L’exigence de l’extrême technicité ouvre les esprits à des débats souvent vains. Chacun s’y défendra, en de longues tirades développant des allégories sur les équilibres précaires qui peuvent s’en trouver déstabilisé. Cette sempiternelle opposition entre les excès de technicité et la simplicité plus immanente, parait dérisoire. Car en effet, opposant sans cesse la pratique à l’émotion, chacun considérant qu’un choix plus affirmé d’une voie se fera, forcément, au détriment de l’autre ; la controverse ne peut trouver de réel consensus entre ces différents détracteurs car chacun attends, de l’expression délicieuse de son art favoris, des ressentis bien distincts, et presque paradoxaux. Et seul l’éclectique saura se frayer un chemin sur les champs de batailles de ces guerres pas tout à fait séculaires, mais qui pourrait bien le devenir.
Au milieu de ces polémiques incessantes le cas
Dragonforce est assez emblématique. Défendant les couleurs d’un Heavy/Speed mélodique assez classique, où quiconque pourra reconnaitre les influences, pas toujours subtils, des plus illustres de l’école allemande (
Helloween,
Gamma Ray) mais aussi finlandaise (
Stratovarius), il a fait le choix, discutable selon moi, d’en accélérer considérablement l’expression. Ainsi, en une débauche de notes jouées à des rythmes effrénés, il tente de sublimer son propos. En véritable virtuoses ces cinq musiciens démontrent toute l’étendue d’un talent admirable.
Ils jouent vite.
Ils jouent bien.
Ils jouent vite
Ils jouent juste.
Ils jouent vite
Ils jouent avec sincérité.
Mais surtout ils jouent vite…
Ce constat enthousiasmant sur les capacités hors normes d’excellents musiciens est d’autant plus amers que le résultat, ce
Inhuman Rampage, nous laisse aussi désemparés. Les nuances, quasiment absentes de cette musique, font de cet œuvre un ensemble monolithique terriblement frustrant. En effet dans ces phases les plus véloces rien ne ressemble plus à un morceau de
Dragonforce qu’un autre morceau de
Dragonforce. De telle sorte qu’il devient presque impossible d’en différencier les subtilités nécessaires à l’éveil d’une certaine curiosité nécessaire. Bien trop faste, bien trop coloré, bien trop lumineux, bien trop luxuriant, ce
Inhuman Rampage finit par devenir incroyablement indigeste, alors même que l’expression de ses musiciens est d’une exemplarité technique rarement atteinte.
Il faudrait sans aucun doute s’immerger davantage dans cette œuvre pour en saisir tous les coloris, mais la complexité mégalithique navrante de ce feu d’artifice incessant dont le final permanent s’étale sur huit titres volumineux, en rends toute tentative décourageante.