Avec
News of The World, Queen avait fait un sacré bras d'honneur au punk et avait de ce fait assuré sa survie en milieu hostile. En 1978, la première vague punk s'essoufflait déjà et Queen pouvait revenir à un style lui convenant plus.
Mais le nom de l'album soulèvera bien des interrogations. Jazz.... Un nom étrangement peut évocateur dans le domaine du rock. Alors Queen a-t-il décidé de sortir un album aux antipodes de son style habituel ? Non. En fait, ce nom fait référence au côté très bariolé de ce disque, où chaque morcau à sa vie propre. Une fois de plus, inutile de préciser que Queen est très inspiré et que Jazz se teinte de différentes couleurs qui lui vont à ravir.
Dès le début, l'étonnement est de mise. Mustapha est un morceau qui sonne de façon orientale, avec un
Freddie Mercury chantant en arabe. Puis la guitare de
Brian May s'en mêle et on se retrouve avec une chanson improbable, un mélange entre un hard rock démentiel et de musique orientale, plombé par une batterie lourde de chez lourde. Le groupe conserve le côté direct du News Of The World mais il y rajoute la verve baroque des débuts. C'est ainsi que l'on se retrouve avec des compositions folles comme le moyen Bicycle Race ou l'énergique Don't Stop Me Now, idéale pour donner la pêche de bon matin.
Le hard rock est toujours présent, ne serait-ce qu'avec Mustapha et Fat Bottomed Girls. Mais ce serait faire l'impasse sur l'électrique Let Me Entertain You couplé au terrible Dead On Time. Queen est toujours aussi efficace dans ce style même si Fat Bottomed Girls est destiné à s'épanouir sur scène. Autre domaine où le groupe sait s'exprimer, celui des ballades : Jealousy et In Only Seven Days viennent se poser délicatement sur ce disque, avec classe même si elles ne seront pas destinées à devenir des classiques.
Mais là où l'album peut décevoir et s'afficher comme un oiseau de mauvais augure réside dans les compositions de
Roger Taylor : Fun It et More Of That Jazz commencent à se teinter de sonorités disco, notamment dans la façon dont est agencée la batterie, ainsi que des ajouts pas franchement esthétiques. Le batteur se lasse du rock et avoue sa fascination pour cette musique nouvelle qu'est le disco qui s'impose avec encore plus de facilité que le punk. Jazz sera d'ailleurs le dernier album de Queen à porter la fameuse mention "no syntetizer" - mention qui n'apparait plus sur les rééditions d'ailleurs).
Queen ne se contente pas du minimum syndical et ne s'enfonce pas dans une expérimentation malvenue sur ce Jazz. Le groupe se contente de faire ce qu'il fait de mieux : du Queen de grande classe, varié et étonnant à plus d'une titre, jamais prévisible, mais parfois un peu décevant sur la fin. Un album mésestimé, mais une bonen surprise à l'arrivée.