“Mes bras ton corbillard”. Un nom d’album pour le moins énigmatique. Troisième album des Suédois d’
Opeth,
My arms your hearse intrigue. La pochette, déjà, semble représenter une forêt que le montage photographique a assombri de couleurs étranges. On ne sait alors distinguer si ces arbres sont un reflet dans une rivière ou s’ils sont élevés vers le ciel avec un chemin les traversant. C’est là toute l’ambiguïté de cet album. C’est un passage, une transition : le premier pont entre le style original d’
Opeth et celui que le groupe se construira.
My arms your hearse est déjà loin des deux premiers essais du groupe. Le Black Metal s’amenuise pour laisser la place à un embryon Death Metal toujours teinté de cette patte acoustique. Mais là où l’album est indistinct, c’est bien dans ce nouveau mélange, quelque peu déstabilisant. L’entrée plonge déjà l’auditeur dans le bain : la légère et intrigante « Prologue » qui laisse la place à un « April Ethereal » débordant de violence, contraste direct entre deux genres bien différents. Le groupe expérimente ces nouvelles influences parfois avec succès comme sur la très soignée « When », superbement bien orchestrée et mêlant avec brio le meilleur de ces genres.
Si « When » se révèle être l’un des morceaux les mieux construits de l’album, d’autres sont plus difficiles à assimiler, la faute à des connexions progressives que le groupe ne maîtrise pas pleinement. L’apport d’éléments Death est le principal soucis du skeud, le combo n’arrivant pas à mêler habilement la pléthore d’influences qu’il veut intégrer à sa musique. C’est ainsi que la majorité des titres ne dépasse pas le simple statut de « bon morceau ». On notera cependant le culte et monstrueux « Demon of the fall », parfait exemple du côté Death voulu ou encore « When » qui sort du lot grâce à sa construction et son interprétation parfaite (au niveau de la cohésion, mieux rendue), exemple de ce que le groupe aurait pu faire pour tous les morceaux de l’opus.
Néanmoins,
My arms your hearse est un changement essentiel dans la discographie d’
Opeth. Si la construction est chaotique, il n’en demeure pas moins que les morceaux sont foutrement bons, alliant des parties acoustiques magnifiques héritières des albums précédents par leur côté folk (« Karma »), des atmosphères originales (« Epilogue », très heavy) et bien sûr, une violence rare (« April Ethereal »). A ce juste titre,
My arms your hearse peut postuler au titre d’album le plus violent de leur discographie, par ce mélange noir de Black Metal et de Death Metal chaotique. De plus, le mystère de cet album est accentué par son étrangeté dans les paroles. Ainsi, celles-ci sont écrites de manière à ce que le dernier mot de chaque morceau corresponde au titre du morceau suivant. Une bizarrerie énigmatique, qui confère à
My arms your hearse une aura particulière. Car, en dehors de ses problèmes de maîtrise stylistique, ce troisième essai des Suédois possède une véritable âme, à la différence de Still life.
Transition et début d’une nouvelle vie pour
Opeth. « Mes bras ton corbillard » ou la mort d’un style pour l’accueil d’un autre.
Opeth surprend dans ce projet ambitieux qui, à défaut d’être irréprochable dans la réalisation (la production est brouillonne également), déborde d’inventivité et de noirceur étrange. A noter que deux reprises sont présentes sur cet essai : la première, « Circle of the tyrants », de
Celtic Frost, adaptée à la sauce des Suédois et malgré tout fidèle à l’originale et « Remember Tomorrow » d’
Iron Maiden, très réussie et dans laquelle on peut admirer la qualité de soliste d’Akerfeldt.