L'album Bastards avait montré un
Motörhead qui cherchait à redevenir conquérant après deux disques plus travaillés et qui n'avaient pas forcément connu les bonnes grâces des critiques et du public (1916 et March Ör Die). Bref, une musique plus musclée, même si tout n'était pas encore parfait, avec son lot de bonnes surprises et quelques morceaux passablement en trop. La bande à Lemmy revient deux ans plus tard avec ce Sacrifice, avec cette pochette d'une rare violence pour le groupe. Couleurs agressives, scènes dignes des pires cauchemars de John Constantine (et la référence n'est pas innocente, le personnage étant un ancien punk, mais on y reviendra plus tard). Autant dire qu'elle laisse présager une musique d'une rare violence pour le groupe.
Et effectivement, le titre éponyme, placé idéalement en ouverture, est une claque magistrale. Une mandale. Un uppercut. Un coup de genou dans les joyeuses. Il fait mal, très mal, avec sa rythmique très heavy, ses lignes de guitares lourdes et menaçantes et ce
refrain réduit à son plus simple appareil, mais hurlé avec rage, colère et une froideur monstrueuse. Lemmy est très en forme et le fait savoir, avec son chant haché, grumeleux à souhait, volontiers agressif. Rarement
Motörhead aura sonné de façon si heavy et le mérite, où la cause selon les critères, en revient au jeu de batterie de
Mikkey Dee, un ex
King Diamond qui n'a pas oublié ses origines. Bien sûr, c'est moins rock'n'roll qu'à l'époque de
Philty "Animal" Taylor, mais la force de frappe est ici monumentale et remplie très bien l'espace sonore, de façon très (trop peut-être), organisée.
Les morceaux se succèdent à une allure folle. Au nombre de onze, ils assurent tout juste trente six minutes de musique, ce qui est court, à l'image de la durée des titres, qui excèdent rarement les quatre minutes.
Motörhead a décidé d'aller droit à l'essentiel, en lorgnant sur l'efficacité plutôt que sur les fioritures, aussi il n'est pas étonnant de retrouver une rage et une vélocité proche du vieux punk anglais de la fin des années 70 (
Sex & Death,
War For War...), où la hargne est présente en tant que guest, où le groupe a retrouvé un sacré mordant. Le son est à l'avenant, sale ce qu'il faut pour ne pas aseptiser l'ensemble, tandis que les musiciens jouent du
Motörhead, une patte reconnaissable entre mille, sans grande originalité, juste une patate qui fait plaisir à entendre vingt ans après les premiers soubresauts de la formation.
Après, bien sûr, certaines compositions viennent trancher avec le reste, comme
Don't Waste Your Time qui a une approche typiquement rock'n'roll, les premiers amours de Lemmy. Comme une cassure pour souffler un peu, même si cela reste très énergique et plutôt rentre-dedans. Sacrifice est un album tout en intensité, où se mêle le crade du punk et la classe du vieux rock, sans que l'un ou l'autre n'ait à en pâtir, ce qui est un fait qui a toute son importance ici, vu la tendance jusqu'au boutiste de l'ensemble.
Sacrifice est également le dernier album enregistré en compagnie de
Würzel. Non pas que ce dernier ait terminé sur le bûcher, mais il a préféré quitter les rangs pour jouer de la musique électronique, ce qui répondait plus à ses inspirations. Le disque, quant à lui, est un très bon moment de rock sale et violent, sombre et vicieux. Il est loin de la légende
Motörhead, mais il contient son lot de pépites pour ne pas sombrer dans l'oubli comme d'autres albums parus à la fin des années 80 ou au début des 90, voire certains plus récents. Pas simplement un disque de plus, mais la déclaration que le groupe est toujours vivant et bien vivant, et qu'il faudra encore compter sur lui de longues, longues années. Yeah !