Chaque nouvelle œuvre de
Blind Guardian est un pas supplémentaire vers une exemplarité évidente. Manquant de peu les éloges ultimes d’une reconnaissance glorieuse et pleinement mérité ; les vertus, à peine entachées, d’un
Tales from the Twilight World marquaient la formidable éclosion d’un groupe aux talents immenses et grandissant. De telle sorte que la délicieuse fébrilité ne pouvait que s’emparer de ceux qui, deux ans plus tard, acceptaient impatiemment cette nouvelle offrande des allemands.
Il n’en fallut pas plus que les prémices délicieusement acoustiques, et délicieusement subtiles, d’un Time What Is Time, avant que n’explose littéralement les exceptionnelles qualités de ce Heavy rageurs composés avec un discernement hors normes et ce, surtout, lorsqu’on connait l’incapacité parfois récurrentes de la scène allemande à proposer d’autres visions que celles éminemment traditionaliste de son Heavy traditionnel, pour rassurer un auditoire crispé. Toujours encore animé de cette volonté éclectique, et "progressive", de nuancer son propos,
Blind Guardian continue, dans l’idéal des fondements forgés sur son œuvre précédente, à composer une musique raffinée. Cette union, au gout d’une agréable plénitude, d’un Heavy agressifs et d’une harmonieuse musicalité plus nuancée, ne peut que satisfaire pleinement nos sens. Sublimés encore par ces refrains évidents, fédérateurs, véritablement réussis et immédiatement communiants, l’œuvre prend ainsi une dimension remarquablement culte. Ce statut, parfaitement mérité, s’exprime incomparablement sur des titres, que dis-je, des hymnes tels que les exceptionnels Time What Is Time, Journey Through The Dark, un excellent Quest For Tannelorn sublime au refrain superbe, Ashes To Ashes ou encore
Somewhere Far Beyond. Dans l’esprit le plus ordinairement " Blind Guardien", ces titres essentiellement vifs et véloces, enchainent aussi des passages aux relents délicieusement mélodiques prononcés. Cet habitude évidente se trouve magnifié par l’utilisation d’instruments inaccoutumés pour le genre tel les cornemuses sur
Somewhere Far Beyond, ou sur son préambule instrumental The Piper’s Calling, mais aussi par certaine composition à l’aspect "épique" souligné par des mélodies particulières, d’inspiration "médiévales" pourrait-on dire, ou, encore une fois, par l’usage d’instruments singuliers tels que sur les airs de The Bard’s Song : In the Forest.
Le seul véritable défaut de cet œuvre est sa longueur. En effet des titres tel que la reprise de
Queen, Spread Your Wings, incroyablement déplacé au milieu de cette atmosphère, quelques peu, plus « épique », ou encore le trop classique Trial by Fire qu’on pourrait imaginer issus de
Follow the Blind et qui, donc, est juste périlleusement anachronique, mais aussi la version classique de Theater of
Pain, déjà préalablement présente, dans une interprétation dont les différences avec la première apparaissent sinon subtiles, tout au moins superflus pour nous l’offrir à nouveau, sont autant de titres assurément inutiles. Ces morceaux, alourdissant une œuvre qui, pourtant, était parfaite, ne sont, heureusement, pas de nature suffisante pour dissiper un plaisir démesuré.
Avec cet opus,
Blind Guardian, confirme son statut de groupe exceptionnel. Véritablement indépendant au sein d’une scène créative germanique, qui l’eut-cru, novatrice, le groupe s’affirme comme l’une de ces icônes les plus emblématiques.