Deathcore, metalcore... Il y a encore deux ans, ce genre semblait suivre la même voie que le neo metal en son temps : une masse de groupes sortait de nul part, proposait un album, se faisait tailler par la critique en règle générale puis disparaissait, jeté par les fans comme un Kleenex usagé. Là où le neo metal a réussi à être fédérateur, que ça plaise ou non, le metalcore n'y est pas franchement parvenu. Quelques groupes ont réussi à garder le cap en raison d'une qualité d'écriture et d'interprétation plus subtile ou tout simplement plus efficace, mais le genre est en plein déclin. Une mode est passée, tout est cyclique.
Aussi, il est étonnant de revoir The Eyes Of A Traitor revenir un an et demi après A Clear Perception. Le poil a poussé au menton de cette bande d'adolescent encore boutonneux il y a peu, il y a eu un changement de bassiste, peut-être bien un changement de dessinateur pour une pochette plus agréable à l'oeil que celle du premier opus qui était, avouons-le, franchement laide. Des nouveautés à part ça ? Non, pas franchement, The Eyes Of A Traitor fait du metalcore, plus core que death, mais peu avare en mandales distribuées gratuitement, sans option de reddition.
Aussi, il convient de noter le point fort de ce nouvel essai : les voix claires. En effet, le style veut toujours des passages à chant pur, sans forcer le trait, sans hurlement. Si souvent c'est une catastrophe, il est bon de noter qu'à ce titre
Jack Delany a fait d'énormes progrès. Il l'emploi plus fréquemment que par le passé, mais à bon escient, pour donner du contraste à des compositions souvent très compactes. Là où les musiciens dressent des murs du son, lui essaye de temps en temps de créer des fenêtres avec des mélodies vocales même si souvent il se pose comme le ciment servant à consolider le tout.
Si on prend Breathless par le menu, on se rend tout de suite compte que l'introduction ne sert à rien. Mais alors franchement à que, dalle,
The Birth aurait très bien pu l'absorber plutôt que d'être détaché. Et là, c'est la distribution des gifles, assenées avec une précision chirurgicale. Riff haché, lancinant, propulsé par une batterie qui n'oublie pas de groover quand il le faut,
The Birth est une tuerie des plus appréciables. Ce n'est pas speed, malgré quelques accélérations bien senties. D'ailleurs, l'album ne se complet pas dans la rapidité, le groupe se spécialise dans des mid tempos lourds, mais qui ne cherchent pas la brutalité pour la brutalité ; le groove initié dès le début permet aux guitares de faire leur oeuvre sans pour autant lasser l'auditeur en proposant une décharge d'adrénaline en continu. Ensuite, bon gré, mal gré, les musiciens essayent de différencier les morceaux, avec cette basse bien mise en avant et qui ronfle agréablement, mais le style ne permet pas forcément à tous les titres d'avoir la chance qu'ils méritent. Si certains sortent bien du lot (
Come To My Senses, le lugubre
Breathless...), certains passent un peu plus inaperçus dans la foule, ce qui devient un peu embêtant quand la durée du disque n'atteint pas les quarante minutes.
Mais on est assez loin du cas traditionnel du "mi-figue, mi-raisin". Les jeunes britanniques ont assez de talent d'écriture pour mener leur projet à bien. On peut leur reprocher de ne pas aller au fond des choses, par exemple, de ne pas oser mettre le doigt là où il faudrait pour faire soit mal, soit étonner. Mais leur jeunesse est leur excuse. Breathless n'est que leur deuxième album et la maturité venant, ils s'offrent une amplitude d'évolution perceptible et qui promet d'être intéressante. Aussi faut-il réussir à digérer leur succès démesuré outre-Manche, ce qui, à cet âge, n'est pas forcément évident.
Breathless n'est pas encore l'album de la confirmation, malgré ses qualités évidentes. Il faut encore que le groupe frappe un grand coup pour réellement s'imposer et que l'on admette pleinement que ce succès est mérité. pour l'instant, The Eyes Of A Traitor ressemble à une bête de foire : on n'a pas trop envie de savoir à quoi ça ressemble, mais on peut se sentirer attirer vers elle par une curiosité malsaine.