Du lourd, du très lourd!
Après avoir étonné plus d'un auditeur avec un Futile très intéressant, il devenait urgent que les finlandais de Rapture confirment tout le potentiel qui pesait alors sur leurs épaules. C'est donc trois années plus tard que paraît ce Songs for the Withering, toujours via Spikefarm. Le label scandinave a semble-t-il eu une fois de plus le nez creux, comme le montre la belle réussite qu'est ce second album.
Si quelques nouveautés pointent le bout de leur nez, Rapture reste globalement fidèle à lui-même. Un Doom-Death Mélancolique, des passages Gothiques et un visuel minimaliste sont en effet une nouvelle fois au programme ici. Seulement, et comme vu plus haut, les finlandais ont visiblement mûri et n'ont pas hésité à se risquer sur une pente pas toujours aisée, l'ajout de chant clair.
En général, le style ne se prête guère à un tel apport, rendant le tout sur-joué voire naïf. Or là, on est bien loin du désastre auquel on aurait pu s'attendre... Petri Eskelinen possède en effet une voix très crédible, en parfaite harmonie avec les compositions de Songs for the Withering. Il n'y a qu'à s'envoyer "Two Dead Names" ou "Transfixion (...For the Butterflies of Joy)" pour en sortir convaincu!
On reconnaîtra de plus que Rapture a poussé encore plus loin ses mélodies, peaufinant de ce fait ses ambiances qui n'étaient alors que finement perceptibles trois ans plus tôt. Chaque morceau révèle des riffs accrocheurs, une basse présente et lourde, des claviers discrets mais présents, et surtout cet opus jouit d'une cohérence intéressante: les titres se succèdent sans réellement se ressembler, chacun explorant une voie différente en conservant toutefois un fil conducteur.
Comme il fallait s'en douter,la production dantesque de cet opus rend le son lourd, limite oppressant. L'effet est garanti, la mélancolie est omniprésente, relayée tour à tour par ces guitaristes-orfèvres ("Raintracks", "Enveloped") et ce chant clair définitivement excellent ("The Vast"). Par chance, les growls sont toujours de la partie et n'hésitent pas à se faire entendre et à appuyer ce côté torturé si finement retranscrit.
Mais alors cet album serait-ce LE disque du siècle? S'il est indéniable que nous avons affaire à un opus très bon, ce ne sera malheureusement pas le cas, la faute à une fin d'album qui a tendance à tourner en rond ("The Great Distance"). Car même si l'interlude "Farewell" s'avère être intéressante, elle a du mal à prendre aux tripes comme le ferait un "Completion" sur Silent Stage...
Quoiqu'il en soit, Rapture confirme avec brio ses (grandes) qualités et tout son potentiel!
Au final, le Rapture 2002 est un très bon cru qu'il serait dommage de rater. En ayant pousser plus loin leurs expérimentations mélodiques et leurs atmosphères, les finlandais ont réalisé là un travail stupéfiant et vraiment prenant, que l'apport de chant clair (ô combien maîtrisé et réussi!) vient couronner avec classe.
La recette Rapture a semble-t-il tout pour plaire, or cette formation souffre d'un manque de reconnaissance dans nos contrées. Si vous êtes parvenus à lire cette chronique jusque-là, il est grand temps pour vous de jeter une oreille sur "Nameless" ou "Transfixion (...For the Butterflies of Joy)"!