses parties de guitares, autant rythmiques que solo, tout bonnement énormes.
Scream fera indéniablement plaisir au fan d’
Ozzy en lui proposant 50 minutes de gros son produit à l’américaine. Et la recette, pourtant mainte fois répétée ces 30 dernières années, fonctionne à merveille preuve que la grosse « business machine » de l’une des dernières légendes du Métal encore vivante reste d’une efficacité redoutable. Merci Sharon.
Malheureusement si l’enthousiasme est là et certains titres excellents (
Soul Sucker,
Diggin’ Me Down,
Crucify, le sirupeux
Life Won't Wait, le court et surprenant
I Love You All), c’est sur la longueur que
Scream nous pose un problème. Qu’il est dommage, alors que les arrangements cartonnent et qu’ils contiennent de vrais moments de bestialité Rock N’ Roll, qu’un
Latimer's Mercy et ses dissonances de bon goût ou encore un
Fearless au chant peu inspiré sonne si facile et déjà entendu.
Indéniablement, les musiciens assurent et
Ozzy prend son pied. Mais nos oreilles ne pourront s’empêcher de tiquer sur les titres remplissages plombant cet album qui globalement reste tout de même une bien meilleure cuvée qu’un
Down To Earth qui avait bien mal auguré ce début de décennie pour le Madman.
Il serait en tout cas bien malhonnête de notre part de dire que Scream est un mauvais album. Il n’est certes pas du niveau d'un
No More Tears mais contient suffisamment de bonnes choses pour en faire un album plaisant : musiciens d’exception –
Gus G en tête, des titres excellents qui feront mouche sur scène, la dernière production d’Ozzy satisfera les fans purs et durs qui achèteront cet album les yeux fermés.
Et qu'il est réconfortant, alors que les icônes du Métal semblent maudites après les décès consécutifs de
Peter Steele,
Dio et
Paul Gray, de se dire que nos illustres ainés savent encore faire du Rock N' Roll, la passion intacte, l'œil vif et pétillant malgré les excès et le temps qui passe.
1970-2010.
40 ans de carrière plus tard, Ozzy est encore là.
Et rien que de l'écrire, cela nous fait du bien.