La scène metal prog est complexe. Largement menée par les Américains (
Dream Theater,
Symphony X...), elle laisse également de beaux morceaux du gâteau aux Européens (
Vanden Plas...) et
Stolen Memories compte bien ramasser autre chose que des miettes. Le jeune groupe de Villeurbanne propose en effet avec
The Strange Order un premier album efficace et plutôt mature qui saura certainement séduire les fans du genre.
Formé en 2007, la formation n'aura pas perdu de temps pour sortir ce premier disque donc. On peut penser que tant de précipitation peut nuire à la créativité, ou au contraire, que les musiciens sont frais et qu'ils regorgent justement d'idées. Le constat n'est pas aussi simple, le bilan reste toutefois équilibré : on tient là un bon petit disque, qui manque certainement de variété mais qui s'écoute sans déplaisir. Maintenant que les étapes sont bel et bien brûlées, autant s'attarder sur le contenu.
Ce qui surprend d'emblée, c'est la production. Celle-ci est plutôt bonne, quoiqu'un peu rigide. Le tout sonne très carré, mais un peu froid, jusqu'à ce que
Najib Maftah n'intervienne au chant, chaud et mélodieux. Pour ceux qui sont restés coincés aux vocaux de James LaBrie, ne supportant pas son style un peu maniéré, celui de Najib attirera rapidement l'intention puisque l'homme ne cherche pas à atteindre des notes qu'il sait hors de porté et il se déplace avec aisance sur les compositions teintées de groove de
Stolen Memories, sans en faire des tonnes, mais avec une certaine classe.
Musicalement, la symbiose entre la guitare rugueuse et le clavier qui vient à la fois créer des ambiances éthérées et apporter des sonorités plus synthétiques (
Days Of Despair) est plutôt réussie. Nous n'en sommes pas aux duels à la
Deep Purple, encore une fois on peut évoquer l'équilibre entre les deux mondes. Derrière, la rythmique se veut groovy, même si elle sait appuyer là où ça fait mal pour sonner de façon plus thrash quand la situation l'exige. Et avec les nombreux passages instrumentaux où la mélodie
domine toujours la démonstration technique aveugle et stérile, il y a toujours la possibilité pour les musiciens de tenir l'auditeur en haleine, au détour d'un break thrashy ou au contraire, une douceur qui semble venir de loin mais qui est la bienvenue tant l'ensemble se veut intense.
Et c'est peut-être là finalement que réside le problème majeur de cet album. Certes, c'est très bien fait, on sent la maîtrise au sein du groupe, mais bien vite, on commence à ne plus vraiment savoir quel morceau on écoute. Il y a un effet de redondance qui s'installe sournoisement, certains morceaux ont tendance à évoluer dans des directions un peu trop similaires pour tirer leur épingle du jeu. Et c'est d'autant plus dommage que le potentiel étant là, crevant les yeux même, le fait que la formation s'enferme d'elle-même dans un carcan stylistique vient faire baisser la pression.
Mais il ne faut pas occulter le fait que
The Strange Order n'est que le premier album de
Stolen Memories, un galop d'essai en somme. Les atouts sont présents. Outre le chanteur sur lequel on s'est quelque peu attardé, la qualité musicale est également présente, le groupe sait enchaîner ses diverses idées au sein d'un même morceau sans oublier pour autant la musicalité, deux qualités essentielles pour un groupe évoluant dans le domaine du metal prog. Avec l'expérience de la scène et une fois que ce premier opus sera parfaitement digéré par ses concepteurs, nul doute que le prochain disque gommera pas mal de ces défauts qui n'en sont pas forcément, l'interprétation de la musique étant quelque chose de personnel et qui ne peut être figé en un avis unanime.