Les meilleures choses ont une fin. Les orgasmes retombent parfois lourdement. Les portefeuilles que l'on ramasse finissent toujours par être réclamés avant la date fatidique et bye bye les trois milles euros (mais là, ça m'apprendra à être honnête). Bref... On peut clairement comprendre que
Queen ne pouvait pas continuer son ascension sans finir par chuter. Enfin, chuter, ce n'est pas tout à fait le bon terme, c'est ici une petite baisse de régime.
Queen a toujours vécu avec son temps et
Roger Taylor s'intéressait de plus en plus au disco,
John Deacon était déjà un fondu de funk,
Freddie Mercury était un éternel curieux qui n'avait pas peur des musiques nouvelles et qui savait également s'inspirer des grands du passé. Et même si
Brian May se montre parfois réfractaire, il se plie à la volonté des autres d'aller de l'avant. Ce qui est louable. Et voilà que
Queen commence à employer des synthés, lui qui avait toujours mentionné sur les pochettes de ses albums qu'il n'en utilisait pas. Pour pas mal de fans, ce fut une petite déception.
Les singles ne les avait pas franchement rassurés non plus. Certes, Save Me et Crazy Little Thing Called Love tiennent bien la route, le premier titre est une ballade douloureuse où le guitariste Brian May exprime son désarroi face à une situation personnelle qu'il ne maîtrisait plus, la seconde est un clin d'oeil rockabilly à
Elvis Presley et dont le clip montre un
Queen version cuir et motos (ce qui vaudra une péripétie avec
Rob Halford). Les deux autres singles en revanche sont bien plus étonnants. Ainsi Play The Game est une espèce de ballade vaguement rock avec une intro aux synthés et Another One Bites The Dust est un funk froid et efficace qui fera l'exploit d'être numéro un dans les charts noirs et blancs aux USA (bel exemple de discrimination discrète...). On est loin du hard rock des débuts. Et sur album, c'est la confirmation :
Queen évolue et tourne le dos au hard rock. On se retrouve face à un disque qui mêle chansons discoïdes ou pop (Coming Soon, Dragon Attack, Need Your Loving Tonight) pour un résultat qui laisse parfois pantois. Il y a de bonnes choses, comme Save Me, Crazy Little Thing Called Love, Another One Bites The Dust, Sail Away Sweet Sister, Rock It...mais on peut également se retrouver avec des trucs qui frisent le ridicule comme Don't Try Suicide.
The Game est donc un album charnière dans la vie de
Queen. C'est déjà le premier disque qui ne débutte pas par un morceau percutant comme c'était la coutume jusqu'alors. On reconnait bien la marque du groupe, mais la guitare devient un instrument secondaire, May ayant fait des concessions incroyables pour lui à l'époque; Sinon, Another One Bites The Dust n'aurait jamais pu voir le jour et qui sait, peut-être l'album aurait pu avoir un tout autre visage. The Game n'est pas mauvais, loin de là, mais un peu décevant quand on adore le
Queen des '70. Moins de folie dans les compositions, moins de risques.
Queen rentre de plein pied dans les années 80 et sa nouvelle technologie.