Il est quand même étonnant de voir à quel point la fantasy a pris pied dans le monde du metal, à contrario de la science fiction et de Jean d'Ormesson (même si pour ce dernier, ça se comprend aisément). Bon, c'est vrai que voir un lutin se friter avec un dragon a toujours un côté sympathique dans la dérision (
Dio), tandis qu'un nain tentant de pulvériser une planète avec un malheureux pistolet laser serait comique, mais lassant (surtout que c'est toujours le petit qui gagne, comme le veut la morale, cf Frodon). Aussi il n'est pas étonnant de voir un nouveau groupe s'avancer dans la lumière avec un étendard brodé de fil d'or pour aller occire un méchant seigneur ou délivrer une princesse de l'odieux dragon (parfois, c'est la princesse qui se fait occire et le dragon qui se fait épouser, mais je vous laisse deviner le taux d'alcoolémie du chevalier - faut boire pour se donner du courage).
Mais là où
Era Nova déjoue pas mal de pronostiques, c'est avec sa pochette. Alors rassurez-vous, elle est vilainement clichée. La princesse, là, brandit une épée. On l'a déjà vu. Dans Hawkmoon, Dorian se retrouve dans la peau d'une femme et fait exactement la même chose. Et que dire de Red Sonja alors, qui elle fait bien pire en prime ? Bref, une pochette classique de chez classique qui laisse deviner un groupe de metal symphonique à chanteuse ! Un de plus ! Et c'est là que l'on se met le doigt dans l'oeil, et bien profond, et que personne n'évoque une possible descente de couilles chez la demoiselle dans la nuit. Parce qu'Andréas Martin est un homme et que rien que ça, c'est prendre l'auditeur à contre-pied avant que ce dernier n'ait consulté le livret et mis le disque sur la platine. Donc oui,
Era Nova est un groupe de heavy metal à tendance symphonique et là on peut le dire, un de plus ! Souvenez-vous du début des années 2000, quand NTS inondait le marché entre le true metal et le symphonique... Ben c'est comme si
Era Nova avait voyagé dans le temps.
Musicalement, on peut dire que c'est une espèce de juste milieu entre
Manowar et
Rhapsody Of Fire, en simplifiant beaucoup. Ou, traduit autrement, l'art de ne pas prendre parti.
Bref, ça riff sévère sur une bonne partie du disque et le clavier, tenu par le Midwinter
Pierre Chauty qui ici se fait bien plus discret et jamais trop envahissant, sert plus d'accompagnement que de mise en avant. Merci à lui, une approche à la
Nightwish aurait fait très très mal sur le disque. Pour l'ensemble et les oreilles, pas pour la qualité. Mais arrêtons un instant d'être médisant pour être un peu sympathique aussi et revenons donc à
Andréas Martin, évoqué de façon quelque peu scandaleuse plus haut. Voilà l'un des atouts majeurs du disque (avec un batteur qui a décidé de ne pas sombrer dans la mode finlandaise du matraquage rébarbatif et continu) tant il sait imposer sa présence. Jamais trop agressif, jamais trop timoré, il a rapidement su trouver un juste milieu (comme les Terres, hé ! Décidément, la fantasy nous suit partout...) qui convient parfaitement à l'album, même si le rendu de la voix peut être un peu brouillon sur les refrains les plus puissants (
Sin Eater). Mais il est le véritable chef de meute de la formation, celui qui tire incontestablement l'ensemble vers le haut car contrairement à
Ben Sotto de
Heavenly, il porte le groupe, en modulant le chant de façon agréable, entre raclements de gorges, passages death et harmonies délicates. Bon, le travail des guitares est également bon, un chanteur seul peine à soutenir un combo qui joue comme ses pieds. Certains soli sont même de purs moments de jouissance, comme celui de
Neverending War, dont il est impossible de se lasser.
Cependant, il est tout de même important que du point de vue de l'originalité,
Era Nova n'est pas un prétendant au trône du groupe qui se démarquera le plus de la concurrence cette année. On retrouve les éléments d'un album classique sur
Children Of Alcyone : titres mid tempos, titres plus speed, ballade de rigueur (pas franchement réussie d'ailleurs), bref, toute la palette du genre résumé en 49 minutes, soit elle-même une durée très standard. Pourtant le groupe est plein de bonnes volontés et cela s'entend, même si on ne peut vraiment parler de personnalité (un terme que l'on évite également d'associer à
Heavenly d'ailleurs). Une formation de plus dans le style serait également un résumé peu flatteur car il y a du potentiel derrière tout cela. Après tout, les groupes à ne pas sortir du lot ne sont pas toujours les plus mauvais, au contraire, comme le prouve toute la vague qui a pompé
Iron Maiden et
Helloween et dont certains sévissent toujours aujourd'hui pour le plus grand bonheur des fans. Et
Era Nova se pose pile poil dans cette formule.
Pour un premier véritable album, il n'y a pas franchement de quoi rougir. Le travail est fait et bien fait, les musiciens ont même réussi à diversifier les morceaux pour éviter de sonner trop formaté, ce qui aurait été alors catastrophique. Il manque juste une part de maturité, ou de créativité pour que
Era Nova puisse réellement espérer se faire remarquer et toucher plus de monde, ce qui est tout le mal qu'on leur souhaite. Est-ce que quelqu'un sait s'il y a une prophétie à leur sujet ? Cela renverrait encore à la fantasy avec le kitchen boy destiné à devenir roi...