L’éclosion de la scène Heavy/Speed germanique se sera avérée être, jusqu’alors, l’une des plus créative et inspiratrice. De ce formidable vivier d’où s’exprimeront superbement, parfois, les groupes les plus influents, régis par les obligatoires poncifs teutons d’un temple dont certains musiciens aux idées bien trop formatés se feront les gardiens les plus austères et les plus acharnées, l’école germanique nous offrira, avec
Blind Guardian, la
quintessence la plus emblématique de ce qu’elle peut-être. S’appuyant pourtant sur les valeurs les plus singulières de cette scène, tel que cette rigueur métronomique de rythmes enlevés, caractérisé par la double croche de double grosse-caisse qui devient alors un exercice de style quasi indispensable, ou encore tel que les rugissements âpres, et non moins superbes, d’une voix très belliqueuse, mais aussi tel que cet accent mis sur les riffs de guitares, Hansi Kursch et les siens auront su sublimés leurs talents, dépassant ainsi leurs sclérosants héritage culturels, pour nous en proposer leur propre vision. Une conception où le souci de composition d’un propos à la musicalité de mélodies fédératrices, de refrains communiants, reste prépondérant.
Et ce
Imaginations from the Other Side, véritablement enfant mature né de ce souci, est une œuvre dans laquelle il est impossible de s’immerger sans en ressentir immédiatement tous les délicieux émois d’une parfaite perfection. Bien vain celui qui voudra, effectivement, tenter d’en extraire quelconques infimes défauts.
S’inscrivant véritablement comme le point culminant de la carrière d’un
Blind Guardian au paroxysme de son talent, cet album constitue l’un des plus aboutis d’un genre. Nul ne saurait réellement décrire pleinement l’exemplarité d’un titre éponyme qui ouvre admirablement cet œuvre. En réalité ce morceau est bien plus qu’un simple préambule, il nous invite divinement, à l’aide de ses constructions savantes, de ses refrains délicieusement mélodiques, de ces chœurs subtilement grandiloquent, de ces voix rugueuses sublimes, de ces rythmes variés et de ces guitares enchanteresses incisives, à pénétrer profondément au cœur de l’univers épique et magnifique de ces allemand. Cette œuvre, sans aucun doute la plus agressive du groupe, sur laquelle la fougue de ces titres rageurs où la vélocité combattive de couplets hargneux laissent place aux mélodies rédemptrices de refrains éminemment réussi, tels que sur I’m Alive, Born in the Mourning Hall ou encore Another Holy War, nous régalent pleinement. D’autres morceaux, élaborés de manière moins directement directe, restent pourtant délectables. Citons tout d’abord
Imaginations from the Other Side, mais aussi un exceptionnel The Script of my Requiem, dont le refrain inaltérable est d’une rare beauté, ou encore un très bon Bright Eyes qui, même s’il est sans aucun doute l’un des titres les moins prompts de ce disque et certainement l’un des plus harmonieux, n’en demeure pas moins très satisfaisant. Ajoutons encore, à la liste de ces pièces inoubliablement éternelles et délicieuses, celles, non moins impérissables et savoureuses, de titres moins « rudes » tel que la douce ritournelle médiévale d’un A Past and Future Secret agréablement savoureux, ou encore d’un Mordred’s Song, mid-tempo aux allures de ballade bien plus classique. Mais que peut bien vouloir dire "classique" pour un groupe aussi talentueux ?
En, à peine, trois albums, Blind Guradian se sera, fort de ces qualités de musiciens d’exceptions, forgé une légende très largement méritoire. Indiscutablement la plus coupable de ce sacre, ce
Imaginations from the Other Side, s’inscrit formidablement dans l’histoire du groupe. Mais bien au-delà, cet album s’inscrit, aussi, dans l’intemporalité d’une histoire plus vaste où son statut d’œuvre culte, tous horizons confondu, est largement justifié.