N’en déplaisent à certains négationniste culturel, si
Edguy, Rhapsody et quelques autres encore auront magnifiquement transcendé une musicalité symphonico-mélodique, ils ne sont assurément pas parents de cette initiative. La démarche de conceptualisation opératique et orchestrale, quelque peu fondatrice aussi de ce renouveau du Heavy/Power de l’entame des années 90, fut un dessein dont certains prémices furent perceptibles par l’intermédiaire de quelques œuvres pionnières autrefois influentes aujourd’hui oubliées. Ces premiers manifestes à la gloire d’une certaine ‘‘emphase’’ demeurent le résultat des travaux de certains visionnaires trop méconnus. Ainsi si on ne peut pas réellement parler, au sens pris aujourd’hui par ce terme, de musique symphonique concernant l’expression artistique des américains de
Virgin Steele, nul ne peut nier que dans cette vision hardie, dans cette élaboration sophistiquée, dans cette musicalité, dans ce dessein de composition, dans ces aspirations mélodiques, on ne peut nier qu'il y a dans les œuvres de ces New Yorkais les premières lueurs diaphane de cette notion dites symphonique.
En véritable précurseurs, à l’aube de cette année 94, David DeFeis sort donc le premier volet d’une saga ambitieuse baptisé The Marriage of Heaven and Hell. Evoquer l’artiste plutôt que le groupe n’est pas anodin tant l’homme est le véritable artisan de cette vision nouvelle. Autrefois enfermé dans les murs étroits d’un Heavy/Hard Rock, certes, intéressant, mais pas nécessairement captivant, il va véritablement donner corps à ses désirs les plus majestueux en composant désormais une musique bien plus audacieuse. Si le résultat, avec le recul, demeure imparfait il dénote, déjà, du talent créatif immense du compositeur.
Concernant ces petits maux, difficile de taire, en effet, cette production inhabituel, offrant, là où désormais on le préfère clair et précis, un son bien trop étouffé, où la voix de David DeFeis se perds dans une légère réverbération et où les diverses orchestrations sont bien trop en retrait dépossédant ces titres d’un certain relief, et d’un certain impact. De ce traitement sonores désuet, mais pas obligatoirement handicapant pour ceux qui resteront ouverts, nait pourtant un ensemble beau et captivant.
Ainsi dès les premières notes d’un excellent I Will Come for You au riff nerveux, à l’air entêtant, dans lequel David DeFeis donne de la voix de ces rugissements si distincts, le plaisir est là. Souvent comparé, de par certains de ces aspect, et à juste titre, à
Manowar ; la musique de
Virgin Steele est pourtant, à l’époque, plus mélodique, plus sophistiqué, plus riche et développe un univers nettement moins caricaturale que celui des comparses de Joey DeMaio.
L’analogie dont j’usais de manière osé en préambule entre, pour résumer sommairement,
Edguy, Rhaspody et
Virgin Steele n’est valable qu’en considérant l’emphase ‘‘symphonique’’ et mélodique, car c’est évidemment dans le registre d’un Heavy au relief beaucoup plus nuancés (puisque loin des sempiternel poncifs du Power) que le groupe s’épanouis. Il offre donc à sa créativité un horizon plus vaste, et ce même s’il n’hésite pas, parfois, à puiser, dans les sphères Power, une certaine vivacité, mise en exergue par des double grosses caisses, durant quelques brefs passages (Weeping of the Spirits, The Raven Songs, le final de Blood of the Saint).
Si la grandiloquence orchestrale classique apparait parfois davantage comme suggérée qu’évidente, laissant place à l’efficacité du Heavy, elle demeure toutefois indéniable tels que, par exemple, sur les deux superbes instrumentaux (Warrior’s Lament, The Marriage of Heaven and Hell).
Au-delà de ces aspects musicaux, harmonieux et âpre à la fois, qu’il unie avec discernement,
Virgin Steele s’applique aussi à développer certaines atmosphères plus posées et moins connotés par les styles déjà évoqués (Self Crucifixion, House Of Dust, ou encore, par exemple, la ballade Forever Will I Roam).
Le premier chapitre de cette tragédie en trois actes, dont le thème évoque le soulèvement de l'humanité contre une horde de dieux maléfiques, marque donc l’avènement d’un groupe exceptionnel. A la fois mélodique et symphonique, âpre et incisif mais aussi riche et subtile, cette œuvre, The Mariage of Heaven and Hell : part I, est tout bonnement indispensable.