Ayant jusqu’à présent réalisé un quasi-sans faute, quand au recrutement des artistes auréolant son catalogue, Lupus Loung, sous division Black Metal de Prophecy Productions, compte déjà à son palmarès des formations on ne peut plus talentueuses, n’ayant pour ainsi dire plus rien à prouver, tant en terme de qualité que d’originalité, comme les shamanes roumains de
Negură Bunget, les excellents
Secrets Of The Moon et
Farsot, ou les païens de
Helrunar.
Les Allemands de
Drautran n’y figurent certainement pas par hasard, tant leur Black Metal sophistiqué et mystique, dévoile une richesse pléthorique, étalant autant de fureur que de lyrisme. Ce groupe jusqu’à présent assez peu productif, a en effet été des plus discrets depuis sa création remontant pourtant à 1996, n’étant que furtivement sorti de l’ombre en 2000, avec une démo
Unter Dem Banner Der Nordwinde, augurant de belles promesses, avant de sombrer à nouveaux dans une longue et profonde période de gestation, qui dura plus de sept ans.
Pourtant enregistré depuis 2005, ce premier opus ne voit le jour qu’en automne 2007, et si
Drautran ne fait assurément pas partie des artisans les plus prolifiques de son impitoyable milieu, on pourrait aisément en conclure que la résultante d’une telle démarche, se traduit par un labeur au résultat quasi-exempt de tout défaut, et d’un approfondissement musicale et conceptuel proche de la perfection, cette troupe définissant elle-même son art, comme du "Black Metal esthétique". On sent de ce fait, un groupe entreprenant et heureux de pouvoir enfin cracher à la face du monde son premier opus avec fougue, et c’est d’ailleurs peut être là que le bât blesse.
Si le fond, ne laisse pas de place au doute quand au caractère sincère de cette pétulante formation, la forme elle, serait hélas plus disposée à nous faire émettre certaines réserves sur la pertinence de certains outils utilisés, et quelque peu rédhibitoires à l’expression de son noble propos.
Tout d’abord, nul ne pourra nier l’incroyable emprise qu’a eu le défunt Empereur norvégien sur
Drautran, en particulier son hymne intemporel, l’admirable
Anthems To The Welkin At Dusk, son ombre majestueuse planant irrémédiablement tel un Nazgul, tout au long de ce
Throne Of The Depths. Néanmoins, et même si une telle référence est indéniablement un gage de qualité et de bon goût, la manière récurrente et presque endémique dont l’influence d’
Ihsahn et de ses lieutenants se fait sentir, constitue le premier talon d’Achille de cet opus. En effet, n’est pas
Emperor qui veut, et la maîtrise nécessaire à la bonne lecture d’une telle sophistication d’écriture, fait ici quelque peu défaut. Cela étant précisé, rien n’est pour autant significatif d’un vulgaires plagiat, la musique de
Drautran se voulant tout de même plus froide et sombre, évoquant également un côté plus Pagan que celle de la légende scandinave, et conservant en outre une interprétation assez personnelle du style.
C’est néanmoins avec un certain désappointement, que nous assistons à un déluge de violence esthétique, qui aurait mérité une bien meilleure lisibilité et une plus grande maîtrise, pour infliger de réelles et durables blessures. La frustration est d’autant plus grande, puisque l’on ressent dans cette œuvre, une réelle volonté de singularisation, et un soucis constant de recherche harmonique.
Ainsi,
Throne Of The Depths apparaît comme un pavé d’une grande densité, dévoilant une opulente complexité structurelle au gré de morceaux très fouillés, mais dont le manque de clarté donne lieu à une certaine opacité générale, malgré des moments très réussis, comme la charge furieuse et empreinte de noblesse représentée par
Blót - Lohen Der Opferung, ou les éclats empiriques ponctués de très beaux passages acoustiques, contrebalançant avec classe les assauts rageurs du tempétueux
Dusk of the Fimbulwinter. En contrepartie, de trop nombreux moments donnant lieu à des dérapages incontrôlés sont à déplorer, la redondance se faisant rapidement sentir.
En outre, la présence permanente de deux vocalistes, qui est une bonne initiative en soit, n’est malheureusement ici pas des plus pertinentes. Leurs timbres presque identiques, sortes de déclamations hurlées plus plaintives que réellement haineuses et malsaines, et très loin d’un authentique sentiment de véhémence propre au style, ne sont pas des plus enthousiasmants, tendant ainsi à s’uniformiser sur la longueur, et entraînant une désagréable impression de monotonie, se muant rapidement en une inévitable lassitude.
Le disque est également grandement pénalisé, par une production bien trop brouillonne manquant cruellement de puissance, où la batterie et particulièrement la caisse claire est complètement noyée dans le mix, rendant de ce fait souvent indigeste une musique harmoniquement très chargée, et ne rendant que très peu justice aux nombreuses subtilités rythmiques.
Ce n’est donc pas sans une certaine amertume teintée de perplexité, que s’appréhende ce pourtant très attrayant premier album, qui laisse une impression pour le moins mitigée, de part son manque de cohésion et de nuances. Un constat d’autant plus regrettable, aux vues du potentiel et des qualités d’une musique qui se veut sincère et ne manquant pas de panache, mais qui porte les stigmates d’un enthousiasme assez mal contrôlé, et croulant sous le fardeau de ses trop palpables influences.
Cependant, ne noircissons pas davantage le tableau, car on sent malgré tout un groupe au caractère impétueux ayant voulu donner le meilleur de lui-même, et s’étant quelque peu perdu dans son élan de fougue et d’exaltation, mais dont l’ardeur ne pourra, espérons le, que servir ses futures conquêtes.