V13 ne joue pas dans la cour de la simplicité. Il n'est pas fade. Il n'est pas soporifique. Ce n'est pas juste une vague. Overlook Hotel porte les prémices d'un futur grand du Rock Expérimental. Il n'y a pas à chercher, le second album des Cannais est sévèrement burné, au moins autant que le sanglier d'Erymanthe. Un coup d'œil à la pochette et on sent déjà qu'on est dans l'esprit de torturés à l'humeur contagieuse. Ce type avec son fusil, bon pecnaud du Texas ("Dégagez de ma propriétéééééééé!") fout les jetons. On se croirait presque dans les tons de
Shining pour le côté simple et l'ambiance pesante du brouillard. Ou encore Celeste pour la sensation de débarquer dans un truc dont on se remettra que sur un pied.
Le Rock de V13 n'en est pas un. Il a muté le bougre, partant d'une envie de faire un truc bien énervé, le groupe n'a certainement pas pu retenir le barrage contenant l'eau de leur créativité. Le résultat? Un Rock/Metal aux accents atmosphériques, Noisy à s'en faire péter la cervelle, contemplatif et bigrement délesté de toute platitude thématique. V13 frappe fort avec un album vraiment original, bourré d'éléments à couper le souffle, mélange âpre d'influences toutes plus néfastes les unes que les autres pour les tympans. L'entrée "Renégat" ferait groover Nietzsche lui même tant son rythme est effréné, son contenu barré: le groupe montre déjà qu'il aime ralentir pour asseoir de l'attente, rappelant
Neurosis - la référence sera souvent ressentie pour ce qui est des atmosphères - mais aussi n'importe quel groupe féru de noirceur véhiculée par le silence.
La noirceur est un des éléments clé de Overlook Hotel. "Tu as choisi d'entrer" laissera entrevoir des couplets au chant rappelant Bertrand Cantat (Noir Désir) en plus colérique mais aussi des parties relevant presque du Black Dépressif le plus malsain. Les paroles étant en français, on aurait pu s'attendre à une horreur type
Aqme, mais il n'en est rien. Les digressions philosophico-sociolo-métaphysiques sont de la partie, recherchées, pleines de réflexions et malsaines (les cris "Tu as choisi d'entrer" sur le morceau éponyme), mais aussi très intimes et prononcées à l'orée funèbre comme sur "Mais ils ne renforcent pas le camp ennemi qui comptait déjà des millions d'imbéciles, et où l'on est objectivement condamné à être un imbécile", titre hautement Celestien, où Chiara Locardi vient poser une voix - pas forcément belle il faut le dire et très narrative - sur des guitares claires sensibles supplées de violons lointains.
La plus grande force de V13 réside en fait dans la diversité. En témoigne des titres comme "Gouache", au chant rappé, à la basse diabolique et au final d'une lenteur et d'une noirceur typique de formations Post/Hardcore à tendance Doom comme
Neurosis ou Year of no light. "Alexandra", encore, semble commencer comme une bossa nova, mais se fait vite balloter entre du Rock Noisy (bon sang comment ne pas penser à
Psykup!) , du jazzy et surtout de l'expérimentation. Le clou du spectacle serait sans doute le titre éponyme, tout en retenu avant un final apocalyptique enterré par le piano (ou est-ce du xylophone?). Et l'apocalypse, V13 sait la jouer comme sur la très courte et Punk "Black Sheep".
Si v13 pond là un très bon second album, il faut noter que certains morceaux sont en-dessous du reste. Le final "Moloko Velloccet" en tête, ne présente pas grand intérêt et "Pygmalion", bien que légèrement axée sur une volonté doucereuse, est ennuyante. Qu'à cela ne tienne! Overlook Hotel est un album de Rock Noisy Barré Expérimentalo-Philosophico-On déguste comme on en fait plus, riche, varié, réfléchi, et bigrement maitrisé avec, cerise sur le gateau, Zampiello au mastering (
Isis, Converge), le son est d'enfer. A vous de jouer.