Pour ceux qui n'aiment pas
Queen, c'est un groupe de tapettes. Soit. Chacun sa vision des choses, mais qu'après, on ne vienne pas baver sur le Painkiller de
Judas Priest par exemple, niveau crédibilité, c'est zéro (n'est-ce pas ?). Pour les fans hardcore qui ont tellement absolument tout ce qui est estampillé du logo de la Reine, la formation était une hydre à quatre têtes :
Freddie Mercury,
Brian May,
John Deacon et
Roger Taylor. Partant de ce constat, on imagine la levée de boucliers (et pas forcément fiscaux) lors de l'annonce d'une tournée mentionnée
Queen + Paul Rodgers et ce, sans Deacon, qui préfère quant à lui laisser le groupe mythique au placard plutôt que de vivre sur le souvenir. Résultat des courses, une tournée qui a fait salle comble partout où elle s'est arrêtée, même en France. Pour dire.
Ce Return Of The Champions, dont l'intitulé représente à lui seul une faute de goût, est donc le témoignage de cette tournée, devant un parterre de fans peut-être septiques à la base, mais finalement conquis. Mais qu'attendre de cette formation un peu bâtarde,
Paul Rodgers ayant un CV long comme le bras (entre Free,
Bad Company, The Firm et une carrière solo, le bonhomme a pas mal roulé sa bosse) et étant considéré comme l'une des plus belles voix du rock, dans son terme le plus général. Cependant, son timbre plus bluesy pouvait-il palier l'absence de Freddie Mercury derrière le micro ? La grande interrogation se tenait là. Pour tenter d'y répondre, il est bon de rappeler que Mercury ne tarissait pas Rodgers d'éloges et que les membres restant de
Queen ne se contentent pas de donner un concert de
Queen, il empruntent également certains titres du répertoire de Paulo, comme les excellents
Wishing Well ou
All Right Now.
Et effectivement, Rodgers s'en sort très bien. Vraiment très bien. Pas sur tous les titres forcément, mais son charisme permet souvent de rattraper la chose. On regrettera forcément
Bohemian Rhapsody, un grand incontournable qui aurait gagné à être remplacé par son alter ego des années 90,
Innuendo. En effet, la particularité de
Bohemian Rhapsody provient de sa partie centrale, difficile à reproduire sur scène et qui sont remplacées par des bandes. Du coup, c'est comme si le fantôme de Mercury venait hanter provisoirement la scène. Ok, ça fait plaisir aux fans, mais c'est dommage, surtout que Paulo souffre à la reprise là où il parvenait à assurer le début. Quant au final, le "duo" improvisé entre les chanteurs n'est pas forcément du meilleur goût.
On appréciera en revanche le fait que la set liste ne se focalise pas que sur de grands classiques de
Queen. Bien sûr, on retrouve les
We Will Rock You,
We Are The Champions et autres
Another One Bites The Dust, mais on entend aussi quelques titres piochés dans les vieux albums, comme
Fat Bottomed Girls ou
I'm In Love With My Car ou encore
'39 et dans les plus euh, récents, ceux qui n'ont pas bénéficié de tournées promotionnelle à cause de la dégradation de la santé de Freddie Mercury, comme les excellents
Want It All,
These Are The Days Of Our Lives et
The Show Must Go On, tout simplement somptueux, porté par le timbre légèrement éraillé de Rodgers. Cependant, on pourra tiquer face à certaines interprétations un peu hasardeuses, comme
Hammer To Fall joué à moitié en acoustique, ce qui ne la met pas à son avantage, ou
Radio GaGa qui passe assez mal finalement.
Le public est quant à lui généreux dans ses acclamations et sait répondre aux sollicitations comme un seul homme, notamment quand il reprendra en coeur
Love Of My Life, preuve s'il en est que
Queen a su toucher plusieurs générations d'auditeurs. L'ambiance est bon enfant, et malgré tout, très professionnelle. Difficile d'en être autrement vu le background des musiciens. Ils ont plaisir à jouer ensemble, cela s'entend et dans la fosse et les gradins, chacun s'en rend compte, d'où quelque chose de très vivant, loin de certains enregistrements en publics qui ne sont qu'un alignement de morceaux, sans ambiance.
Finalement, ce n'est pas l'association
Queen + Paul Rodgers qui est à critiquer dans cette histoire (même si cela anime toujours les discussions entre les fans...), mais peut-être bien le choix d'une set-list un peu déséquilibrée, qui aurait pu, depuis le temps, être plus aventureuse,
Queen étant devenu un monstre commercial depuis le décès prématuré de Freddie Mercury et ses albums se vendant encore par paquet. Vu les personnalités en présence, on aurait presque plus imaginer que la set-list s'orienterait plus naturellement vers les '70 de façon ostentatoire, ce qui n'est pas vraiment le cas et donc, finalement, une bonne partie des titres feront doublon avec d'autres enregistrements live. Reste que le double CD reste un bon petit témoignage de ce que ces vétérans sont encore capable de faire, alors qu'ils s'approchaient de la soixantaine. Respect.