Le premier album éponyme du groupe n'avait pas laissé un souvenir impérissable. Mal produit, il ne permettait pas aux morceaux de respirer convenablement.
Michael Amott, encore bien jeune, venait juste de quitter les deathgrindeux de
Carcass et peut-être était-il encore un peu nostalgique de cette époque. En tout cas,
Spiritual Beggars, face à une certaine indifférence de la presse et du public à son égard, avait tout du projet mort né.
Puis avec la popularité naissante de
Arch Enemy, Amott devient quelqu'un à suivre et ce
Another Way To Shine jouit donc de plus gros moyens. Cela s'entend tout de suite et si la pochette est d'un psychédélisme délicieux, digne de productions des années 70, la musique n'est pas en reste. C'est gras, c'est touffu, c'est tout simplement jouissif par moment. Les tâtonnements du premier opus n'ont plus lieu d'être. C'est nettement plus réfléchi et sans jamais sonner de façon manichéenne, le groupe prend de l'assurance et développe un hard rock hérité de
Black Sabbath et de
Deep Purple. Du stoner, un mot étrange pour un style qui ne l'est pas pas, un revival de ce qui se faisait de mieux dans les années '70. Et si l'ombre du Sab' plane toujours sur ce genre,
Spiritual Beggars tente d'y apporter des nuances, à coup d'orgue Hammond, encore fort rare (
Nowhere To Go), mais qui apporte un petit plus, une couleur différente.
Avec une approche qui fleure bon la plante aux feuilles déchiquetée,
Spiritual Beggars a un certain effet relaxant. Ce n'est pas agressif, juste lourd, parfois enfiévré. Le groupe prend son temps, sur des compositions assez longues, pour vraiment poser son jeu. Derrière les fûts,
Ludwig Witt s'annonce comme un batteur exceptionnel, avec un style qui se veut sobre, mais son sens du rythme et du groove fait la différence, il apporte une certaine couleur à l'ensemble. Amott laisse tomber son style habituellement incisif pour s'adonner à une débauche nimbée de cholestérol dans ses riffs, ponctuant les titres de soli savoureux, qui dévoilent une autre facette de son talent et de son toucher. Et le chant de
Spice s'accorde bien à l'ensemble, s'approchant parfois de l'organe en or de feu
Ronnie James Dio. S'en approchant juste.
Du coup, on se retrouve avec une belle petite collection de titres qui, malgré leur style, ne sonnent jamais datés. Difficile de passer à côté de petites perles comme
Blind Mountain ou l'immense
Misty Valley où Spice livre une prestation de haute volée, pour une composition qui se drape de sonorités épiques sans être tapageuses. Certains artifices d'écritures se font donc discrets, pour laisser parler la mélodie et le feeling avant tout. Une approche musicale des plus satisfaisante, loin de la sophistication que la plupart des groupes essayaient d'apporter, aussi bien en terme de travail que de son.
En revanche, on peut regretter que l'ensemble sonne au final trop homogène. La guitare fini, au bout d'un certain temps, à ressembler à un long riff unique, il n'est pas forcément évident de différencier tous les morceaux passé la première moitié, comme si l'esprit, saoulé de riffs gras et parfois pachydermiques dressait des barrières face à la mélodie. Ce qui est bien dommage car cela donne une impression d'inachevé, comme si la formation n'avait pas réussi à aller au bout de son idée, qu'elle se trouvait acculé dans une impasse et qu'elle commençait à tricoter pour combler des vides.
Another Way To Shine n'est pas un chef d'oeuvre, mais il n'est pas à négliger pour autant. Il jouit d'une certaine aura, celle de la passion pour le style abordé. ça fleure bon le rock'n'roll, et sans s'avancer dans des parties techniques abracadabrantes, réussi à faire passer un très bon moment à l'auditeur, avec sa forme assez directe mais non violente. Ceux qui ne jurent que par les projets plus extrême de Amott seront peut-être en délicatesse avec
Spiritual Beggars, mais les amateurs de hard rock dans son sens le plus général devraient apprécier.