Certains n’apprennent jamais de leurs erreurs et se contentent, ad vitae aeternam, de s’entêter en une voie apparemment infructueuse. Pourtant sans jamais se laisser aller à une volonté de renoncement légitime, ils poursuivent sur les chemins d’une créativité inféconde semant des œuvres souvent insipides. Si l’abnégation sincère d’une telle démarche est respectable, sa conséquence artistique immédiatement tangible l’est nettement moins. En effet que dire de ces manifestes sans âme ? Comment évoquer ces plaidoyers inutiles ? Qu’écrire sur ces apologies vaines ?
Bien évidemment il ne s’agit en rien de critiquer la probité d’un artiste passionné qui tente de s’exprimer avec le talent qui est le sien ; mais bel et bien de commenter, aussi objectivement que possible, du résultat de cette sincérité.
Ainsi ce Agony - Gift of Life, quatrième album des suédois de Insania, n’est rien d’autre qu’un récital fade, hommage raté dévoué au Heavy/Speed/Power mélodique scandinave. Dans une constance admirable, le groupe nous offre, en effet, une fois encore, tout l’étendu de son talent pour composer une musique sans réelle nuance dans laquelle les stigmates de ces prédécesseurs sont bien plus qu’influentes. Cet album, aux allures de contrefaçon, démarre sous les auspices d’un sempiternel instrumental avant que ne viennent déferler les perpétuelles double croches d’un rapide Facing my Destiny. Dès lors la sentence est sans appel, rien ne peut sauver cette œuvre d’un désastre dont la source prends racines au cœur d’un World of Ice, première œuvre du groupe, ou plus probablement de manière plus lointaine au cœur des premières œuvres d’illustres prédécesseurs (
Stratovarius notamment).
Et de terres brulés dévastés par ces assauts promptement menés (Facing my Destiny, Gift of Life ou encore, par exemple, Fight for Life), en paysages mornes et désolés anéantis par ces attaques un peu moins vives (Hope, To Live Another Day ou encore, par exemple, Dreams) ; rien ne vient éclairer cette sombre vision ennuyeuse.
Au milieu de ces territoires sans vie, la mort se fait plus cruelle encore lorsque résonne les airs douceâtres de ballades totalement dispensables (One Day et Time Passes By). Ces morceaux révèlent admirablement l’incapacité de ce groupe à composer des refrains efficaces. Souvent anecdotiques ils sont, sur ces deux titres, aux confins de l’insupportable. Cette impuissance s’exprime aussi, bien entendu, très largement au sein des mélodies proposées sur l’ensemble de cette œuvre.
Nul doute que certains sauront entendre ici quelques raisons de se satisfaire pleinement de ce Heavy/Speed/Power mélodique. Nul doute que certains autres sauront ressentir en ces lieux hantés par de nombreux fantômes bien trop évidents (
Stratovarius,
Sonata Arctica, Zonata,
Nocturnal Rites…) quelques légitimes plaisirs fugaces. Mais nul doute aussi que d’autres encore n’y distingueront rien qui ne soit matière à éveiller un quelconque intérêt. En d’autres termes, objectivement, ce Agony - Gift of Life est une copie de ce que les pays nordiques firent de mieux en matière de Power mélodique. Et subjectivement il ne saurait satisfaire qu’un certains nombres d’entre-nous, ceux là même qui, moins exigeants, acceptent de ne pas s’offusquer de la ressemblance, ou encore, acceptent que les évolutions et les révolutions ne naissent pas au détour de chaque œuvre.