Le rythme effréné des sorties de albums de
Metallica depuis
Load a quelque chose d'extra-terrestre, le groupe nous ayant toujours habitué à un rythme très lent, notamment entre l'album éponyme et Load, avec cinq années au compteur. Comme si le groupe était à la recherche du temps perdu (sans pour autant avoir lu Proust) et que les années passées représentaient le pire ennemi d'un groupe qui vieilli et qui le montre à travers deux albums plus posés. Si
Reload s'approche doucement de la catastrophe, ce constat n'ébranle en rien la sérénité affichée d'un
Lars Ulrich mais le groupe se dépêche tout de même d'annoncer la sortie d'un nouvel album pour 1998. Cette fois-ci, il s'agira d'un disque de reprises. Et on pense avec nostalgie au
The $5.98 Garage Days Re-Revisited de 1987, qui intronisait
Jason Newsted au poste de bassiste.
Première surprise, l'album est double. Deuxième surprise, le track listing du premier disque est aux antipodes des premières influences affichées par Metallica. C'est ainsi que l'on se retrouve étrangement avec du
Nick Cave (pour un Loverman pas transcendant, difficile de rentrer dans le monde de l'Australien) ou du
Bob Seger, le countryman (mais là, Metallica arrive à se procurer son Turn The Page et en fait une power ballad bien agencée). On retrouve également un hommage déguisé à
Cliff Burton avec l'Astronomy de
Blue Öyster Cult, encore une version relativement dispensable, comme celle de Sabbra Cadabra de
Black Sabbath. Si Ulrich fait un clin d'oeil à ses origines danoises avec un medley de morceaux de
Mercyful Fate,
James Hetfield revient à ses premiers amours musicaux avec une reprise du Tuesday Gone de
Lynyrd Skynyrd, en compagnie de
Jerry Cantrell,
Les Claypool,
Pepper Keenan ou encore
Jim Martin, pour un résultat qui ne parvient pas à capter la magie de l'originale. On peut sourire face au Die, Die My Darling des
Misfits, mais les deux covers de
Discharge laisseront de marbre. Où se trouve la rage ? Ce sont des reprises de punk et on a l'impression d'écouter un groupe qui n'exprime aucune colère, qui se contente de jouer, point barre. En définitive, ce premier disque fait plus d'un râté et les motifs de satisfaction se font rares. Trop propre, pas assez aventureux, l'ensemble manque de piment. Dans un tex-mex, vous seriez autorisé à balancer le repas à la tronche du cuisinier tellement c'est fade.
Heureusement, il y a le deuxième disque. Là, les nuages s'écartent dans le ciel et des anges descendent en soufflant dans les trompettes célestes. Ce disque, c'est une compilation de plusieurs EP et maxi sortis par le groupe entre 1984 et 1996. Alors on se délecte du
Garage Days Re-Revisited, on découvre celui de 1984 avec ses covers excellentes de
Diamond Head et de
Blitzkrieg, deux fleurons de la NWOBHM. On s'attaque également aux b-sides, dont un Stone Cold Crazy de
Queen à peine plus rugueux musicalement de l'original, puis l'EP Motörheadache né d'une reprise du Overkill de
Motörhead sur le single de Hero Of The Day. Seize titres musclés qui nous rappellent pourquoi on aime Metallica et qui font oublier un premier disque calamiteux au possible.
Un autre détail troublant : quand on jette un oeil au livret, des photos de la session de 1987 sont opposées à celles de 1998 et franchement, la différence est flagrante : no fun, seulement du travail. Là, on comprend que les membres du groupe ont eu tellement peur de se planter qu'ils ont totalement travaillé les morceaux choisis pour le CD 1 et que du coup, ils ont perdu toute la spontanéité et tout le recul nécessaire pour réaliser de bonnes covers.
Un sacré gâchis en somme...