Après Aldebaran, premier EP prometteur,
What Mad Universe ne pouvait pas passer à côté d'une sortie LP, leur son est construit, leur style commence à se faire évidence et leur maîtrise sans bavure. C'est donc avec une curiosité mêlée d'angoisse que
A Cosmic chapter with Gaia se laisse découvrir, pour un album plutôt complexe à analyser et décortiquer.
Ce n'est pas que la musique des pyrénéens soit spécialement difficile d'accès, elle est d'ailleurs faite de ces petites choses qui ne peuvent laisser indifférent; seulement, l'album porte en lui tant de haut et de bas, de bons et de mauvais points que lui attribuer un jugement relève de l'exploit guerrier à la Thermophyle. L'intro passée - fort jolie d'ailleurs, et tout en suspense - les morceaux s'enchainent, dévoilant un Post non pas orienté Hardcore mais teinté de cette douceur Rock proche d'un Mogwai ou des mélanges d'
Isis. Des titres comme "Mu Area D" démarrent ainsi dans la subtilité des guitares progressant vers des montées et descentes très spatiales, le groupe aimant à traiter de l'infinité de l'espace, comme le ferait un certain
Rosetta.
Néanmoins, la comparaison s'arrête là,
What Mad Universe joue instrumental et ce malgré la présence d'un guest sur "Orion", très progressive et violente. Leur musique est également beaucoup plus "propre" que celle de
Rosetta, la production faisant de l'ensemble un tout facilement digeste, ce qui pourra se révéler dommage sur certains points, notamment celui de la profondeur de lecture des morceaux. En effet,
A Cosmic chapter with Gaia s'écoute sans véritable soucis de compréhension, on pénètre aisément dans la musique, on ne met que peu d'écoutes à entrer dans l'univers des français, ce que
Rosetta,
Amenra ou
Celeste ne permettrait pas, en rendant leur son plus homogène et brumeux. Là,
What Mad Universe choisit de rendre sa musique claire et surtout puissante. La production est en fait impeccable, les ambiances apparaissent à merveille et bercent l'auditeur, profondément ancré dans le voyage spirituel offert par le combo (la perle de l'album, "Cosmic Chapter" et ses choeurs mystiques); les guitares sonnent non pas comme pourraient l'être celles de
Pelican, assassines et Sludgy, mais portent sur le tranchant de l'accord. Il y a alors, non pas une personnalité, mais une ressemblance avec du Metal plus puissant et traditionnel qu'avec du Post ordinaire et c'est là que l'on pourrait pester même si le tout reste évidemment sans faille (les parties atmosphériques sonnent du tonnerre).
Pour parler musique donc, l'album n'est pas inégal et hormis "Autumnal forest on mars", sans éclat - le titre paraissait prometteur, comme quoi... -
A Cosmic chapter with Gaia est un bon album qui recèle de petites perles ("Cosmic Chapter" en tête, "Orion" pas loin) mais aussi des morceaux moins poussés comme "And the sun's still silent", sympathique mais sans folie. La présence du banjo sur certaines parties est d'une originalité particulière mais suit curieusement l'ambiance générale du skeud ("Eris in the sky" très puissante). Cette ambiance est par ailleurs le point fort de
What Mad Universe. Très spatiale, fortement mélancolique et terriblement contemplative, la musique des pyrénéens permet l'évasion sans toutefois dépasser les limites de la révêrie, n'arrivant pas à transporter véritablement et coller des frissons (hormis sur l'entrée de "Across the monolith", diaboliquement jouissive). Le problème de
What Mad Universe se trouve alors dans ce sentiment paradoxal. Les morceaux jalonnant l'album sont bons, progressifs et les efforts atmosphériques délivrés par les sons électroniques aménent les morceaux vers quelque chose de profond mais le tout ne décolle pas suffisamment pour faire de
A Cosmic chapter with Gaia un très bon album. Le plaisir de l'écoute est total, l'univers très intéressant, mais la folie n'est pas assez présente pour donner du relief à l'album qui se contente d'être un bon album de Post/Metal, Post/Rock.
Il est relativement problématique de ne pas pouvoir remonter la note d'un album parce que l'alchimie ne fonctionne pas.
A Cosmic chapter with Gaia est bon et procurera du plaisir aux amateurs.
What Mad Universe a la maîtrise, cela est certain, mais étrangement, l'ensemble ne peut prétendre au statut d'incontournable comme le fut Australasia de
Pelican ni même au rang d'excellence. L'effort à faire ne se situe pas dans la construction musicale, ni même dans l'effort technique,
What Mad Universe est de ce point de vue là excellent, mais peut être plus au niveau de la recherche originale - qui doit dépasser la simple utilisation du banjo - déjà fortement avancée avec les atmosphères éléctroniques. Lorsque
What Mad Universe aura réussi à penser sa musique comme un tout homogène, peut être que l'alchimie fera des merveilles. Ce qui est sûr, néanmoins, c'est que l'on se trouve peut-être face à un futur grand de la scéne et l'espoir est énorme.