Horror Show n'est pas franchement un album atypique pour
Iced Earth. On savait le père
Jon Shaffer fan de comics (
The Dark Saga raconte la v... euh, la non vie de Spawn, personnage créé par Todd Mc Farlane et dont certains scenarii ont été écrit par Frank Miller et Alan Moore, excusez un peu les références), on le découvre fan de films d'horreurs. Faut dire, les deux vont bien ensemble. Et là où ce n'est pas un disque qui fait tache dans la discographie réside dans le fait qu'il soit également conceptuel, même s'il ne narre pas une histoire à l'instar de
The Dark Saga justement.
La pochette magnifiquement illustrée met directement dans l'ambiance. Cimetière lugubre, manoir qui ne l'est pas moins, la mascotte du groupe juste au-dessus, sans oublier un nuage de chauve-souris, grand pourvoyeur de terreur de tout temps. Et bien sûr, la main qui jaillit du sol, le tout entouré d'un rideau de théâtre. De quoi faire saliver, ce genre de packaging, surtout si l'on tombe sur le double digipack contenant la reprise du
Transylvania de
Iron Maiden et une interview de Schaffer. Et musicalement...
Pour le coup, il convient de mentionner que si Schaffer est fan de films d'horreur, il a également une culture du drive-in et des films de Roger Corman (vous savez, le type qui avec dix mille dollars vous fait un long métrage qui lui rapporte près d'un million à chaque fois et qui a entre autre lancé la carrière de Jack Nicholson...) et de la Hammer (les relectures des grands classiques de façon un peu kitsch, mais bien souvent irrésistible). Du coup, l'album ne se prend pas franchement au sérieux, malgré un trait noir bien appliqué tout du long. Difficile en effet de ne pas sourire en voyant les thèmes choisis, classiques de chez classiques, même si la présence de
Damien (la Malédiction, film de Richard Donner) peut faire figure d'ovni dans la liste car plus moderne et assez calqué sur l'Exorciste (un des grands absents avec Rosmary's Baby ?).
Donc nous nous penchons sur des personnages qui ont fait leur preuve, aussi bien en littérature qu'au cinéma pour certains, comme ce bon vieux
Dracula, grand classique du genre dont les films qui lui sont consacrés sont nombreux. Les textes transpirent l'amour que Schaffer porte à toutes ces personnalités, une démarche travaillée, mais un peu adolescente par moment quand la naïveté se mêle à l'écriture.
D'où l'album qui ne peut être pris sérieusement, contrairement à
The Dark Saga qui reprenait l'oeuvre de McFarlane et qui n'est franchement pas joyeuse dans l'intrigue. Le fait que ce dernier soit une histoire complète répartie sur plusieurs titres permettait une montée en puissance continue. Ici, la donne n'est pas la même car
Iced Earth (épaulé par un guest de luxe à la basse en la personne de
Steve DiGiorgio, qui a officié dans Death notamment) doit tout développer au sein d'un seul et même morceau à chaque fois, sans pouvoir exploiter le temps à volonté. Ainsi, des passages plus faibles viennent jaillir ça et là comme ce
Frankenstein rabougri qui ne tient aucune de ses promesses (d'un autre côté, il est difficile de faire tenir la dramatique de l'oeuvre en moins de quatre minutes...). Parce que musicalement,
Iced Earth joue du
Iced Earth, à savoir du heavy metal un brin thrashy, où l'influence de
Iron Maiden est plus que palpable. Rythmiques plombées, guitares fluides, soli qui fusent ça et là, la trame classique quoi, avec son souffle épique.
Matt Barlow assure des parties de chant de très bonne facture (
Damien est véritablement habité par le chanteur, tout comme
Dracula, deux des meilleures pièces de ce disque). Pas de renouvellement majeur, même la production, toujours un peu faiblarde dans le son, n'a pas changé d'un iota. Mais c'est l'évolution que l'on avait l'habitude de vivre au sein des opus précédents qui manquent ici cruellement. Sans interludes,
Iced Earth savait tout de même narrer une histoire en se focalisant sur les points importants. Le groupe prenait son temps, celui d'un LP, pour tout construire patiemment, avec des pics d'intensités, des moments où la formation apportait de l'émotion avant de laisser parler à nouveau la rage et la colère. Ici, l'équilibre est faussé, le tapis a un accroc sévère et une partie de l'âme d'
Iced Earth n'y a pas survécu, comme les personnages enfermés dans le tapis du Royaume des Devins de Clive Barker. Il manque quelque chose. Difficile de mettre le doigt dessus. Mais en définitive, on pourrait dire que ça manque finalement de fond pour vraiment s'amplifier et devenir un incontournable pour le groupe.
Au petit bonheur la chance, Schaffer a livré un hommage un peu bancal, mais cela reste un cri du coeur. Il est juste dommage qu'il intervienne après
The Dark Saga, Something Wicked This Way Comes et le Alive In Athens, car il vient briser une chaîne d'excellents produits avec un qualité bien moindre. Mais Horror Show n'est pas mauvais, il est même plutôt bon, dans l'ensemble, si l'on rentre dans l'esprit, dans le trip épouvante ou que l'on maîtrise bien ce sujet. Sinon, ça peut paraitre un peu ridicule et le manque de renouvellement de la musique allié à un fond moins virevoltant qu'à l'accoutumé peut indéniablement rebuter. Un disque à part dans la carrière d'
Iced Earth. Dommage.