Quelque chose de rare, pour un chroniqueur, c'est d'être vraiment surpris. En mal, ça arrive rarement (on ne passe pas d'un bijou à une sombre bouse comme ça, il y a une pente glissante), en bien, ça arrive encore moins souvent. Eh bien avec Yuck, on est surpris en bien, en très bien même.
Ce groupe normand aurait pu se contenter de donner dans un metal sludge/stoner crado avec des influences grunge, ou dans du punk black qui en aurait appeler aux mânes de
Venom ou de
Darkthrone. Et bien non. Les deux se mélangent, et ce sont les influences les plus flagrantes, rajoutez un soupçon de Led Zep, une fibre heavy sous-tendant le tout, de la sueur et du rock et vous aurez ce que donne Yuck. Quelque chose de pas classable, qui ne rentre pas dans une boîte. S'il fallait donner un nom à tout cela, ce serait sans doute du metal'n roll (les affreux disent d'ailleurs faire du "metal'n roooooooooooll") mais on est plus proche de la moiteur sudiste de Phazm que des riffs de
Satyricon.
Oui, parce que ça sent plus le whisky que la vodka. Il se dégage de ce "Do It Yourself" une ambiance poisseuse, un son crade et glauque, plus que froid. Le son est massif et pesant: sur la piste "Mine is Bigger", l'auditeur a l'impression qu'il risque de se faire écraser par un éléphant ivre. Les riffs de guitare ressemblent à un blackeux qui jouerait avec la gratte d'Hendrix (ou Hendrix jouant une partoche de black, si vous préférez): le son est plus rock/stoner que metal, mais sur des compositions résolument black par instant, comme par exemple Denying The Three. La basse, elle aussi, est dans ce délire là: un son vintage pour un jeu tout ce qu'il y a de plus démoniaque. Jérémie Augé, par contre, donne plus dans une voix grasse que ne renierait sans doute pas
Cathedral, avec quelques aigus typiques du black.
Alors, bien entendu, c'est plus du direct que du subtil. Assez brut de décoffrage, Do It Yourself se laisse apprivoiser assez vite. L'album est assez punk et crade. Et au fil des écoutes, on a tout saisi, l'effet de surprise est terminé. Il ne reste qu'une seule chose à faire, headbanguer avec plaisir.