Animé par l’énigmatique Noktu, reconnu pour son intégrité et sa dévotion envers l’art noir, que ce soit par le biais de son label Drakkar Productions, ou de son implication dans divers projets musicaux plus que respectables, dont
Mortifera ou
Peste Noire pour les plus connus,
Celestia constitue aujourd’hui l’un des plus anciens activistes d’une scène hexagonale, dans laquelle il sévit depuis 1995. Ayant à ce jour, seulement trois albums et un live à son actif, ce groupe avignonnais n’en est pas moins resté très actif durant toutes ces années, et a inondé l’underground d’un nombre conséquent de démos, maxis et autres splits.
Bien loin d’avoir cédé à toute tentation d’esthétisation du son, ou de dérives structurelles plus actuelles, et se tenant à l’écart d’une quelconque démarche évolutive, cette entité gauloise perpétue à sa manière, un art figé dans le temps, à savoir un Black Metal minimaliste et excessivement sombre, à l’aura mélancolique indéniable, laissant uniquement la pureté et le raffinement des atmosphères guider son expression.
Paré d’une production certe crue et abrasive, mais parfaitement claire, ce manifeste de noirceur qu’incarne
Archaenae Perfectii est pourtant loin d’être anachronique, tant les climats nocturnes et tourmentés qui le parsèment sont évocateurs.
Faisant suite à la parution quelque peu discutable l’an dernier, d’une compilation récapitulative assez anecdotique nommée
Retrospectra, ce troisième chapitre au titre élitiste, ravive les cendres encore fumantes laissées par le mémorable
Frigidiis Apotheosia : Abstinencia Genesiis, sorti en 2008. En effet, la ressemblance entre les deux opus est flagrante, et bien qu’étant doté d’un son moins lisse, on retrouve immédiatement dans
Archaenae Perfectii, les sentiments d’individualisme, de haine et de désespoir caractérisant le groupe. Hormis une durée étonnement courte (à peine plus d’une demi heure), et la quasi-disparition des discrètes nappes de clavier qui embrumaient agréablement l’écoute de son prédécesseur, qui au passage, avaient été exécutées par Malefic de
Xasthur, il traduit tout comme lui l’expression d’une profonde mélancolie, avec en toile de fond la manifestation de sombres pulsions de révolte intérieure.
Basé sur des morceaux majoritairement mid-tempo, cet opus résonne en quelque sorte comme une collection de moments naviguant dans l’ambivalence de sentiments, tels que l’apaisement et l’intimisme, prenant vie sous la forme des très nombreux passages acoustiques d‘une grande force émotionnelle, la solitude et la mélancolie, que personnifient ces ambiances dégageant une aura neurasthénique au goût amer, ou bien encore la rancœur et la haine, mises en exergue par des riffs lancinants et froids comme le marbre d’une stèle funéraire, et surtout par ce chant écorché et scandé très particulier, semblant vomir son fiel et son ressentiment sur toute la souillure et la bassesse humaine.
Mettre en avant certains titres par rapport à d’autres paraît vain, l'album formant une unité des plus cohérentes, et devant être écouté et ressenti dans son intégralité.
Cette œuvre tourmentée et conservatrice, qui semble être écrasée sous le poids d’une grande amertume, prend par moments des allures de pérégrination introspective, exhumant autant de souvenirs douloureux que de moments gâchés par les affres d’une existence en proie perpétuelle à l’incompréhension et au rejet. Aussi surprenant que cela puisse paraître, elle procure paradoxalement un profond sentiment de réconfort, comme si l’auditeur pouvait s’identifier à elle, et inversement, se confortant mutuellement tels deux hérétiques, sur le bien fondé de leur affliction et de leur écoeurement, face à l’âcreté d’un monde dans lequel ils sont contraints de subsister, et dont ils ont été bannis.
En définitive, même si
Archaenae Perfectii n’apporte rien de réellement nouveau à la discographie de
Celestia ou dans l’histoire du Black Metal, on ne peut qu’être respectueux vis à vis de l’honnêteté de la démarche, s’employant envers et contre tout, à tenir brandie tel un étendard, la torche d’un art séculaire trop souvent travesti et souillé.
Celestia demeure bel et bien le sombre Monarque de son propre royaume, une entité solitaire appartenant à un cénacle réduit d’artisans de l’ombre, que la traversée des époques et des modes n’ont nullement affectés ou corrompus, et qui sont encore capables de jeter dignement l’opprobre sur un monde gangrené et suffocant, où la veulerie, l’ignorance, la superficialité et l’hypocrisie, sont désormais les contre-valeurs dominantes.