Il y en a déjà qui tournent de l'oeil. D'autres brandissent des croix, retournées bien sûr, certains s'apprêtent à me condamner pour hérésie, des bûches dans les bras, histoire de préparer un barbecue sympatoche. Dans le fond, il y en a même un ou deux qui vomissent leur bière mâtinée de scotch de seconde classe (essayez le Laphroaig les gens, vous verrez ce que c'est qu'un whisky tourbé). Mais il s'agit d'une chronique de Snakeskin, une formation qui officie sans états d'âmes dans l'electro./goth dans sa forme la plus synthétique. Sans instruments organiques. Sans voix pures. ça la fout mal sur un site dédié au metal, hein ? Disons que c'est un petit privilège que je m'accorde, Snakeskin étant le projet parallèle de
Tilo Wolff leader incontestable (mais parfois contesté) de
Lacrimosa, qui lui opère dans un genre qui parle plus à l'ensemble de la communauté. Et comme peu de personnes seraient disposés à en parler sur le web, autant le faire ici, l'ouverture d'esprit et tout le baratin du style...
Bref...
Music For The Lost voit le jour en 2004 et propose en réalité une version très alternative de
Lacrimosa. Difficile de ne pas reconnaitre les mélodies chère à Tilo Wolff malgré la déferlante de son electro qui viennent se superposer de façon parfois sinistre les unes aux autres. Le style est immédiatement identifiable, c'est d'autant plus flagrant sur
Longgonelost qui aurait pu apparaitre sur un album de l'Arlequin enregistré différemment. La voix, trafiquée à l'extrême (on dirait parfois le chant d'un enfant, parfois celui d'un robot déshumanisé), est vite reconnaissable. En fait, Snakeskin, dans sa forme la plus primaire, renvoie sournoisement à toutes les époques de
Lacrimosa : des débuts darkwave jusqu'à l'album Echos, marqué par la musique classique et sacrée, on retrouve le style d'écriture qui s'inspire des grands maîtres du genre (Mozart...) et une facette lugubre qui renvoie à Angst sans le moindre état d'âme. Snakeskin peut sonner froid, il peut aussi apparaitre de façon très glauque, avec une mélodie (cette dernière étant toujours présente) de façon sournoise ou directement, dans toute sa noirceur (
Recall étant un exemple parlant, lent, pesant et sinistre sur toute la longueur).
En revanche, Tilo n'a pas son garde-fou avec lui sur ce projet.
Anne Nurmi n'est en effet pas invitée à participer à Snakeskin et quelque part ça s'entend (bon, d'accord, il n'y a pas de chant féminin, ceci expliquant cela). Surtout, les compositions ont parfois tendance à partir dans tous les sens, rendant l'album très difficile d'accès. On passe de morceaux dans un trip electro club à une espèce de version remixée d'une composition épique de
Rhapsody Of Fire (
Symphony Of Pain, excellente au demeurant, mais de style bien trop atypique pour rentrer dans une quelconque logique d'album).
A dire vrai, Music For The Lost n'est pas un disque que l'on écoutera souvent d'une traite. Une fois de temps en temps, comme ça. En revanche, certains titres sont assez addictifs pour qu'on y revienne, avec le plaisir sadique de les présenter à ses amis non metalleux en leur disant que David Guetta, c'est de la merde, preuve à l'appuie (on est metalleux, autant continuer à passer pour des fermés d'esprit intransigeant, on est plus à un cliché prêt). Le manque d'homogénéité du tout demeure le principal défaut de cet album qui en devient par moment clairement déroutant, comme si Tilo Wolff ne s'était pas fixé de ligne de conduite et avait fait de l'electro pour le plaisir d'en faire.
Avec ce premier album, Snakeskin s'octroiera tout de même des passages en boîtes de nuit allemandes. L'essai en lui-même est plutôt bon dans son ensemble, parfois en dents de scie et parfaitement illogique la plupart du temps, ce qui ne pardonne pas toujours. Bref, si l'on éjecte deux ou trois titres, on tombe sur un produit tout à fait recommandable, pour se changer les idées ou, quand on est fan de
Lacrimosa, de découvrir une facette différente de Tilo Wolff, à ses risques et périls.