A la frontière entre rock alternatif et darkwave,
I Fall Asleep propose ses ambiances feutrées, sont projet résolument alternatif. On est loin des sons décousus et des mixages à la machine à coudre que certains groupes dit « alternatifs » utilisent pour tenter de dérouter l’auditeur. Ici, tout se fait par la finesse. L’ensemble est calme, homogène, minutieusement maitrisé. Chaque phrase musicale semble porteuse d’un sens à décrypter.
Dans certains cas, c’est aisé : l’angoisse, la peur, l’utopie, le rêve, sont autant de thèmes récurrents. Dans d’autres c’est plus difficile, ou plus trouble.
On est dans la lignée d’un King Crimson de la première période, plus sombre, moins désarçonnant, sans les longs passages instrumentaux déroutant, mais la recherche est la même. Une seule ambiance cependant : celle de
I Talk to the Wind, celle des univers oniriques et lointain, où mènent rêveries et mélancolie.
Musicalement, on se rapproche un peu d’un rock français à la
Aqme, mêlé à du Darkwave. Le chant est pratiquement réduit un murmure ; pas un murmure éraillé et difforme à la
Soppor Aetermus, mais quelque chose de doux et relativement serein. Bref, on est dans le rêve et pas dans le cauchemar, même si ce rêve peut devenir mélancolique ou angoissant.
Par moment une vox féminine également, parlant en arrière plan, sans chanter.
Le gros de l’accompagnement est constitué par le piano et le synthé ; la batterie est là pour mémoire. On y perçoit l’influence de la musique de film, notamment dans la construction d’ambiance très poussée ; du classique également, par la reprise de certains thèmes musicaux, notamment pour le piano, sans pour autant rentrer dans la musique savante.
Parfois, le chant est en français ; on comprend quelques paroles au vol ; et si le chant ne restait pas aussi lointain est murmuré, l’ensemble prendrait des allures de variété franchouillarde. On est bien dans le darkwave, mais force est de reconnaitre que dans ce domaine, le français est loin de faire le même effet que l’allemand. Trop fluide, trop rapide, pas assez guttural peut être…
Du reste, les atmosphères sont loin d’être aussi sombres que celles que déploient des groupes de Neue Deutsche Todeskunst telles que Erben der Schopfung,
Sopor Aeternus, ou même
Lacrimosa. Non, c’est un rêve, c’est bien un rêve mélancolique et angoissant. Cette phrase est peut être celle qui résume le mieux l’album.
Bref, une expérience particulière. Les amateurs de darwave à la
Dead Can Dance apprécieront probablement. Mais quoi qu’on en penses, une chose est sure : de telles groupes ne font que renforcer la richesse de la scène metal...