De manière évidente, peu de nouveaux groupes sont capables de proposer des musiques entièrement nouvelles, d’enfanter de prodigieuse évolution et donc, a fortiori, de provoquer d’étonnante révolutions. Toujours influencés et inspirés, la plupart tentent de se démarquer en proposant un mélange plus ou moins éloignés du berceau originel de leurs idolâtries. Pourtant imposer sa propre identité, même façonner dans les ombres charismatiques d'autres et au son d’une musique dont les horizons les plus lointains, les terres les plus hostiles, les univers les plus complexes ont été presque tous foulé depuis longtemps, délimitant ainsi, forcement, des espace de liberté créative beaucoup plus restreint, n’est pas un souci sans effet dont on peut se moquer au nom d’une joyeuse désinvolture estampillé d’un « je suis jeune, je suis libre, je suis Rock’n Roll ». Ignorer les conséquences de ce détachement s’il conduit au niveau de chaque groupe à peu de répercussion (tout au plus une indifférence mérité), a le fâcheux inconvénient d’appauvrir un style dans son ensemble, et ce surtout lorsque cette insouciance devient une tendance générale pour la plupart des groupes, qui, incapables de proposer de réelles nouveautés originales se servent de cette excuse pour continuer à recycler les mêmes vieilles recettes éclusées. Se nourrissant alors sans cesse des œuvres « inédites » de ces groupes intègres que l’indigence créatif obligent à se tenir avec dévouement loin de toute idée un tant soit peu enthousiasmante, le style en question, ici en l’occurrence le Hard-Rock, se contente de produire toujours les même groupes, les mêmes disques, les mêmes émotions, l’ennui, la lassitude et pour finir la lente agonie avant l’oubli.
Airbourne, à l’instar de The Answer et de quelques autres jeunes nouveaux venus, est porté en triomphe au summum de l’édifice sacré bâtis autrefois, pierre après pierre, riffs après riffs, albums après albums par de valeureux musiciens talentueux et novateurs. Ces nouveaux artistes sont quasiment sanctifié par d’éminente cellule grise, média consacré, qui voit en eux le salut et le renouveau d’un Hard-Rock qui, toujours selon eux, se porte plutôt bien. On pourrait débattre ici de l’étrangeté de l’argument de cette vision fantasque en songeant aux faiblesses de dernières productions anémiques de groupe légendaire dont le mythe s’alourdit à chaque album de couches de poussière supplémentaires, les rapprochant tout juste, petit à petit, d’un minimum de respect de circonstance, eu égard à ce qu’il firent dans le passé. On pourrait aussi s’en étonner en songeant à ces hypothétiques et ridicules reformations totalement « altruistes » dont le résultat difforme donne naissance à des disques à l’intérêt tout juste discutable. On pourrait encore s’en ahurir en songeant enfin à l’essor d’autres mouvances explorant des terres toujours plus arides et extrêmes pour certaines. Pour donner de la consistance à l’argument et étayer le propos qui menace de s’écrouler, il ne reste donc plus que ces nouveaux dont les talents doivent à eux seul justifier toutes les vertus qu’on leurs prêtent, tout les espoirs aveuglés de naïfs subjectifs. Or à y regarder de plus prêt, si certains proposent un vrai travail au mieux enthousiasmant, alors que d’autres s’égarent dans une indicible retranscription à l’arrière gout amer et unique de variation sur un même thème, les derniers se contentent de ressasser des batailles éculés revêtant les armures moins clinquantes, chevauchant les destriers moins fougueux, usant des mots et des ritournelles simplement volés a d’autres plus glorieux. Et dans ces derniers brigand tentant d’usurper des faits d’armes qui ne sont pas leurs, il y a
Airbourne.
En effet, loin de se contenter d’offrir quelques relents d’un parfum subtil de ces ainés australien, il décide de nous offrir l’ivresse de la fragrance la plus proche. Ainsi avec abnégation, force et, il faut le reconnaitre, une détermination talentueuse,
Airbourne s’applique à être l’ombre la plus fidèle qui soit d’Ac-dc. De telle sorte qu’au détour des onze morceaux qui composent ce Runnin’ Wild, on retrouve invariablement la musique des frères Young. Poussant encore le mimétisme plus loin le groupe de Joel O'Keeffe compose des titres entiers aux riffs directement emprunté à son vieux frère australien. Ainsi Blacjack est un Give a Dog a Bone parfaitement interprété. Dans cet ensemble ou chaque pièce raconte une histoire déjà racontés, il n’est pas un seul titre dont le mérite reviennent entièrement à
Airbourne. Cet agacement obnubilant qui nous oblige à nous employer à rechercher ne serait-ce qu’une once de caractère propre, finis toujours par nous ramener à la folie de l’unique question qui nous obsèdent : dans quel morceau d’Ac-dc ai-je déjà entendu ce solo, cet air, ce riff ? S’il existe d’infime différence je dirais qu’elles se trouvent dans le chant qui, loin d’être une copie conforme de celui de Brian Johnson, n’est tout de même pas exempt d’une certaine ressemblance, pour ne pas dire d’une ressemblance certaine.
Au-delà de ces défauts rédhibitoires, il y a aussi cette énergie intense incroyablement communicative qui parviendrait presque à nous emporter l’espace de quelques titres. Un écran de fumée fait d’adrénaline qui lorsqu’il retombe, et que la raison objective reprends le pas sur l’émotion première dans une analyse plus sereine ne nous laisse entrevoir que le vide relatif de cet album. Un disque, qui sans aucun doute, ne marquera pas l’histoire pour un groupe dont la carrière s’annonce délicate. Peut-on réellement proposer une démarche artistique qui consiste à faire sérieusement dans une exacte réplique ce que d’autre ont déjà fait ?
Runnin’ Wild est donc un album plaisant à la mesure de ceux aux exigences limités, qui ne cherchent pas vraiment l’originalité. Pour ceux qui au contraire sont avides de sensations nouvelles, il vaudra mieux passer son chemin. Il faudra tout de même que le groupe travaille pour se forger une identité moins caricaturalement similaire, et réellement la sienne afin de proposer une musique différente d’un simple copier/coller de celle d’Ac-Dc. C’est de cet affranchissement que naitra, peut-être, des albums suffisamment intéressants pour redonner un destin plus enviable à ce Hard-Rock mourant. Peut-être, mais pour le moment rien n’est moins sur…