Hell for Sale (1992) marquait la fin d'une ère pour les allemands d'
Heavens Gate. Désireux de délaisser le classicisme Heavy, Speed, Metal auquel ils s'étaient jusqu'alors adonner avec talent, ils avaient alors déconcertés leurs partisans en poursuivant leurs desseins créatifs au travers d'une expression clairement plus ambitieuse et entreprenante. Si le premier rêve de cette nouvelle chimère, l'excellent planet e. (1996), avait artistiquement remarquablement atteint son objectif, la quasi globalité d'un auditoire plus affairé à s'occuper de nouvelles mouvances avait, comme à l'accoutumé, négligé ce nouvel effort restant sourd à l'immense talent de ces musiciens.
Menergy, cinquième album studio de Thomas Rettke et de ses acolytes, n'allait définitivement pas faire changer d'avis les puristes déçus par son prédécesseur. Ni même séduire une nouvelle assemblée qui allait, une fois encore, refuser de donner la moindre chance à ce nouveau manifeste.
Pour être tout à fait franc, si cette méprisable indifférence demeure énigmatique concernant l'ensemble des autres œuvres de ces allemands, elle pourra trouver un début de semblant d'explication s'agissant de ce Menergy qui sans aucun doute est l'album le plus ambitieux d'
Heavens Gate.
Toujours encore mû par ce désir de créer une musique originale et innovante, les allemands vont, en effet, ici s'ingénier à donner corps à un concept raffiné et audacieux. Si les fondations de l'expression musicale de ce groupe appartiennent sans aucun doute à la grande famille du Metal (Heavy, Speed, Prog, Hard Rock...), l'union de ces diverses aspirations, mêlés à certains éléments intrigants tels que, par exemple, ces énigmatiques intermèdes répondant au nom de Teleshoot, complique grandement la tâche qui est la mienne (celle consistant à définir avec exactitude la teneur des travaux de ces musiciens). Convenons, pour simplifier, qu'
Heavens Gate, avec ce Menergy défends les couleurs d'un Heavy Rock Metal aux multiples facettes. Cette définition, bien que pas totalement infondée, est bien évidement extrêmement réductrice.
Quoiqu'il en soit des titres tels que les véloces, mais non moins superbes, Mastermind ou Evolution, mais aussi tels qu'un remarquable Menergy nerveux et hypnotique au break froid et mécanique, tels qu'un vivifiant Breaking Loose aux guitares sèches hispanisantes ou, par exemple, tels qu'un Glass People finissent par nous convaincre. A dire vrai,
Heavens Gate, sur ce Menergy, s'inscrit dans l'exacte continuité de son planet e. avec une œuvre, peut-être, un peu plus élaboré et progressive qui n'est pas sans nous rappeler, toute proportion gardée, certains des travaux de Queensryche.
S'agissant des nombreux éléments intrigants qui subliment cette album, laissons le voile du mystère les recouvrir un temps et ne parlons que de ces interludes, les Teleshoot, qui introduisent et concluent chacun des morceaux. Ces interventions, mettant, à chaque fois, en scène le désarroi d'un homme face à un instrument technologique défaillant (téléphone, ordinateur...) donnent une dimension très particulière à cette œuvre.
Concernant les thèmes abordés ici, s'ils sont, peu ou prou, familiers avec ceux développés sur planet e., ils se distinguent par un angle de vue quelques peu différent. Là où planet e. était uniquement un constat et un cri d'alarme sur l'état d'une planète mourante Menergy ébauche une agonie plus technologique où l'homme est dépassé par ses machines (une trame illustrée notamment à l'aide de ces Teleshoot déjà évoqués).
Pour conclure, disons que ce Menergy est un disque d'obédience davantage américaine (Prog) que réellement allemande (Heavy), dans le sens où il ne possède pas vraiment cette simplicité immédiate d'accès de la musique germanique. Bien au contraire. Toutefois il demeure une œuvre passionnante dans laquelle
Heavens Gate aura démontré de très grandes qualités qui resteront, à jamais, dans l'oubli duquel nul n'a daigné les arracher. Epitaphe d'un groupe pourtant si talentueux, seul les plus assidus, les plus acharnés et les plus curieux se souviendront ce que fut l'art de ces allemands. Au final, après la découverte de ces cinq albums studio, il ne leur restera que regrets s'agissant d'une aventure achevée bien trop tôt.