Pour appréhender cet album, il convient de se pencher sur la couleur musicale de son époque, 1977. En Angleterre, le punk s'imposait, les jeunes désoeuvrés s'y adonnaient avec plaisir, transportés par le Credo des
Sex Pistols, Anarchy In UK. Les vieux groupes de hard rock étaient montrés du doigt, stigmatisés pour leur côté pompeux et leurs longs passages instrumentaux, un art consommé du solo qui frisait le ridicule et qui devenait une injure dans la bouche des kids. Effectivement, avec le punk qui prônait la vitesse d'exécution et l'efficacité brute avant tout, les pionniers du metal ne faisaient plus le poids.
Alors que penser de Queen qui poussait le genre dans des extrémités glamouzes dont il fallait absolument se débarrasser, comme de vieilles idoles d'un culte païen révolu ? Un cas difficile, assurément.
Pourtant, le groupe s'en sortira sans y laisser de plumes. Mieux, il se permet de régler ses comptes avec le mouvement punk en proposant deux morceaux qui seront marquant : We Will Rock You, d'abord, où le minimalisme complet avec ses bidons, ses claquements de main, son solo final et ses vocaux qui sont étonnant pour l'époque. Plus tard, des rappeurs avoueront que la façon de chanter de
Freddie Mercury sur ce morceau aura été un détonateur. Puis Sheer Heart Attack, un titre atypique pour Queen, porté par deux guitares rythmique en studio (
Roger Taylor assure la seconde ce qui rend le passage en concert très délicat pour
Brian May) et sans solo - ce qui a pas mal dérouté les fans à l'époque, mais qui a provoqué le respect des punks.
Puis Queen s'émancipe du son baroque qui le caractérisait jusque là. Le groupe propose toujours des chansons plus légères, mais les choeurs sont moins présents, l'humour est moindre. Il faut dire que la production de ce disque est très rock sans être exceptionnelle. On se retrouve alors avec des compositions qui prennent vite une ampleur imprévisible. Ainsi, It's Late, qui fait songer à du
Led Zeppelin, suit une progression de plus en plus explosive, Get Down Make Love prend des allures de heavy metal pachydermique, un titre écrasant où la guitare de Brian May laisse échapper des sons ahurissants. Et à côté de cela, il y a des ballades somptueuses et racées, où la guitare est souvent dans la distorsion, comme c'est le cas sur We Are The Champions ou l'excellent Spread Your Wings.
News Of The World est un disque très varié - comme d'habitude chez Queen serions-nous tentés de dire - mais qui marque une cassure nette dans le style du groupe. Les passages dignes d'une opérette font place à un hard rock plus implacable que jamais, les ballades sont plus enlevées, ont plus de caractère. News Of The World est un disque fort, puissant, qui plus que jamais se positionne comme un classique de Queen et du rock en général.