A peine un an sépare ce
Follow the Blind de son prédécesseur et les changements y sont pourtant déjà suffisamment remarquablement notoires pour faire de cette œuvre une pierre fondatrice. Dans une ébauche de plus en plus précise et personnelles, commencent, très nettement, à se dessiner les traits les plus caractéristiques du visage de
Blind Guardian.
Ainsi, bien évidement, les musiciens ont indéniablement progressés, pas tant dans une technicité que l’on peut ressentir, certes, bien meilleur, mais encore parfois, quelques rares fois, insuffisante ; mais bien plus dans un état d’esprit que l’on perçoit comme plus mature. Ces améliorations sont flagrantes et notamment pour un Hansi Kursch éructant moins et ne cherchant plus des aigus insurmontables. Cette volonté plus réfléchis, mieux pensés, ce surcroit de discernement général de la part de ces allemands, sculpte les premières cicatrices sur le faciès d’un
Blind Guardian presque totalement libéré de son emprise "Helloweenienne". Mais la métamorphose la plus profondément indéniable se situe au cœur de ce bouleversement musical. Là où autrefois ces allemands se contentaient d’offrir la fougue et la vélocité de titres crûs et sans concessions, ils savent désormais pondérés leurs propos. Offrant breaks, ponts, changements de rythme et toutes sortes de subtilités diverses de compositions, ils construisent dorénavant des morceaux bien plus complexes, et ce, notamment, afin d’enrichir considérablement l’univers musical principalement Heavy/Speed Metal qui était le leur. Bien évidement enrichir ne signifie pas renier, et la promptitude d’un excellent Bannish from the Sanctuary, par exemple, mais aussi la vivacité ambiante de ces morceaux nerveux et, essentiellement, rapides ne le démentira en aucun cas. Mais qui peut réellement rester sourd face à cette mutation au son d’un très bon
Follow the Blind au préambule et au déroulement très symptomatique de ce que sera bientôt ce groupe, ou d’un remarquable Valhalla ardent où apparait Kai Hansen ? Cette voie royale a pourtant une fâcheuse contrepartie. De cette richesse accrue par la nuance, nait une relative difficulté pour l’auditeur peu aguerris à suivre le fil conducteur, parfois ténu, de titres compartimentés. Pour certain, ces titres plus variés auront donc, forcément, moins de charismes. On ne peut effectivement pas nier que si le changement est là, il n’offre pas encore la
quintessence du style "Blind Guardien" et, de ce fait, rendre des titres tels que Damned for all Time, Hall of the King, Fast to Madness, Beyond the Ice et Don’t Break the Circle pas nécessairement incontournables. D’autant plus qu’il manque encore à l’identité du groupe cet aspect le plus épique souligné par les sonorités de ces instruments et de ces couplets, quelques peu, médiévaux et aussi la capacité d'écrire des refrains fédérateurs. Pourtant au son de cette œuvre, à la production, toujours encore, insuffisante,
Blind Guardian affine son caractère. Seule la reprise navrante de Barbara Ann des Beach Boys, se terminant sur un Long Tall Sally du grand Little Richard, vient gâcher le paysage.
Follow the Blind n’est sans doute pas l’album le plus essentiel de
Blind Guardian, mais il offre déjà l’esquisse encore brouillonne d’une musique appelé à devenir bientôt grandiose.