Limp Bizkit est et restera l'archétype même du groupe opportuniste, arborant fièrement son noble manteau au couleur de la supercherie commerciale. Ainsi, depuis ses balbutiements en 1997 sur le fougueux « Three Dollar Bill Yall $ » au très encourageant « The Unquestionable Truth (Part 1) », la bande à Fred Durst aura berné son petit monde avec des albums à l'aura insipide et des tubes sentant bon la naphtaline ( le vomitif « Rollin' »). Autant dire qu'à l'annonce de la sortie de Gold Gobra, les plus vindicatifs d'entre nous aiguisèrent leurs piques acerbes afin de démolir le groupe en bonne et due forme. Nouvelle déculottée ou sursaut d'orgueil ? Lumière et... action !
Je ne sais pas pourquoi, mais Gold Cobra peut être assimilé à un écho du passé, celui des années 90. Passée la dispensable « Introbra » le rap metal de « Bring It Back » nous ramène à cette époque bénigne où les baggys et casquettes à l'envers étaient légions. Le flow si caractéristique de Durst semble être revenu pour notre plus grand bonheur, il va même jusqu'à bigarré sa technique vocale pour des moments de fun absolus ( le spoken lyric sur « Why Try »). Bien évidemment
Limp Bizkit ne serait pas
Limp Bizkit s'il n'y avait pas tous ces « fuck » disséminés ingénieusement (!) un peu partout. Envie de contester et de se rebeller contre cette société de (con)sommation pourrie certainement, le propos peut ainsi paraître rieur mais s'inscrit toujours dans l'air du temps moralisateur et dénonciateur. Risible pour certains mais indispensable pour d'autres. Les gars de Jacksonville semble donc être de retour, les riffs de l'excentrique Wes Borland sont toujours aussi efficaces (le riff haché de « Douchebag ») malgré leurs manques d'originalités évidentes. Le tout est enrobé dans une production compacte et cristalline qui laisse une bonne place à la guitare.
Seulement voilà, les américains n'ont pas encore exorcisé tous leurs démons, les ballades niaises refont leurs apparitions et leurs imbuvables facettes également. Franchement, que vient faire un titre comme « Loser » sur une galette pareille. Le groupe perd de sa crédibilité sur un titre chiant au possible et au tempo presque soporifique. L'autre épine du pied qui va venir ralentir notre enthousiasme face au cobra d'or est sans aucun doute « Walking Away » ; il va monter progressivement en puissance avant un final rageur où Durst va laisser éclater sa colère. Pas qu'en soit le morceau soit mauvais, il est juste improbable de s'émouvoir face à tant de classicisme face au travail structurel des compositions. C'est d'ailleurs l'un des gros défauts de cet opus (en plus de sa pochette immonde).
Pourtant, le reptile sociopathe se glisse inlassablement entre nos jambes, injecte son venin avec sa pingrerie légendaire et nous pousse vers la flexuosité du divertissement. Ne se prenant nullement au sérieux, l'amorçage d'une risette se fait presque instantanément ; les déflagrations de fusil à pompe à la fin de « Shotgun » étonnent, le délirant « Autotunage » et sa voix auto-tunée est une petite perle jumpy et accrocheuse. On aime ce néo metal qui ne se prend pas la tête et qui reste terriblement séduisant, quitte à s'en prendre plein la tête au niveau des critiques et des amateurs de technicité malsaine.
Que dire de plus ? Au dessus du pitoyable « Chocolate Starfish... » et à des années lumières de « Results May Vary », Gold Cobra ne s'en tire pas avec une médaille d'or, mais il arrive à décrocher l'honnête médaille de bronze. Ne boudons pas notre plaisir de retrouver un groupe qu'on croyait sous défibrillateur, qu'on croyait cliniquement mort. L'aspic subira forcément les foudres de certains, tandis que d'autres verront là le symbole d'une victoire bien méritée.
Limp Bizkit, un groupe à jamais dérangeant.