Alors qu’il ne reste aujourd’hui que l’infime réminiscence de l’odeur de souffre, qui autrefois, émanait de la torche incandescente et impériale du Black/Death suédois, il semble légitime de voir comme providentiel la résurgence de cet art funeste au détour de quelques œuvres éparses, et de saluer la pugnacité des rares disciples restants, qui, animés par la flamme passionnelle d'un noble héritage, continuent à perpétuer l’authenticité de ce souffle malfaisant à travers les âges.
La fascination qu’exerce encore l’ombre majestueuse de ces créations aussi fascinantes qu’intemporelles que sont les
Storm Of The Light’s Bane,
Slaughtersun (Crown Of The Triarchy),
Far Away From The Sun, ou encore
Enter The Moonlight Gate, explique et justifie pleinement l’indéfectible respect et la foi inébranlable que porte une certaine frange de la jeune garde, en des entités presque oubliées telles que
Dissection,
Dawn,
Sacramentum ou bien
Lord Belial.
Engendré par le jeune et talentueux virtuose six-cordiste Steffen Kummerer (qui officie également au sein de l’excellent groupe de Death techno-mélodique
Obscura, et dont le
Cosmogenesis a eu un effet retentissant l’an dernier),
Thulcandra n’est pourtant pas à proprement parler un nouveau venu sur la scène d‘outre-Rhin, sa formation remontant en effet à 2003. Il aura néanmoins fallu attendre 2010 pour enfin voir naître cette première offrande, le groupe ayant essuyé quelques sérieux déboires, notamment la tragique disparition de son second guitariste et cofondateur Jürgen Zintz, ce dernier s’étant donné la mort en 2007. Ainsi, c’est sous la forme d’un trio, mais s’étant tout de même alloué les services de Seraph le brillant batteur de
Dark Fortress, que
Thulcandra lâche enfin son premier effort à la face du monde.
Sous une parure qui pourrait sembler somme toute très convenue, c’est contre toute attente que Fallen
Angel’s Dominion ranime cette flamme noire qui régnait jadis, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il le fait de fort belle manière. Tout dans cette musique, de sa conception jusqu’à son exécution, en passant par le son si particulier des guitares, sans oublier la superbe cover dans la pure tradition signée Kristian Wåhlin (a.k.a Necrolord), a été pensé et conçu dans un élan de nostalgie et d’admiration pour ce style ô combien unique, mais délaissé depuis bientôt une décennie.
En effet, cet opus respire l’authenticité des grands espaces enneigés, éclairés par la lueur pâle d’une froide lune d’hiver, et nous replonge dans un décor glacé où l’on redécouvre, le cœur frissonnant, cette atmosphère sylvestre tellement singulière, évoquant une chevauchée nocturne au cœur d'immenses plaines septentrionales, puis s’achevant dans les bras d’une de ces majestueuses forêts nordiques aussi denses qu’interminables...
Après un prélude confondant de similitudes avec celui figurant sur le mythique
Storm Of The Light’s Bane, les morceaux enchaînent cavalcades épiques, arpèges sombres et mélancoliques, et bien entendu, riffs glaciaux enrobés d’harmonies nocturnes. L’ensemble est brillamment soutenu par une batterie à la fois implacable et subtile, dégageant un sentiment dominateur et puissamment guerrier. Une atmosphère profonde, imposante, à l’emphase et à l’envergure quasi-permanente, qui réussit presque à occulter une absence de personnalité pourtant manifeste, mais de toute évidence totalement volontaire.
Affirmer que
Thulcandra apporte le moindre élément novateur n’est absolument pas de circonstance ici, ce disque devant être perçu comme un vibrant hommage, fidèle, sincère et passionné avant toute autre considération, l'excellente reprise de
The Somberlain tiré de l'album du même nom du maître
Dissection, en étant d'ailleurs une preuve édifiante.
Au final, les nostalgiques et inconditionnels admirateurs de cette époque faste mais hélas révolue, ne pourrons que remercier ce jeune groupe allemand, ainsi que lui reconnaître le grand mérite d’avoir réussi à nous faire rêver à nouveau grâce à ce périple à travers le temps, à défaut de proposer une musique à l'identité affirmée. Là n’est pas le propos de toute manière, et ce très bon Fallen
Angel’s Dominion à l’inspiration et au professionnalisme sans faille saura largement nous faire reprendre espoir, dans l’attente qu’un hypothétique successeur reprenne définitivement place sur le trône vacant des anciens rois.